‹ Calendriers d'un bourgeois du Quartier LatinChapitre 18 sur 46 · M. Monod a envoyé sa démission · texte numérisé non relu

M. Monod a envoyé sa démission

28. — M. Monod a été conspué à l'Ecole de Droit où il s'était aventuré, mais son exemple de démission n'en a pas moins été suivi par M. Georges Duruy, qui dit ceci dans une lettre : « Je déteste certaines choses que l'Association commence, hélas I à aimer : les parades aux cérémonies officielles, l'agitation, le bruit, la réclame et le cabotinage... je suis réduit à me demander si elle ne fait pas plus de mal que de bien. La banqueroute des plus belles espérances, que ïiôiïs

avions/ quelques autres et moi, fondées sur vous, ^st complète. »

Ces idé^s paraissent être partagées par d'autres membres honoraires, car trois d'entr'eux tous trois professeurs de Facultés, ont envoyé également leur démission.

29. — M. Michel Bréal vient pareillement de donner sa démission de membre honoraire de TA. A ce propos éreiintement, dans beaucoup de journaux, des membres démissionnaires,

. S Dééembre i 895. — L'A., batailleuse, a voulu avoir le dernier mot ; elle a donné quand même son bal à Bullier. Tout s'est bien passé. Les jeunes gêna ne se sont livrés qu'à des écarts chorégraphiques. Ce bal avait été annoncé par des af&ches collées sur tous les murs du Quartier. Elles ne portaient pas les couleurs ordinaires de rAssociation : bleu, rouge, molet,

9. — Il y a quelques jours un monôme d'étudiants sortant de l'Ecole Pratique^ envahit le boulevard Saint-Germain, puis le boulevard Saint-Michel en criant : « conspuez V larbin, conspuez ! » Tout ceci parce que le garçon de la bibliothèque de l'Ecole de Médecine avait exigé de quatre z'étudrantes qu'elles montrassent leurs cartes d'inscription ; comme trois (J'entr'ellesne l'avaient pas, elles avaient été expulsées.

Le garçon n'a fait qu'obéir aux ordres donnés. Les jeunes filles, renvoyées, étaient, il est vrai, de vraies z^étudiantes, mais d'autres jeunes tilles non étudiantes pénètrent journellement dans la bibliothèque et empêchent Messieurs les étudiant de travailler. Vade r^(rq sutanas !

9. — Aujourd'hui, à la Chambre, un anarchiste jeta, du haut de la tribune publique, une bombe qui éclata avec fracas ; pas mal de députés ont été blessés. M. Dupuy, ne quittant pas le fauteuil présidentiel, put, grâce à ses coups de sonnettes, ramener les fuyards dans la salle des séances. Il dit même un mot qui restera : « Messieurs, la séance continue. »

10. — C'est un nommé Vaillant qui fit le vilain coup d'hier. Il se trouvait parmi les blessés. On le soupçonna parce que, quoique blessé assez gravement, il vouliait s'enfuir sans donner son adresse.

30. — En remontant la rue Souffïot, à main gaucho au bout de la rue Toullier, j'aperçois une assez jolie tour en briques que M. Nénot, architecte, a élevée dans une cour de la nouvelle Sorbonne, à l'endroit où se trouvaient autrefois les maisons de la rue Cujas. C'est, paraît-il, la tour de 1a Physique *.

1 Depuis M, Nénot a élevé une autre tour plus importante, du côté de la rue Saint- Jacques, en face Louis-le-Grand. C^est la tour de V Astronomie, Ces deux tours donnent un relief tout partioulier aux constructions de la nouvelle Sorbonne.

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5 Janvier, - 15 degrés au-dessous de zéro Mes carreaux sont admirables. De fantastiques dessins de glace les décorent.

6. - Hier, incident à la première de la Cour. Sur trois magistrats, cjui prêtaient serment, un seul avait rendu visite au Premier Président; M. Périvier. Celui-ci, tout en faisant l'observation aux deux négligents qu'ils avaient manqué à Tusage, reçut néanmoins leur serment, mais il leva immédiatement Taudience de la Cour afin qu'elle pût se constituer en chambre de discipline et faire aux deux étourdis des •■ admonestations bien senties.

9. —Monsieur le ministre de l'Instruction publique, vient d'envoyer une médailleà l'Association générale des étudiants, en disant que cet acte du Gouvernement était la consécration définitive de l'Association. Le Gouvernement agit avec bçaucoup d'habileté et, à son point de vue, fait bien d'agir comme il le fait. Mais, au point de vue de l'indépendance des écoles, beaucoup de personnes trouvent que les étudiants de l'Association se laissent trop domestiquer \ le mot n'est pas de moi, je l'ai recueilli de la bouche d'un étudiant rétif et indépendant.

