‹ CalderonChapitre 48 sur 93 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Que chambre dans la maison do doa Lope.

Entre SYBÈNE.

STRÀNE.

A un trompeur, une rusée. Je me suis bien jouée de lui; mais il s'est encore mieux joué de moi avec ses injures que j'étais obligée de dévorer... — Qu'il eût dit que j'étais laide, passe encore, cela ne me touchait pas... que j'étais sotte, malpropre, pas davantage... — mais dire que mes yeux pleurent la... quelle horreur ! Il me le payera cher, le scélérat I

Entre LÉONOR.

liONOR.

Ahl Syrènel Madame?

sriiiNB.

LéONOR.

Que ton absence m'a inquiétée ! — L'as-tu vu ?

SYRÈNE

Oui, madame, et il vous envoie sa réponse dans cette lettre. Il m*a dit en outre de vive voix que si vous lui permettiez de vous voir une seule fois, après il vous laisserait tranquille et s'en irait.

LIÉONOR.

Que ta légèreté m'afflige t — Pourquoi donc as -tu pris cette lettre?

STRÈNE.

J'ai pris cette lettre, madame, pour vous la donner.

LÉONOR, à part.

Ah! pensée cruelle I que tu. t'insinues facilement dans mon cœur!

SYRÈNE

Qu'importe maintenant que vous la lisiez ?

LÉONOR

Tu as de moi une jolie opinion! Tais-toi, Syrène... Il faut la brûler... la déchirer. {A part.) Elle ne me comprend pas, cette vilaine sotte I Ne devrait-elle pas me presser, me prier de lire ?

SYRÈNE

Quelle faute, madame, a commise cette lettre, qui est venue ici sans s'en douter, pour que vous la punissiez de votre colère ?

LÉONOR

Eh bien! si je la prends, tu le verras, que c'est pour la déchirer.

SYRÈNE

Ne la déchirez, du moins, qu'après l'avoir lue. .

LÉONOR

Il faudrait que tu m'en suppliasses bien fort.

JOURNÉE II, SCÈNE lU. 18tt

SYRÂNE.

Alors je vous en supplie pour ce pauvre jeune seigneur.

Donne.— Gela te chagrine, il me semble. C'est pour toi seule que je brise le cachet^ ; c'est pour toi seule que je la lis, entends-tu, Syrène ?

SYRÈNE

Je le vois bien.— Ouvrez-la donc.

LéONOR, à part.

Que peut-il avoir à me dire?— {Elle lit,) « Léonor, s'il m'était possible de vous obéir en vous oubliant, je pourrais vivre ; et après tous les ennuis , tous les chagrins que ce fatal amour m'a causés, ce serait de ma part être généreux envers moi seul que de renoncer à vous aimer... Plût à Dieu que cela fût en mon pouvoir! mai^ voilà long-temps déjà que j'essaye de réussir, et je ne le puis. Mon cœur s'obstine à vous aimer malgté mon malheur et vos ordres .. Moi vous oublier, moi renoncer à vous ! Non, cet avantage n'est pas donné à un amant dédaigné. Mais vous , aimez-moi , accordez-moi une seule faveur, une seule grâce que j'implore, et ensuite, Léonor, je tâcherai de vous oublier si je puis. »

STAÀNE.

Vous pleurez eo lisant cette lettre ? Qu'est donc devenu cet or- . gueil si... féroce?

LiONOR.

Je pleure sur de tristes souvenir! que ces lignes me rappellent.

STRilIK.

Qui bien aime, tard oublie.

LÉONOR

En présence de celui qui a porté un coup si funeste à mon cœur, ma blessure se rouvre et saigne de nouveau.— Je t'en avertis, Syrène, avec ses poursuites insensées cet homme finira par me perdre ; oui, il me tuera et me perdra s'il ne l'élmgne pas d'ici.

STRàNK.

Cela ne dépend que de vous.

LÉONOR

Que veux-tu dire?

STRÈNB.

Vous n'avez qu'à l'entendre. Il dit que si vous consentez à l'entendre une seule fois, il quittera Lisbonne aussitôt.

LÉONOR

En réponds-tu, Syrène ?

STRàNB.

Oui, madame.

' L'ttfSiion de déchirer une lettre on d*ep briser le cachet s'exprime en espagnol par le mètÊt Twbe romptr, que CiMeroo a éridemment réçM ft àesêttin dus ce passage.

LéOPfOR.

Je ferais Timpossible, je Tavouc, pour obtenir de lui qu'il partit. Mais comment, comment viendrait-il?

8YRÂNE.

