‹ CalderonChapitre 10 sur 93 · L]£ON · texte numérisé non relu

L]£ON

Elle est dans son appartement, seigneur.

DON JUAN

Alors je vous adresserai une autre question : Que faifliez-vous là toute seule, belle Léonor?

LiONOR.

Ce t[\ie je fais toujoius» je jne plaignais dp nui destinée. Avez* vous vu don Carlos?

DON JUAN

Oui ; il n'eût pas été convenable qu'il partit sans que je le visse.

L^ONoa.

Quoi! déjà I il est parti?

DON JUAN

Oui, Léonor.

LÉONOR

Et je ne l'ai pas vu!... Ah! il a bien peu d'égards pour moi!

PON JUAN

Allons, Léonor, ne vous laissez pas aller à de nouveaux obagrins. Vous êtes désormais placée sous ma protection, et vous avez en moi un homme dévoué, qui, pour tous, exposerait au besoin sa vie et sonl

lOURNÉE II, SCÈinE II. Si

L^ONOR

Étant ee que tous êtes, généreux et noble, You« deyiez votre appui à une femme infortunée ; et pour que vaus puiuiez voir, don îuan, quelle confiance yotre bonté m'inspire, — permettez, puisqu'il m'est impossible de surmonter ma peine , permettez que je m'éloigne de votre présence. Vous montrer ma douleur, ce serait manquer à tout ce que je tous dois; et si je pleure» ce ne doit pas être en votre présence.

Slla lort.

11 avait bien raison, ce sage qui disait qu'il n'existe point de dif Urenee entre souffrir et Toîr sauffrirl Gepeadant je devais dire à LéoBor que <Un Carios était parti, bien qu'il ioit emhmé dans ce cabinet : car il est essentiel pour tons deux qu'on ne connaisse pas sa retraite, et nul ne garde mieux un secret que eelui qui Tigsore. D'ailleurs, le père de Léonor étant iei, ce parti est le meilleur pour tout le monde. {Il frappé à u»^ porté.) Carloat

Entre D0T4 CARLOS.

DONCilOQf.

Êtes-voua seul?

DON JOiir.

Sans deat«. Je ne serai» pas veuu ici avac 4o mffliia,

DON CIRLOS*

Avez-voua parlé i Léonor?

DOIT iUAM.

Oui, et aa douleur, aea larmes m'ont paru une garantie fulfisaate de son amour et de sa vertu. Quand je lui ai aononcé votre départ, elle a montréune affliction si vive, si bien sentie, qu'elle m'a per- «uadé« malgré ks iiulic0s contraires, qu'ella n'a jan»^ été couj^able.

Cela, je me le suis dit coqune vous. Cependant fi^el^ue désir que j'aie de la savoir innocente, doi»-J£ le croire avant d'en avoir la preuve, la preuve évidente?

SOM WAJl.

Je ne dis pas cela.

DON CARLOS

Il est donc inutile d'en parier; car la jalousie finirait toujours par dissiper les impressions 'trop favoraUea de l'amour.. Lui avet^ous annoncé l'arrivée de son père à Valence .^

DON JUAN

Non, c'eût été cruel d'ajouter ce nouveau chagrin à tous ses ennuis.

VoMi mt» hm fti^ don Juan. Et fwdft «r^ses AvesHroHa donnés kV9tmt

DON JUAN

De demeurer tranquille à l'hdtellerie ; à quoi il n'y a point de danger, puisqu'il n'est pas connu du seigneur don Pèdre. Je lui ai recommandé d'observer avec soin toutes ses démarches, et de nous tenir au courant de tout.

DON CARLOS

Peut-être la précaution est-elle superflue ; car le père ne parlera de ses projets à personne.

DON JUAN

Je ne suis pas de votre avis. — Maia quel est ce bruit ?

DON CARLOS

Ah ! don Juan , c'est la plus terrible aventure qui pût nous arriver. Celui qui monte l'escalier, c'est don Pèdre, le père de Léonor.