10. — L'anarchiste Vaillant, qui lança une bombe sur la tête de nos honorables de la Chambre, a passé aujourd'hui en Cour d'assises et a été condamné à mort. En s'en allant il s'est tourné vers ses amis du fond de la salle et de la main il a fait semblant de se trancher le cou. Chacun a cru sentir sur son propre cou le froid dû couperet

12. — Propos de la salle des Pas-Perdus : Il paraît que Labori, l'avocat de Vaillant, fut fort troublé quand il entendit prononcer la peine de mort contre son client. Vaillant aurait dit : « je fus obligé de lui remonter le moral. » Ça ne ferait, du reste qu'honneur à la sensibilité de Labori.

13. — ^ La semaine dernière, grande séance de propagande socialiste à la salle de la rue d'Arras, la salle chère aux coreligionnaires de l'abbé Loyson, M. Jaurès présidait et M. Paul oii plutôt M. Pablo Lafargue, le gendre de Karl Marx, portait la parole. Il expliqua^ devant un auditoire d'étudiants, les beautés du communisme et son horreur du principe de la propriété. « C'est du principe de la propriété que nous vient tout le mal, a-t-il dit. Ainsi, par exemple, la jalousie n'est pas le fruit de l'amour mais celui de l'instinct de la propriété. »

Un étudiant se leva pour protester contre cette théorie qui lui semblait attentatoire à l'existence de l'amour.

Il fut houspillé et poussé dehors. Mais Jaurès ne fut pas du tout content et trouva le procédé trop vif.

22. — Aujourd'hui, je suis allé payer les honoraires du docteur Barrault, qui a sauvé ma fîUe C... d'une fluxion de poitrine. M. Barrault est médecin de la

Santé. Je lui parlai de Vaillant qui se blessa assez gravement en jetant sa bombe dans la salle des séances des députés et qui fut soigné admirablement par lui à l'infirmerie de la prison : u puisque cela vous intéresse, me dit-il, tenez, voyez sur mon bureau, une lettre que Vaillant vient de m'envoyer » Cette lettre, très insignifiante du reste, était assez bien écrite sans trop d'incorrections. La bombe éclata aussi bien sur lui que sur les députés ; le docteur lui retira un clou qui lui était entré d'un côté de la cuisse et qui ressortait presque de Tautre côté. Son visage et toute sa peau, du reste, étaient tatoués de grains de poudre. Il avait rintention de prononcer quelques paroles en lançant sa bombe, mais il en fut empêché par un flot de sang qui lui monta à la gorge.

31. - M"® Lebaudy, veuve du grand fabricant de sucre, avait réussi à faire donner un conseil judiciaire à son jeune fils Max, que tout le moode à Paris désigne sous le nom du Petit Sucrier. Il a formé appel, et grâce au grand talent de son avocat, M« W^aldeck-Rousseau, il a réussi à faire réformer le jugement. La Cour, il me semble, ne s'est pas reconnu le droit de protéger, par une mesure coercitive contre Max, Tinlégralité de son énorme fortune, nullement nécessaire à ses besoins. Du reste la Cour déclare qu'il ne lui est pas suffisamment prouvé que Max Lebaudy ait vraiment fait des actes de prodigalité eu égard à son patrimoine de trente millions. Seulement elle avertit le jeune sucrier qu*elle a les yeux et les lunettes sur lui, et que plus tard, s'il n'est pas raisonnable, elle prendra à son égard les mesures qu'on réclame aujourd'hui sans droit contre lui. « Il n'est pas possible, dit-elle, de donner à Max Lebaudy un conseil judiciaire quant à présent du moins, »

7 Février lS9k, — Vaillant a été exécuté. Ne voulant pas faite mentir son nom, il est mort avec beaucoup de vaillance. A quelques mètres de la guillotine il • cria: « Mort à la sainte bourgeoisie » et ce d'une voix qui fut entendue jusqu'aux extrémités de la place de la Roquette, 11 fut enterré au Champ de Navets^ dénomination populaire du cimetière d'ivry. La famille n'a pas demandé son corps et par prudence, dit-on, M. Brouardel, le doyen de la Faculté de médecine ne l'a pas réclamé davantage. Il craint que les anarchistes ne fassent sauter les pavillons de dissection de l'Ecole de Médecine, si le cadavre était amené sur les tables de ces pavillons.

Le bruit en aurait couru.

13. — M® Waldeck-Rousseau n'a pas toujours été, dans sa plaidoirie, très doux pour M"*® Lebaudy, qu'il a, d'après les données de son client, représentée comme une femme sévère à, l'excès. M. de F..., le gendre de M"*® Lebaudy, ayant rencontré l'avocat dans un couloir du Palais, près de la Sainte-Chapelle, lui a reproché ses paroles, avec la plus grande violence.

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