COMÉDIE EN TROIS ACTES
NOTICE
SUR LE VIEILLARD
ET LA JEUNE FILLE
Dans le Oui des jeunes filles , don Diego dit, en unissant à son neveu la femme qu il avait d'abord choisie pour lui-même : « Par un heu- » reux hasard , j'ai su à temps combien j'étais » dans Terreur... Malheur à ceux qui le savent » trop tard! » C'est ce malheur que Moratin a voulu peindre dans sa comédie du Vieillard et la jeune fille. Cette pièce n'est qu'un nouveau développement donné à la vérité morale qui a été si bien présentée dans la comédie précédente. Dans le Oui des jeunes filles , on voit un vieillard respectable , deux jeunes gens aimables et vertueux prêts à devenir mialheureux pour la vie^ parce qu'une mère, retranchée dans son autorité absolue, ne suppose pas même que sa ûlle puisse former des vœux contraires au mariage [{u elle lui impose , et parce que cette pauvre
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enfant, dominée par la crainte et Fascendant de sa mère , se garde bien de laisser connaître letat de son cœur. Mais tout se découvre à temps, et trois êtres intéressans échappent aux malheurs dont allait les accabler l'abus de Tautorité maternelle. Dans le Vieillard et la jeune fille y le sacrifice est consommé. Une jeune fille abusée, subjuguée par son tuteur, a cru se venger de Tinfidélité de son amant en contractant des nœuds que son cœur repoussait. Un vieillard imprudent a épousé mne fiUe de dix-* neuf ans , sans étudier son caractère et ses inclinations , sans s'informer si son cœur était libre , si son consentement était volontaire.^Bientôt les soupçons, les querelles, lés divisions, viennent troubler son ménage. Sa jeune épouse a reconnu que la prétendue infidélité de l'amant préféré n'était qu'une imposture de son tuteur, et elle pleure Finstant d'égarement oii elle a contracté un hymen odieux. Le vieillard maudit trop tard son imprudence ; les deux amans maudissent la perfidie du tuteur qui a fait un abus si coupable de son autorité : tel est le tableau que présente cette comédie. Il pouvait sans doute fournir le sujet d'un drame intéres-
^nt ; mais Moratin ne Fa point envisage ainsi. D semble n'y avoir cherche qu'un cadrje pour mettre en action , et plus souvent encore en discours, des maximes fort sages sur les limites de Fautorité des parens , sur les devoirs des époux , sur la folie d'un vieillard qui prend une jeune femme. Il ne faut point chercher dans cette pièce Tinterét qui s'attache aux persomiages mis en scène dans le Oui des jeunes filles. Don Roch est loin de ressembler à don Diego. La sottise irréparable qu'il a faite le rend malheureux^ sans qu'on soit tenté de le plaindre. Ce n'est plus qu'un vieillard quinteux, avare , jaloux , haï par sa femme , humilié par sa sœur, et baffoué par son domestique, qui lui reproche à chaque instant sa conduite et jusqu'à ses infirmités. Ce caractère n'offre rien de co* mique , et il s'accorde même assez mal avec le but moral que Moratin s est proposé dans sa pièce. Isabelle et don Juan sont dans une position tout aussi désavantageuse. Leur malheur est sans remède : la mort seule de don Roch pourrait les réunir , et cet événement n'est pas admissible dans une comédie composée selon les règles de notre théâtre. Les longues conver-