Rien de plus aise; prêtez-moi votre attention. Nous sommes à l'entrée de la nuit; ce moment est le plus favorable. Il ne fait plus assez de jour pour que l'on reconnaisse un homme , et il n'est pas assez tard pour craindre que les voisins s'en étonnent. Monseigneur, ainsi que vous avez dû le remarquer vous-même, ne rentre jamais d'aussi bonne heure... Quant a don Louis , je ne doute pas qu'il ne soit dans la rue. Je Tirais chercher et l'amènerais dans cette salle, où vous pourrez causer avec lui et le réprimander à votre aise. Enlendez-le un instant, et abandonnez le reste à la fortune.

Tu me fais voir tant de facilités, que tu enlèves toute délibération et toute crainte à mon honneur." Va donc ; hàte-toi de l'amener.

STRàNB.

Je cours et. reviens.

S5 rêne sort.

lAonor.

Quelque dangereuse que soit cette entrevue, je suis celle que je suis, et je saurai me vaincre... SI ma fbrce faiblissait... l'honneui, qui m'a obligée de braver ce péril, me défendra... Je tremble... A chaque pas que j'entends il me semble que c'est don Lope ; et même le souffle de l'air, je me figure que c'est lui. - Peut-être qu'il m'écoute par là? — Vaine imagination produite par la crainte ! — Faut-il qu'une femme noble s'expose à courir de tels risques !

Eatrent DON LOUIS et 8YRÊISE. Ils marchant comme à lâlons.

■TiàrfB»

Voiei ma maltreife.

DON Louif , à pa^t.

Hélas! combien de fois j'ai souhaité ardemment cette occasion 1 Et maintenant je suis presque effrayé»** Un sinistre pressentiment me saisit le cœur.

LÉONOR, à part.

il ne parle pas, et pourtant il importe qu'il se retire au plus tôt.

DON LOUIS

Léonor ?

LiONOB.

Seigneur don Louis ?

DON LOUIS

Ah! Léonor!

Seigneur don Louis, vous voiU dans ma maison... Je vous ai accordé l'eatrevue demandée par vous*.* aipliqucz-voua sans r«urd«

atin que vous vous en retourniez... {A part. ) Epouvantée de moimême j je puis à peine me soutenir , et mon cœur se serre coinnie s'il se sentait pressé par un poignard.

DON LOUIS

Voussavet» belle Léonor, si tant est que vous n'ayez pas oublié les joies passées, depuis quel temps je vous aime. La première fois que je vous vis, que J'eus le bonheur de vous voir, ce fut dans la campagne qui est aux environs de Tolède, votre patrie et la mienne. Vous étiez là avec plusieurs de vos compagnes, occupée à cueillir des fleurs qui, certes, n'étaient pas aussi fraîches et aussi brillantes que vous. Vous savez aussi que...

L^ONOR

Laissez-moi parler, je serai plus brève. Je sais que, durant plusieurs semaines de suite, vous n'avez cessé de parcourir ma rue, de passer et repasser sous mon balcon, et que, sans vous décourager de mon dédain , vous m'avez témoigné un amour ferme et constant jusqu'au moment où je vous distinguai. Alors, à la faveur des ombres de la nuit, au moyen de ces billets que nous échangions l'un avec l'autre par la fenêtre, suivant l'usage des amans S nous formions des projets de nous marier ensemble, quand on vous donna une compagnie et que vous fûtes forcé d'aller servir le roi. Vous partîtes pour la Flandre...

DON touis.

Ceci, c'est à moi de le dire. J'allai en Flandre; là, nous donnâmes un assaut auquel périt bravement un cavalier ara^ounais ap- ,pelé don Juan de Benavidès. La ressemblance de mon nom avec le sien fut cause que le bruit de ma mort se répandit en Espagne. La nouvelle eu arriva à Tolède...

LIÉONOR,

Elle fut aSTreuse pour moi, et je pleurai amèrement. Mais je dois me taire ici, quoiqu'il me fût aisé d'invoquer pour mon aiLCuse ma tristesse, mon chagrin, ma douleur. Ah î. que de larmes j'ai versées sur votre sort, sur le sort de notre amour !... Que vous dirai-je? à la fin, les instances de mes proches ont obtenu que je me sois mariée par proeuratien.

DOM LOOIS.

Je l'ai appris en chemin. Je me flattais de pouvoir rompre encore ce mariage ; et je courus à votre poursuite, jusqu'au moment où je vous rejoignis et vous parlai sous les habits d'un marchand.

«( ...Que no eonsiguên Una texa y un papel ?

