‹ Calendrier positiviste, ou, Système général de commémoration publique, destiné surtout à la transition finale de la grande république occidentale [microform], formée des cinq populations avancées, française, italienne, espagnole, germanique, et britanniqueChapitre 6 sur 16 · TYPES HEBDOMADAIRES · texte numérisé non relu

TYPES HEBDOMADAIRES

Ariosle, Raphaël , Tasse, Millon.

Colomb, Vaucanson , Wall, Monigolfier.

Calderon, Corneille, Molière , Mozart.

Saint- Thomas-d'Aquin, le chancelier Bacon, Leibnilz, Hume.

Louis XI, Guillaume-le-Tacilurne, Richelieu , Cromwell.

Galilée, Newton , Lavoisier, Gtll.

Fêle universelle des MORTS.

Telle est la base générale du classement d'environ cinq cents noms d'élite que j'ose ici proposer comme offrant tous des litres réels, quoique très-inégaux, îi la commune vénération des cinq populations occidentales. Chacune d'elles pourra ensuite développer davantage ce culte concret , en l'étendant aux mémoires purement nationales, et même jusqu'aux simples illustrations provinciales ou municipales, de manière à y incorporer enfin les célébrations domestiques qui en seront dignes. Mais, quelle que doive être , en temps opportun , l'efficacité morale de ces expansions successives, le nouveau pouvoir spirituel doit aujourd'hui s'en abstenir entièrement , pour mieux caractériser son occidentalité, qail faut constituer avant tout.

Dans l'ensemble de ce culte, le temps attribué à chaque grande phase historique représente fidèlement, quoiqu'en sens inverse, sa propre nature générale. Le premier mois de l'année positiviste suffit réellement pour une digne célébration occidentale de la théocratie initiale, malgré que ce régime primitif ait beaucoup plus duré qu'aucun autre , au point de persister essentiellement chez d'immenses populations actuelles. Mais son admirable unité et sa consistance opiniâtre expliquent assez cette apparente disproportion. Trois mois m'ont été ensuite indispensables afin de glorifier pleinement la grande évolution intellecluelle de l'ancienne Grèce, oîi la poésie, la philosophie

et la science ne se dégagent que successivement du tronc théocratique, sous la réaction latente du principe militaire. Au contraire , le mois suivant caractérise assez le vaste ensemble de la sociabilité romaine, y compris son double préambule grec; car cet essor homogène et cohérent offre partout le développement d'une même civilisation , aisément représentée par quelques types bien choisis. Un semblable motif convient aussi au moyen âge, dont les neuf siècles sont ici dignement célébrés dans les deux mois que mon plan m'accordait envers le catholicisme et la féodalité. Si les cinq siècles de l'évolution moderne absorbent seuls les six derniers mois de l'année positiviste, cette nécessité ne tient pas seulement à la notable accélération du mouvement humain , ni â l'importance supérieure d'une préparation qui touche à son but. Elle est surtout due à la nature profondément dispersive d'une telle progression, où l'on ne peut embrasser tous les éléments essentiels du résultat général sans multiplier beaucoup les types partiels. Un seul mois n'y représenterait point assez, comme je l'espérais d'abord, l'ensemble de l'essor poétique, que j'ai dû répartir entre l'épopée et le drame ; ce qui m'a d'ailleurs permis d'y incorporer respectivement la peinture et la musique. De même, si l'on concentrait , au mois de Descartes , la double célébration du mouvement philosophique et du mouvement scientifique, on caractériserait mal la participation finale de chacun d'eux à la fondation systématique du positivisme . résultée, en temps opportun, de leur concours nécessaire.

Le cours philosophique que j'ai professé, au Palais-Cardinal, pendant les trois années précédentes , sur l'histoire générale de 1 Humanité , constitue naturellement une introduction dogmatique au système de commémoration exposé ici. Quand ces prédications positivistes auront été assez reproduites, je com-

S^^>Ji•Alli Dli lOMMÉMOKATlON.

mencerai l'exécution de la vaste opération sacerdotale que j'institue ainsi, en consacrant deux années consécutives aux deux premiers degrés du culte concret. Son ébauclie décisive pourrait alors être complète en trois ans, si je trouvais déji six dignes collaborateurs , qui pussent ensuite se vouer à l'accomplissement, pénible mais indispensable, du troisième et dernier degré. Le besoin d'invoquer solennellement un tel concours influa beaucoup sur la publication initiale de cet essai. Mais je m'y décidai aussi pour mieux provoquer au perfectionnement du nouveau calendrier, surtout quant aux types quotidiens, envers lesquels j'ai déjà puisé d'utiles rectifications dans les libres conférences de la Société Positiviste , particuUèrement d'après les beureuses indications de mon jeune ami M. Laffitte. Je continuerai d'accueillir, avec une sincère gratitude, tous les conseils, même inadmissibles, qu'une saine critique pourrait nvadresser, pourvu qu'ils procèdent toujours par substitution spéciale, et jamais par simple négation.

