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Ouverture de l'Exposition

A l'Exposition de 1867, l'ouverture eut lieu le l®*" avril, il y avait moins que rien et, dans tous les

coins, les échos susurraient: « Poisson d'avril ! Poisson d'avril ! »

/*' Mai i900. — Je suis allé à TExposition, qui esh encore pleine de fondrières, mais qui présente, déjà, de superbes choses à voir. Le palais de l'Industrie est remplacé pai deux autres palais : le Petit Palais, merveille d'architecture, qu'on remplit des chefsd'œuvre de l'orfèvrerie antique, romaine, galloromaine et de celle du moyen-âge; puis le Grand Palais, monument colossal (ce qui ne veut pas dire grandiose), où on emmagasine les expositions rétrospectives de peinture et de sculpture.

29. — Le ministre de la guerre, le marquis de Galliffet, a donné sa démission. Dans sa lettre au président du Conseil, M. Waldeck- Rousseau, il dit : « Je suis très souffrant, et ma santé, ébranlée par ma « dernière maladie, ne me permet pas de résister à « toutes les émotions du moment. ?> Ces émotions viennent de nouvelles convulsions produites, à la Chambre, par l'affaire Dreyfus.

Le général André le remplace.

2 Juin 1900. — Lettre de faire pari de la mort de M« Oscar Falateuf :

« Vous êtes prié d'assister aux convoi et service de :

« Monsieur Oscar Falateuf,

« Avocat à la Cour d'appel de Paris, « Ancien bâtonnier de l'Ordre,

« décédé le 30 mai 1900, muni des sacrements de l'Eglise, en son domicile, boulevard des Capucines, n° 6, à l'âge de 69 ans.

« Qui se feront le samedi 2 juin, à midi très précis, en Téglise de la Madeleine, sa paroisse.

De profundis !

« On se réunira à la maison mortuaire.

« De la part de Madame Oscar Palateuf, sa veuve, etc.

« Après la cérémonie religieuse, le corps sera déposé dans les caveaux de Téglise pour être transporté ultérieurement à Tonnerre (Yonne).

« Selon la volonté du défunt, on est prié de n'envoyer ni fleurs ni couronnes. »

Malgré cette recommandation, M"" Falateuf crut devoir faire une exception pour une couronne offerte par Déroulède, son dernier client.

Après la cérémonie religieuse, M. le bâtonnier Léon Devin, prononça un admirable adieu dans lequel il retraça la vie glorieuse du défunt

Oscar Falateuf alla, pendant plusieurs jours, plaider à Toulouse un procès fort important (dans lequel M. Gonstans était partie, ou tout au moins intéressé, je ne me rappelle pas). Quand il entra dans le prétoire, bondé de monde, tous les assistants se levèrent en s'inclinant devant lui. C'est lui-même qui me Ta raconté, à moi, son vieil ami de collège, et cela tout bas, tout doucement, comme s'il craignait qu'wi autre que moi n'entendît la confidence ; et certes, sa modestie avait droit de s'alarmer. Quel plus grand hommage pouvait être en effet rendu à un simple avocat ?

17. — Aujourd'hui, dans l'après-midi, la Comédie- Française a donné Ruy-Blas aux étudiants qui l'avaient demandé, pour pouvoir applaudir, tout particu-

lièrement, Mounet-Sully, Truffier et M"* Bartet ; les bravos éclataient à chaque instant.

Truffier, au nom de ses camarades, vint dire aux étudiants que les artistes n'oublieraient jamais semblable ovation, quand ils retourneraient dans leur ancien théâtre de la rive droite, que leurs nouveaux lauriers ne leur feraient pas oublier les lilas du Luxembourg.

La scène était jonchée de roses.

22. — Tout à rhe'ure, je passais boulevard Saint- Germain, à rentrée de la rue Solférino, de là je vis, au coucher du soleil, un spectacle magnifique. L'église du Sacré-Cœur émergeait d'entre les nuages avec son grand dôme, qui vient d'être tout récemment découvert. L'église, vue de cet endroit, apparaît comme une merveille d'architecture, mise en relief par toutes les beautés ambiantes. On aperçoit, en effet, juste au-dessous, l'Apollon de l'Opéra élevant sa lyre, et l'empereur Napoléon P' sur le haut de la colomie Vendôme.

