‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 118 sur 130 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

à tous les spectateurs de cette scène attristante. C'était à qui témoignerait le mieux toute son estime à l'aimable et respectable accusé. A peine M. Falkland se fut-il retiré, que les personnes les plus distinguées de cette assemblée résolurent de donner une sanction nouvelle à cette décision, par une expression formelle des sentiments de leur joie. Ils nommèrent sur-lechamp une députation pour se rendre à cet effet auprès de lui. Chacun voulut concourir pour sa part à ce témoignage spontané et universel qui s'élevait de toutes parts en faveur de l'accusé : ce fut une sorte de commotion sympathique qui gagna tous les rangs et toutes les classes de citoyens. La multitude salua M. Falkland avec des acclamations mille fois répétées ; elle détacha les chevaux de son carrosse, le traîna elle-même en triomphe, et l'accompagna pendant plusieurs lieues pour le reconduire à sa demeure. On eût dit qu'une instruction criminelle, qui jusqu'alors avait, dans tous les cas, passé pour une tache, était devenue, pour cette fois, une marque d'honneur signalée et une sorte d'apothéose. Rien de tout cela ne put adoucir la blessure de M. Falkland; ce n'est pas qu'il fut insensible à tant de témoignages réitérés de l'estime et de l'affection publiques ; mais il

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n'était que trop évident que la mélancolie qui s'était emparée de son àme était dès lors insurmontable.

» Ce ne fut que quelques semaines après cette mémorable scène que le véritable meurtrier fut découvert. Chaque partie de cette histoire est réellement extraordinaire : le véritable meurtrier était Hawkins. Il fut trouvé avec son fils dans un village à environ quinze lieues de là, caché sous un faux nom et manquant des premières nécessités de la vie. Depuis F époque de sa fuite, il avait vécu dans cette retraite d'une manière si retirée, que ni l'active bienfaisance de M. Falkland, ni la méchanceté infatigable de M. Tyrrel n'avaient pu, après toutes les recherches possibles, venir à bout de le découvrir. Le premier indice qui avait mis sur la trace du coupable était quelques lambeaux de vêtements ensanglantés qu'on avait trouvés dans un fossé, et qui furent reconnus par les gens du village pour appartenir à ce malheureux. Le meurtre de M. Tyrrel était un événement qui avait fait assez de bruit, et les soupçons se portèrent bien vite sur Hawkins. On fit les perquisitions les plus rigoureuses, et dans un coin de son logement on aperçut un manche de couteau avec une partie de la lame, laquelle, ayant été rap-

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