Mot à mot : « A. quoi ne réussissent pas une luile et une lettre? » Allusion aux moyens que les amans espagnols employaient pour correspondre. Le galant, venu la nuit ious les renèires <Je sa dame, Itii lançait un billet doux attaché ft un morceau de luile, et recevait la réponse par le i

LéONOR.

J'étais mariée déjà; et puisque je yous ai détrompé, pourquoi étei-vou8 venu ici ?

DON LOUIS

Je suis venu seulement pour voir si j'ai lieu de me plaindre de vous. Si, dans cette conversation, j'acquiers la conviction que' vous avez manqué à votre foi, je partirai aussitôt pour la Flandre, où j'espère qu'une balle donnera la niort, non plus à don Juan de Benavidès, mais à don Louis de Benavidès.

LÉONOR

Quoi I don Louis, vous voulez mourir ?

DON LOUIS

Oui, Léonor, si en sortant d'auprès de vous...

8YRÈNE.

Voilà quelqu'un ^ui monte l'escalier.

LÉONOR

Ahl ciell

DON LOULS.

Grand Dieu I

LÉONOR

Que faire? Cette salle est obscure; demeurez-y afin qu'on vous y trouve seul. Quand on sera entré, vous vous en irez. Mais ne partez pas pour la Flandre: j'ai besoin d'achever cette explication.— Viens avec moi, Syrène.

STRàNB.

Je TOUS suis.

Lëonor et Syrène se retirent par la porte qai est & gauche. DON LOUIS.

Y a-t-il un malheur égal au mien ? Léonor et Syrène m'ont laissé seul, incertain et troublé... Comment m'échapper au milieu des ténèbres qui m'environnent?... Je ne connais pas la maison et je ne trouve pas la porte.

Entre DON JUAN par la porte du fond.

DON JUAN, à part.

Cela çst singulier qu'on n'ait pas encore allumé à cette heure !

DON LOUIS, à part.

C'est le pas d'un homme.

DON JUAN, à part.

Quelqu'un marche. (Appelant.) Holà! un flambeau I — (A don Louis,) Qui va là ? qui est-ce î répondez !

DON LOUIS, se heurtant contre don Juan. Ah!

ils tirent chacnn leur épée et se battent.

DON JUAN

Répondez donc 1 répondez du moins à mon épée qui vous inter^ roge 1

JOURNÉK U, SCÈNE lli. 18»

DON LOUIS , à part, Toici une porte, je fuû sauvé I

u se retire {>ar la même porte qne L^ooor et Syrène. DON JUAN.

OÙ est-il donc?

Entrent DON LOPE et MANRIQUE parla porte da fond. DON LOFE, à part.

J'ai entendu par ici un cliquetis d'épées, et l'on n'a pas encore éclairé Tappartement! {À Jtfanrique.) Va chercber un flambeau.

Haarique sort.

DON JUAN

Je VOUS ai demandé votre nom.

DON LOPE

Qui veut savoir mon nom ici ?

DON JUAN

Un flambeau I

DON LOPE

Un flambeau !

Entre MANRIQUE, un flambeau à la main.

MANRIQUE

Entrent LÉONOR et SYRÈNE.

L^NOR, à part,

DON LOPE, turprit,

DON JUAN, de même,

DON LOPE

T<e voici.

Ah! ciell Don Juan !

Don Lope !

Qu'est ceci?

DON JUAN

J'entrais dans cette chambre lorsqu'un homme en sortait.

DON LOPE

Un homme, dites-vous ?

DON JUAN

Oui. Je lui ai demandé à plusieurs reprises qui il était; au lieu de me répondre il s'est tu.

DON LOPE, o part.

Il importe de dissimuler... Que don Juan ne croie pas que j'aie pu concevoir des craintes aussi misérables. {Â don Juan,) Il eût été bon, sur ma foi 1 mon ami, que l'un de nous eût tué l'autre. C'était moimême qui sortais... Je n'ai pas reconnu votre voix... M'entendaiit demander mon nom dans ma propre maison, cela m'a irrité; je me suis tu et j'ai répondu avec l'épée.

LliONOR.

C'eût été un affreux malheur !

STHÈNB.

Une bizarre aventure I

DON JUAN

Quoi! c'était Youf?

DON LOPB.

Moi-même. •

DON JUAN

Mais non, cela n'est pas possible. L'homme de qui ie parle est là, là-dedans, j'en suis certain ; car il n'a pas pu sortir par la porte par où vous êtes entré.

DON LOPE

Quand je vous dis que c'était moi.