DON JUAN

Que dites-vous là?

DON CARLOS

A travers la serrure je l'ai parfaitement reconnu.

DON JUAN

Le père de Léonor?

DON CARLOS

Lui-même.

Eh bien, retirez-vous au plus tôt dans ce cabinet. Je le recevrai, et je pénétrerai ses intentions.

DON CilRLOS.

Je ne saurais y consentir. Lorsque le père de Léonor vient dans une maison où sa fille et moi nous nous trouvons cachés, je ne puis ni ne dois vous laisser seul avec lui.

DON JUAN

Rien ne vous empêchera de venir, au besoin. N'allons pas audevant du malheur; il arrive toujours assez tôt.— Voyons d'abord ce qu'il nous dira. Allons, cachez-vous.

DON CARLOS

J'y consens, mais de là j'observe tout.

Don Carlos se cache, don Juan ouTre U porte.

DON PÈDRE entre en habit de voyage.

DON JUAN

Que demandez-vous, cavalier?

DON PÈDRE

Je vous supplie de me dire si don Juan de Roca est chez lui ?

DON JUAN

C'est moi qui suis don Juan. Que puis-je pour vous?

DON PÈDRB.

Permettez que je vous embrasse. C'est dans votre maison que mes infortunes trouveront un port assuré ; je vous confierai toutes meB

peines; et j'ai la conviction, qu'en dépit d'une étoile funeste, je trouverai chez yous toutes les consolations que j*y viens chercher. DON CARLOS, à part.

Il ne peut se déclarer davantage.

DON JUAN, à part.

Il aura sans doute appris que don Carlos et Léonor étaient chei moi. {Haut,) Seigneur, je rrads grAces à ma bonne fortune de l'honneur que vous me faites; mais je ne sais comment vous répondre, ignorant qui vous êtes et ce que vous désirez.

DON PÈDRB.

Veuillez, seigneur, vous asseoir. Voici une lettre qui vous dira qui je suis, et vous saurez ensuite ce que j'attends de vos bontés.

DON JUAN

La lettre est de mon honoré seigneur le. marquis de Dénia. [A part.) Je ne sais que penser.

DON PÈDRE

Veuillez d'abord la lire, et je m'expliquerai ensuite. DON JUAN, lisant.

a Le seigneur don Pèdre de Lara , mon parent et mon ami, va » dans votre ville à la poursuite d'un homme de qui il importe à » son honneur de tirer satisfaction. Mon peu de santé ne me permet » pas de l'accompagner ; mais j'aime à penser que ma personne ne » lui fera point faute là où vous êtes. Je me borne à vous dire que » son offense est la mienne, et que je prends à mon compte la sa- » tisfaction qu'il désire. Le marquis de Dénia.» Vous avez entendu ce que m'écrit l'honoré marquis; ma seule réponse, c'est que je me mets à votre disposition, prêt à vous servir en quoi que ce soit.

DON PÈDRE

Dieu vous garde t Comme je l'espère d'après tout ce qu'on m'a dit de vous,,et d'après ce que je vois, j'ai bien fait, en venant ici, de ne pas me munir d'autre secours, d'autre recommandation que de cette lettre. I^e marquis, il est vrai, m'avait dit que je trouverais en vous un défenseur dévoué, à cause de l'amitié et de la reconnaissance que vous devez à sa maison.

J'avoue hautement toutes les obligations que je lui ai ; je tâcherai de m'en acquitter avec vous ; mais, seigneur, il faut d'abord que je sache le motif qui vous amène à Valence. {A part.) 11 faut boire d'un trait toute la coupe d'amertume.

DON PÈDRE

Je vous le dirai si je puis le prendre sur moi. Je suis noble, et, de plus, offensé, don Juan; mon ennemi est à Valence, et je le cherche. C'est assez vous dire.

