‹ Caldéron (volume 5)Chapitre 230 sur 250 · ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII

LE BARON

Dissimulez pendant ce peu de jours. Venez ensuite me trouver ; que j'obtienne la possession tant désirée d'Isabelle, et jusqu'à ce moment que personne ne sache ce qui se passe.

M™«. MON r QUE.

Oui, oui, j'entends.

LE BARON

Vous verrez ensuite que dans ces heureux événemens^ ce qui vous est réservé ira au delà de vos espérances.

M»«. MONIQUE

Ah ! monsieur; quoi de plus....

LE BABON.

Je ne voulais pas vous le dire ; mais parlons à cœur ouvert. Quel âge pouvez-vous avoir? Vous êtes fraîche, bien conservée, robuste et leste.... il est vrai que la denture ne laisse pas de faire faute.

M»*. MONIQUE

Ah! monsieur, ce n'est pas la vieillesse qui en est cause; ce sont les migraines, les fluxions et les chagrins....

LE BARON

Ma sœur , la vicomtesse, qui aura vingt-deux ans à Pâques, est absolument comme vous, et, pour ne pas perdre la seule dent qui lui reste , elle ne mange que de la semoule , des omelettes soufflées , de la bouillie et autres mets semblables.... La toux obstinée qui vous tourmente, les flatuosités, la faiblesse el les nausées d'estomac , se guériront en changeant

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d'air, et d'alimens. Avec un peu d'exercice et un assez bon nombre de frictions qu'on vous fera, vous verrez se dissiper la légère enflure qiii vous charge les jambes, et en deux jours vous vous trouverez forte, et propre à contracter un second .mariage.

M"«. MONIQUE

Qui, moi?... mais, monsieur... bah !.. tnon Dieu, qu'il fait chaud !

LE BARON

Ma bonne amie, le veuvage sans consolation est un état terrible; et, dans cette situation , les jeunes femmes ont bien des maux à souffrir... Une prisé, s'il vous plaît.

Oui, et dans ma tabatière d'argent.

(Elle tire une tabatière et la donne au baron , qui après a^oir pritf une prfee, la garde

comme par distraction. )

LE BARON

Mon oncle, dont je vous ai parlé quelquefois, se trouve veuf et sans enfans : s'il meurt, tous ses états passent à un étranger , qui est beau-frère de l'hospodar de Valachie, et cela est douloureux.

M™«. MONIQUE

Assurément, puisque c'est un étranger.

LE BARON

Je prendrais mon parti s'il n'était qu'étranger, et rien de plus; mais ce qui nous désole, c'est qu'en outre il est hérétique.

M™*. MONIQUE

Sainte Vierge ! hérétique !

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