AVANT-PROPOS
Je crois devoir répéter ici ce que j*ai déjà dit plusieurs fois : mes notes journalières sont réservées à mes enfants, à mes amis et aux plus chers collègues de mes diverses Sociétés historiques, notamment celles de l'Histoire de Paris et de la Montagne Sainte- Geneviève. Ces notes contiennent, en effet, sur certaines personnes, quelques détails d'ordre privé auxquels la publicité doit être évitée.
Je prie mes lecteurs de vouloir bien se reporter à un ensemble de Remarques reciifi-' calives et explicatives qui se trouvent à la suite de Tlndex alphabétique. Elles corrigent
plusieurs inexactitudes échappées à l'improvisation quotidienne de mes écritures. Elles en complètent et en éclairent certains passages.
Paris, le 1" Janvier 1905.
Henri DABOT
Au quartier latin, en face le Luxembourg,
/•' Janvier, — Après la chute du Président on enleva bien vite les cadres dans lesquels étaient exposés ses portraits. On les repend aujourd'hui avec ceux de M. Carnot.
Il n'y a pas de petites économies. A Rome, on opérait dans le même genre; quand un empereur disparaissait, on coupait la tête de sa statue et on la remplaçait par celle du nouveau venu.
2. — On m'apprend quelque chose à la louange de M. Grévy. La police interdit un jour la vente de la chanson : Les lamentations du beau-père^ que les camelots clamaient dans toutes les rues; M. Grévy fît lever l'interdiction. Nous pûmes donc entendre tout à notre aise cette ineffable poésie :
Dana ma caisse, à force d'en prendre, Ayec un spu s'il me laissait, J* vous d'mande c' que mon sou vaudrait ! i Ah ! quel malheur d'avoir un gendre.
5. — Un détraqué qui, le 4 juillet 1886, tira sur deux polytchniciens, et qu'on eut le tort de remettre
< Allusion à Mont-sous- Vaudrey, pays de M. Grévy.
en liberté, vient encore de tirer, hier, trois coups de revolver sur M. Raynaud, répétiteur à TEcole polytechnique et directeur des télégraphes au ministère des Postes et Télégraphes, rue de Grenelle. Une balle dans chaque bras, une autre dans les reins, voilà le lot du pauvre monsieur. On le reconduisit presque mourant à son domicile, boulevard Saint- Germain, n® 50, près de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
6. — Nous ne nous ennuyons pas au Palais ; aujourd'hui revenait l'instance introduite contre le général Caffarel et la Limouizin, inculpés pour vente de décorations. Le substitut a déclaré être, à propos de ces ventes, sur la trace de certains agissements de Wilson ; en conséquence il a, pour le faire assigner, réclamé un sursis qui lui fut accordé. Naturellement les accusés détenus furent remis en liberté provisoire.
7. — Depuis la déclaration du substitut, c'est une agitation dont on n'a pas d'idée et au Palais et à la Ville.
9. — M. Raynaud, le directeur des télégraphes, répétiteur à l'Ecole polytechnique, est au plus mal ; il souffre horriblement de ses trois blessures. Beaucoup de personnes vont s'inscrire chez le concierge. Un polytechnicien vient" chaque jour demander des nouvelles de son état, et ce, au nom de tous ses camarades. Mimault, l'assassin, est un inventeur qui perdit la tête parce que ses inventions scientifiques furent méconnues *.
1 En juillet 1888 on se décida à faire passer Mimault en jugement. Il fut condamné par la Cour d'assises de la Seine h dix ans de travaux forcés.