DON JUAN

Maiutêoant je sais tout comme vous-même.

DON PÈDRE

Il «iffit ; ¥ôu8 êtes prévenu ; je pourrai désormais yous ayiser quand j'aurai besoin de vos services.

lU M lèvent.

DON tUAM.

Uo moiii£iii..« fiOGorfl ua mot.

DON p^as.

Defuois'agifc-ii?

BON JUÂV.

11 faut que vous sachiez, ieigneur don Pèdre, que j'ai à Valence des paréos et diîs ami#. C'est pourquoi, jusqu'à ca que je connaisse quel ast votre adversaire, ni le marquis n« paut rien m'ordonner contre mon honneur, ni moi je ne puis rien promettre qui tourne contre moi-mtoe.

DON PÈDRE

L'observation est digne de votre noblesse et de votre prudence ; et, bien loin de m'en plaindre, je vous en remercia et vous en estime davantage. Et afin qu'il n'y ait plus de mystère entre nous, gupUes sont vos relations avec un certain don Piègue Ceotellas?

DON JUAN

Pes relations de simple connaissaïuïe. !Rien de plus.

DON CAR1.08, 4 part.

Bon l c'est mon rival.

DON PÈDRE

P'après cela, vous n'avei pas d'objection?

DON #UAN.

Je n'en ai plus.

PQN ?ÈDRE.

Donc, cet homme (combien il m'çn coûte de le r<îp^ter!) fut une puit laissé pour mort dans ma maison, de sorte que je ne pus me venger, car c'eût été une lâcheté de ftrapper de mon épée un cadavre; et je secourus mourant celui à qui, debout, j'aurais donné mille morts. La justice arriva , mais je ne voulus former aucune plainte; un homme comme moi ne se venge pas avec de vaines procédures. Au milieu du tumulte, ma fille disparut : vous le dire est pour moi une nouvelle honte. Malheur sur le premier qui inventa une loi si rigoureuse, un contrat si injuste, une association si impie; qui fit un partage si inégal entre l'homme et la femme, et soumit notre honneur au caprice d'autruil... Bref, ma fille disparut, et quoique dans ma disgrâce j'aie eu deux offenseurs, c'est don Diègue que je poursuis , et cela pour deux motifs : d'abord, parce que j'ignore qui est l'autre, et que le premier que j'atteins doit le premier recevoir son châtiment ; et ensuite parce qu'pn m*a dit dans toutes les auberges de la route qu'il était passé, avec une dame et un domestique, un cavalier qui cherchait à se cacher. Or, d'après les renseignemens qu'on m'a donnés , cette dame est ma

fille, et il est à présumer que s'étant irouTé guéri peu après sa disparitioD , il Taura protégée dans sa fttit«« Voilà pourquoi iurtoat je le poursuis avec plus d'acharnement et de fureur, soit afin de rétablir mon honneur perdu, soit afin d'anéantir le» coupables, si je ne puis y réussir. Et puisque maintenant rien ne vous empêche de m'assister dans mes desseins, je retiendrai vous chercher. En ce moment je vous quitte pour faire une autre démarche dont je vous instruirai plus tard, le vous le dois comme à celui qui sera désormais mon recours, mob soutien, mon asilt, non pas tant peut-être à cause de la recommandation que Je vous ai apportée, que par l'obligation que vous avez contractée en voyant la douleur d'un naotilhomme et les pleurs d'un vieillard.

Il sort.

Entre DON CARLOS.

DON CàRLOS.

Fut-il jamais une situation plus cruelle?

Donr fOAiV4 Rappelons-nous, don Carlos, tout ce qui noul Iwt arritë*

non cABLos* Vous avez chez ve«s la dame d'un âlnl.

DON Ivan.

Fillo d'utf bomnw qui est venu se réeltfmer de moi<

DON GARLOSj

Cet ami ett également cai^é etaei vous.

DON it/Jfi

Vont «aider à renger mee propres outragei;

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