DON JUAN

Cela est étrange I

DON LOPE, à part.

quel ennui d'avoir un ignorant ami! {A don Juan. ) Eh bien ! si vous êtes tellement persuadé qu'il y a quelqu'un caché ici, pendant que je vais visiter la maison, gardez-moi cette porte en vous tenant dans la pièce d'entrée.

DON JUAN

Vous pouvez commencer vos recherche! en toute sécurité. Il ne sortira pas par là, je vous en répond».

Quoiqu'il arrive, ne quittes pas k pièce d'entrée, entendez-vous?

DON JUAN

Je n'en bougerai pas.

DON LOPE

Songez-y bien.

Soyez tranquille.

Ahl Syrènel Tenez-vous.

DON JUAN

Il sort par h porte du fond.

LéoNOR, bas, à Syrène.

sïKÈNE, bas, à Léonor.

DON LOPE, à part.

S'il se trouve que je sois offensé, j'aurai assez d'empire sur moimême pour conserver mon sang-froid; et ma vengeance, que suivra un silence impénétrable, sera un enseignement pour le monde. ( A Manr^uê.) Allons, Manrique, précède-moi avec ce flambeau.

MANRIQUB.

Moi» seigneur T

DON LOPB.

Oui^allMif.

MÂNRIQUB.

Je n*ose. Je suis peu curieux des reyenans.

D(m LOPB.

De quoi as-tu peurt

MANHIOUB.

De tout.

DON LOPE

Eh bien î donne-mol ce flambeau et sors d'ici. Va rejoindre don Juan. {Manriqw lott. — A part. ) Je ri'ai besoin d'aucun témoin de mon malheur. {Il $*approche de la porte qui est à gauche,) Voyons de ce côté.

lioNOR, le retenant.

Non, seigneur. ••

DON LOPB.

L&chez-fBol.

IJONOR.

Il est inutile, seigneur, que Vous entriez... Je vous garantis, je TOUS atteste qu'il n'y a personne.

DON LOPB.

Alors, raison de plus pour que f entre; ee sert le moy^ de rassurer don Juan.

M sort. '

Hélas! Syrène, que le«oft m'est contraire I... Quelle situation cruelle q«e la miee&e: Je suis au désespoir, éperdue... Don Lepc découvrira sùrensent 4oa Louis qui est caché... Le malbeureuK ! il a cru sortir par la perte qui donne dus ma ohawbrel... Ah! sans doute ils se seront rencontrés déjàl Do& Lope l'a vu ^t lui a parlé... •*-Si je pftuvais fuir encore !... mais non, son ami farde le passage ; et d'aiUaiiM je n'en Mirais pas la feiee..* Que le ciel me soit en aidel

tTRÉNB.

Du ceiinge, madMiel

utoNoa.

Je m suis toute que oonfitsion et teifeur.

^ Entrent ©ON LOPE et DON LOUIS.

Dos Louis est enveloppe de soo maateau jusqu'aux yeux et tienl sou épëo. nue. Don Lop« le sait, tenant d'me main son éfée et ée l'antre k lambeau.

DON LOFE

Ne VOUS couvrez pas ainsi le visage, cavalier.

DON LOUIS

Abaissez votre épée, seigneur. A la plonger dans le sang d'un, homme qui ne se défend pas il y aurait plus de honte que de gloire.

DON LOPE

Qttléèes-vew?

DON LOUIS

Je fuif de Castille, seigneur... Jaloux d'un cavalier qui rendait des soins à une dame que je servais, je l'ai provoqué en duel et l'ai tué... Eiilé pour ce motif de mon pays, je me suis réfugié a Lisbonne... J'ai apprit ce matin qu'un frère du mort, me sachant ici , y était venu dans l'intention de le venger traîtreusement... On ne m'avait pas trompé... Ce soir, tout-à-I'heure , je passais par cette rue , lorsque j'ai été assailli par trois hommes à la porte de cette maison... J'ai eu peur, je l'avoue, et pensant qu'il m'était impossible de soutenir le combat contre trois hommes armés, je me suis précipité ici et j'ai franchi l'escalier. Eux, soit qu'une nouvelle attaque leur ait paru dangereuse, soit qu'ils aient respecté cet asile, ils ne m'ont pas suivi... J'ai attendu dans cette salle qu'ils se fussent éloignés. Lorsque je n'ai plus entendu de bruit dans la rue, j'ai voulu descendre ; mais au moment où je sortais je me suis heurté contre un homme qui m'a crié': Qui va là? Je me suis imaginé que c'étaient mes ennemis ; je n'ai pas répondu, et j'ai pénétré dans la chambre voisine. — VoilÀ, seigneur, pourquoi vous m'avez trouvé caché dans votre maison. — Et maintenant, seigneur, tuez-moi. Comme je vous ai dit la vérité,'et que je ne veux pas que la vertu ait à souffrir de mon imprudence, je mourrai content... J'aime mieux périr victime d'un ressentiment honorable que d'une InfAme vengeance.