Les modifications déjà résultées de ces communications fraternelles ou de mes propres réflexions n'ont afl'ecté jusqu'ici que les noms accessoires qui complètent souvent mes types quotidiens. Il serait superflu de motiver ces changements quand ils se bornent, comme dans la plupart des cas, à des additions ou à des transpositions. Ces variations , d'ailleurs très-rares , seront aisément expliquées par tout lecteur capable d'apprécier mon système de commémoration. Mais la troisième édition introduisit aussi une suppression , dont je dois rappeler les motifs essentiels, envers Cardan, auquel je substituai, comme adjoint de Ramus, le cardinal de Cusa. Outre la supériorité morale de celui-ci , un siècle d'antériorité donne plus de prix à son influence philosophique, d'ailleurs analogue, soit rontrr W néni>:itélisme . soit surtout pour préparer déjà la

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rénovation cartésienne. Il faut d'ailleurs honorer en Crebbs le digne précurseur de la grande régénération accomplie , en astronomie, par Copernic, quand l'ensemble du mouvement moderne eut assez mûri l'ancienne inspiration pythagoricienne (1).

Mais la plus grande modification propre à cette troisième édition consista dans la suppression de Philippe II parmi les trois principaux rétrogradateurs , dont la solennelle réprobation caractérise le jour additionnel de chacune de nos quatre premières années bissextiles. En accueillant à ce sujet la réclamation d'une dame positiviste, je crus à la fois accomplir dignement un acte d'impartialité historique et améliorer essentiellement mon institution exceptionnelle de la Fête des réprouvés,

La domination de Philippe II ne fut vraiment rétrograde qu'en Hollande , où elle suscita la plus pure et la plus honorable de toutes les révolutions politiques. Son gouvernement en Espagne , dont l'appréciation doit ici prévaloir, présenta seulement le caractère conservateur. Justement alarmé des progrès du protestantisme, et profondément pénétré du devoir d'en préserver les populations méridionales, l'inflexible suc-

(1) Je dois saisir cette occasion pour motiver aussi les deux substitutions d'adjoints introduites par le seconde édition, et maintenues dans la troisième.

Parmi les encyclopédistes du moyen âge,j'adjolgnis d'abord à Albert le Grand, le célèbre bibliothécaire de Saint Louis. Mais, considérant ensuite Vincent de Beauvait comme un simple compilateur, je dus le remplacer par Jean de Salisbury. Car, cet illustre secrétaire de Tbomas Becket fut un véritable penseur, d'ailleurs plus ancien.

Entre les physiciens modernes, j'ai finalement préféré Sauveur à yîmpère comme adjoint de Volta, afin que l'acoustique fût représentée dans ce calendrier, où l'électrologie avait déjà fourni plusieurs noms. D'ailleurs, outre l'infériorité morale d'Ampère et ses travers encyclopédiques, il fut moins original que ^uveur, qui contribua davantage à l'essor de la saine physique.

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cesseur de Charles-Quint n'eut , à cet égard, d'autre tort essentiel que d'instituer, par des moyens trop acerbes, une compression exagérée. Sa mémoire reste même chargée injustement des mesures les plus violentes et les plus vicieuses, que sa longue et énergique dictature sut toujours éviter, et qui émanèrent seulement de son faible fils.

Tous ceux qui comprennent combien eût été désastreuse , pour l'ensemble de l'Occident, une entière prépondérance du protestantisme, approuveront, j'espère, une telle radiation. Cette physionomie, dure mais forte, ne méritait point d'être accolée aux deux monstruosités historiques entre lesquelles je l'avais placée. Le sophiste et l'aventurier couronnés se trouvaient d'ailleurs relevés mal à propos par une semblable interposition. En se bornant à deux types vraiment dignes l'un de l'autre , la réprobation occidentale flétrira mieux l'insensé et le criminel qui employèrent un immense pouvoir à tenter de faire rétrograder les deux principales révolutions de l'humanité.

Cette rectification se rapprocha naturellement d'une modification plus importante , que j'introduisis au frontispice de ce calendrier. Dans l'énumération sociologique des cinq éléments généraux de la grande république occidentale, j'avais toujours maintenu jusqu'alors l'ordre indiqué, il y dix ans, par mon ouvrage fondamental, pour la propagation décisive du vrai mouvement de régénération, ^^lais mon Discours sur l'en' semble du posilivisme signalait, en 1868, la possibilité de voir bientôt la population espagnole reprendre son rang historique au-dessus des deux nations prolestantes. En appréciant mieux les conditions morales, et me préoccupant moins de 1 infériorité industrielle ou scientifique , je crois enfin que l'ordre occidental, interrompu au seizième siècle, doit être déjà regardé comme essentiellement rétabli. Or, la conservation inlellec-

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tuelle , et surtout sociale , du catholicisme constitue la principale source de cette réhabilitation espagnole. Car, l'incontestable supériorité affective de l'Espagne consista essentiellement à mieux préserver des atteintes de l'anarchie moderne l'ensemble des mœurs propres au moyen âge. L'Espagne est ainsi devenue moralement supérieure à tout le reste de l'Occident sous trois aspecU principaux, la conciliation de la fraternité avec l'inégalité, la digne appréciation des femmes, et l'incorporation normale des domestiques.

Après avoir ainsi rappelé les motifs des principales modifications introduites dans les éditions précédentes, je dois expliquer enfin celles qui sont propres à l'édition actuelle.

La plus importante concerne la dernière semaine du mois consacré à la philosophie moderne. En revenant sur cette semaine de Hume, j'y ai spontanément reconnu plusieurs imperfections notables, qui m'ont conduit, depuis six mois, à la rectification essentielle que je consacre ici. Son double vice consistait à trop glorifier l'école germanique, et pas assez Técole britannique. iMalgré les prétentions pédantesques des Allemands actuels, leur pays n'a fourni, depuis Leibnitz et le grand Frédéric, de penseur vraiment éminent que Kant, sauf le génie exceptionnel de Gall , que la France a seule compris et honoré. En érigeant Fichte en type quotidien, je lui avais attribué trop d'importance : il prend ici sa vraie place , en devenant l'adjoint de Kant, dont le nom ne redoute aucun entourage. Pouvant ainsi disposer d'un jour, je l'ai consacré à Robertson , qui n'était point assez dignement placé comme adjoint d'Adam Smith, auquel, outre l'insuffisante analogie , il ne fut aucunement inférieur. Cette modification est devenue plus heureuse , en se complétant par l'adjonction de Gibbon , dont rutile et pénible élaboration ne méritait pas mon oubli antérieur,

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outre quelques précieux aperçus incidents sur la vraie philosophie de l'histoire.

Mais cette réaction ayant laissé Adam Smith sans adjoint, je me félicite d'avoir comblé la lacune en glorifiant dignement le seul publiciste contemporain qui mérite réellement l'attention intellectuelle et morale de la postérité, M. Dunoyer. Sa lumineuse distinction entre l'industrie qui modifie le monde et celle qui agit sur Thomme constitue réellement le seul pas capital que comportât la prétendue science des économistes. Il est vrai que cette juste rénovation ne peut s'accomplir sans dissoudre radicalement une telle métaphysique, ainsi proclamée désormais non moins irrationnelle qu'ignoble. Car, on reconnaît alors l'absurdité d'étudier l'existence matérielle de l'humanité isolément de sa vie intellectuelle et morale. Mais cette inévitable dissolution d'une désastreuse doctrine motive encore mieux la glorification du consciencieux penseur dont toute la carrière aboutit à faire involontairement rentrer cette étude mal instituée dans le domaine synthétique de la sociologie. Je me trouve heureux d'ailleurs d'avoir ainsi pu réparer, pendant sa vie, l'ingratilude et l'oubli dont le public et le gouvernement français ont finalement récompensé de nobles et longs services civiques, auxquels je dus mes premières émotions politiques.

Sauf cette utile reconstruction de la semaine de Hume , la présente édition n'introduit d'autres changements que quelques nouveaux adjoints, qui n'exigent aucune explication.