« DON LOPB, à part,

A quelles incertitudes, à quelles anxiétés, à quelles craintes tout mon cœur est en proie!... Si cet homme m'inquiétait si vivement lorsqu'il se promenait dans ma rue, que sera-ce à présent que je l'ai trouvé cach^ dans ma maison, dans l'appartement de ma femme ? Assez, assez, pensée cruelle, ne me tourmente pas davantage ! Tout cela peut être vrai ; et quand même, ce n'est pas le moment d'éclater.— Sachons souffrir et nous taire. {A don -Louis,) Cavalier castillan, je me félicite de ce que ma maison vous a servi d'asile contre une trahison. Si j'étais encore garçon, je me ferais un plaisir de vous y offrir l'hospitalité, car c'est le devoir d'un gentilhomme d'accueillir de nobles disgr&ces; mais, hors de là, je vous prie d'accepter mon assistance en toute occasion et de toute manière. Si l'épée d'un second vous est utile, comptez sur la mienne, et croyez qu'avec cette aide vous n'aurez pas besoin de tourner le dos à vos adversaires, quel que soit leur nombre. — Et maintenant, afin que vous puissiez sortir de ma maison en secret, nous nous en irons par le jardin, dont je vous ouvrirai moi-même la porte. Cette précaution, je le confesse, je ne la prends pas moins dans mon intérêt que dans le vôtre. Je ne veux pas que mes valets, — car les valets sont toujours les ennemis de ceux qu'ils servent, — Tiennent à raconter que je vous ai trouvé ici, et m'obligent à satisfaire une curiosité importune. Quoiqu'il soit impossible

JOURNÉE II, SCfiNE UI.. 193

de douter de la sincérité de yos parolet, et que pour ma part j'en sois persuadé, quel homme, ici-bas échappe à la malveillance? Quel est celui que la médisance épargne? quel est celui que le soupçon n'atteint pas? Et quant à moi, si je croyais... si même j'imaginais... si j'avais seulement l'idée que quelqu'un essayât d'entacher ma réputation , mon honneur , — ne serait-ce qu'une servante, une esclave, — vive Dieu I ce quelqu'un , je lui itérais aussitôt la vie, je lui tirerais jusqu'à la dernière goutte de son sang, et je lui arracherais r&me, si l'àme se peut arracher avec l'épée ou le poignard! — Venez ; c'est moi qui vous éclairerai jusqu'à votre sortie. DON LOUIS, à part.

Ma voix s'est glacée dans ma poitrine... Voilà bien l'arrogance portugaise!

DoD Iop« et don LonU sortent par la porte de droite. liONOR.

Je respire!... cela a mieux fini que je ne l'espérais. C'est la première fois que le mal a été moindre qu'on ne l'avait pensé. Ah ! Syrène, pour tous les trésors de la terre je ne m'exposerais pas a une pareUle situation.

DON LOPE rentre.

DON LOPE

Léonor !

LIÉONOR.

. Que désirez-vous, seigneur? Ce cavalier vous a dit le motif pour lequel il était entré. Vous savez que je ne suis pas coupable, qu'il n'y a pas eu de ma faute.

DON LOPE

Un époux qui vous aime et vous estime n'a pas l'intention de vous gronder. Non, Léonor, je veux seulement vous dire que puisque ce cavalier s'est déclaré avec nous...

N'a-t-il pas dit tout-à-l'heure qu'il était de Castille et qu'il s'était réfugié ici après avoir tué un homme 7... Je n'en sais pas davantage, moi, seigneur.

DON LOPE

Pour Dieu! Léonor, ne vous disculpez pas, vous me tuez. — Non, Léonor , vous ne pouvez pas en savoir davantage ; mais il sufQt qu'il se soit confié à nous pour que nous lui gardions le secret... Toi, Syrène, ne dis rien de ce qui s'est passé à personne, non pas même à don Juan.

Entre DON JUAN.

DON JUAN

Vous avez été si long-temps, don Lope, que je commençais à concevoir de l'inquiétude.

DON LOPE

En vérité , don Juan , il est aimable à vous de me faire ainsi

194 A OUTRAGR 8ECRCT VENGEAÏTCE SECRÈTE.

courir par toute la maison» lorsque je suis sur que c'était nol. Preuei

à votre tour le flambeau, s'il vous platt, et visitez-la.

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