Je doi3 cependant faire remarquer la rectification propre h la troisième semaine du mois d'Homère. Elle serait plus grave qu'aucune autre, puisqu'elle affecte un type hebdomadaire, ce qui probablement ne se reproduira jamais. Mais , en transportant à Aristophane la primauté que j'avais attribuée à Plante , je ne fais, au fond , que retournev spontanément à l'opinion gêné-

SYSTÈME DE COMMÊMOHATlOJH.

raie , après avoir reconnu que je m'en étais écarté mal à propos. Quoique les compositions d'Aristophane soient plutôt des satires dialoguées que de vraies comédies , elles offrent plus d'originalité , et même de force , que les productions plus dramatiques de Plante. Leur commune lecture fait d'ailleurs penser toujours à l'incomparable supériorité de Molière, moins préparé par l'antiquité que ne le furent Shakespeare, Corneille, et Calderon. En plaçant Plante au-dessus d'Aristophane, j'avais surtout voulu punir celui-ci de sa participation indirecte à la condamnation de Socrate. Mais un meilleur examen m'a fait reconnaître que cette influence tant reprochée fut plus apparente que réelle.

Enfin, il me reste à motiver assez la suppression de Fléchier, que j'avais érigé jusqu'ici en adjoint de Saiut-Vincent-de-Paule, quoique l'analogie fût très-imparfaite. Cette dernière discordance n'aurait pas sufli toutefois pour me faire écarter un nom estimable , si je n'eusse pas cru devoir accueillir la réclamation qu'on m'avait adressée contre l'oubli de l'abbé de l'Épée. Outre qu'une telle adjonction convient mieux h celui-ci, il la mérite davantage sous l'aspect moral , sans que son rang intellectuel soit au fond aussi inférieur que l'indiquent nos préjugés littéraires. Sans doute , il ne fut point l'inventeur de la célèbre méthode didactique qu'il a tant propagée. Mais c'est à son courage et à sa persévérance qu'on en doit la réalisation décisive , à laquelle j'ai borné cette glorification, faute de pouvoir la faire remonter jusqu'à l'inventeur ignoré. Cet acte de justice me force, il est vrai, d'exclure entièrement Fléchier, que je ne pouvais placer ailleurs. Néanmoins je regrette peu cette exclusion définitive envers un écrivain médiocre , auquel on doit moralement reprocher d'avoir écrit sur Turenne une pompeuse déclamation sans oser y flétrir l'atroce incendie du Palatinat.

SYSTÈME DE GOMMÉMOBATION.

Cette quatrième édition n*exige plus qu'un seul avis essentiel, quant à l'introduction du double tableau dans lequel je condense finalement le calendrier positiviste. Une telle disposition n*a d'autre but que de faciliter l'usage de ce système de commémoration. En rendant ainsi le nouveau calendrier aussi commode que l'ancien, chacun pourra d'ailleurs les mieux comparer. Mais je n'ai pas dû m'occuper spécialement de leur copcordance, afin de ne pas altérer les avantages iniiérenls à la perpétuité du calendrier positiviste, dont les éditions successives ne sauraient rester longtemps annuelles. J'ai donc simplifié le plus possible la construction de ce double tableau , en n'y mêlant aucune trace du calendrier chrétien. Les deux feuilles qui le composent, et qui deviendront les deux faces du placard usuel, contiennent l'une les cinq mois de l'antiquité, suivis des deux mois du moyen âge , et l'autre les six mois propres à l'évolution moderne.

Ainsi détaché du grand ouvrage où il trouvera sa place dogmatique, mon système de commémoration peut encourir beaucoup de fausses appréciations , dues à la grande difficulté de bien saisir aujourd'hui son véritable esprit. Cependant, son adoption générale, après un long examen, par la Société Positiviste , me permit d'espérer ailleurs un digne accueil, quoique je ne doive, sans doute, obtenir de personne une complète adhésion spéciale. Malgré tous les inconvénients de cette publication anticipée, je n'hésitai donc point à l'accomplir, afin qu'une application aussi caractéristique accélérât , dans notre urgente situation, l'avènement social de la seule philosophie qui puisse terminer la révolution occidentale. Après trois ans d'épreuve décisive , l'accueil public me conduit aujourd'hui à me féliciter d'avoir osé détacher cette institution du plan général que j'exposerai, pour la transition finale de l'Occideut,

SYSTÈME DE COMMÉMORATION

à la fin du Système de politique positive , dont le tome premier parut en juillet 1851, et dont le second vient d'être publié.

Paris, le 28 César 64 ( mercredi 19 mal 1852).

Auguste COMTE,

Auteur du Système de philosophie positive , et du Système de politique positive»

(10 , rue Monsicur-le- Prince. )

POUR UNE ANNÉE QtJELCONQUE.

»tBMisa Mots.

moïse

iÀ iinisIlâTIS tniTt&LB.

1 — Lundi Prométhée.

2 — Mardi .... Hercule. .

Orphée.

Ulysse.

Lycurgue.

Romulus.

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