26. — En faisant des fouilles pour lès nouvelles constructions de l'École de médecine, autrefois Ecole de chirurgie, on a trouvé quatre médailles à l'effigie de Louis XVI, et une plaque constatant la pose de la première pierre. En voici la teneur :

« Du règne de Louis XVI. Cet édifice, consacré à l'étude et à la perfection de la Chirurgie, fut commencé par l'ordre et sous lés heureux auspices de Louis le bien-aimé *, Tan de grftce 1769.

« Louis XVI en ordonna la continuation, la première année de son règne, et, pour mettre le sceau à son amour pour ses sigets, en a posé cette première pierre le 14 décembre 1774.

1 LouÎB XV.

« Maître Germain Pichaalt de la Martinière, conseiller d'Ëtat, chevalier de l'ordre du Roy, étant premier chirurgien de Sa Majesté. >»

9 Juillet 1900. — J'entre, rue Saint- Jacquet, dans le vestibule rectangulaire de la nouvelle École de droit ou plutôt de Tannexe de TEcole de droit, qu'est-ce que je vois? Un remisage de bicyclettes suspendues à d'énormes crochets. Ce sont les bicyclettes de Messieurs les étudiants ! Ils vont pouvoir quitter le quartier latin pour aller habiter dans les grands quartiers et s'y former aux bonnes mœurs.

10. — Le fameux piqueur Monjarret qui, sur un cheval magnifique, courait devant la voiture du Président, quitte son service I II ne s'est pas entendu avec l'administration de la Présidence.

La place étant bonne et faisant valoir son homme, il y eut bien vite un remplaçant que l'on dit superbe. Nous allons donc avoir un nouveau Monjarret, splendide, comme le premier, sous son veston d'apparat et sa culotte blanche entièrement neuve, avec son grand chapeau à haute forme, entouré d'un galon d'or et orné de la cocarde tricolore.

Mais, hélas I on ne va plus pouvoir gaiement crier en chœur : Vive Monjarret^ Ton jarret y Son jarret,

14. — En l'honneur du 14 Juillet et de l'Exposition, le boulevard Saint-Germain est éclairé à l'électricité. Une illumination magnifique le fait resplendir, comme s'il était un boulevard de la rive droite. Mais bien peu d'enthousiasme ; tous les bourgeois se réfugient à la campagne. Le séjour à Paris n'est plus possible en ce moment, la vie est horriblement chère et, de plus, on ne peut trouver de voitures, accaparées par les étrangers.

15. — La plus grande attraction du 14 Juillet fut sans contredit Tapparition du nouveau piqueur de l'Elysée. Il a très noblement et très gracieusement .chevauché devant la Daumont de notre Président ; il a été pendant dix-sept ans piqueur chez M. Alfred Menier. Il a 40 ans, Page où Thomme fait de grandes passions ; mais il n'a pas un nom sonore comme le dernier piqueur, il s'appelle : Troude.

19. — Sur le grand mur du Séminaire de Saint- Sulpice, rue Bonaparte, l'administration vient de faire coller de nombreuses petites affiches blanches, ainsi conçues : Pour ne pas propager la tuberculose^ on est prié de ne pas cracher par terre. Ces affiches sont couvertes de plaisanteries écrites au crayon : Pinère aux sans-mouchoirs de cracher sur le chapeau des dames ; prière de cracher dans les képis des sergents de ville que ceux-ci voudront bien mettre à la disposition du public^ etc., etc.

31. — Le roi d'Italie, ayant été assassiné, toutes les fêtes sont décommandées à l'Exposition.

2 Août 1900. — Une espèce de fou a voulu tuer le schah de Perse, qui est venu à Paris voir l'Exposition. Celui-ci était dans une voiture ; avec une remarquable énergie et une grande vigueur, il a fait tomber le revolver des mains de l'agresseur que l'on croit étranger d'après certaines de ses paroles.

5. — L'assassin est malheureusement Français : c'est un Auvergnat. Son parler, qu'on avait pris pour un idiome étranger, est celui d'un petit village de l'Aveyron.

6. — A propos de l'Exposition universelle, les étudiants des Universités étrangères sont venus fraterniser avec les étudiants de Paris. Ils ont des costumes fort curieux, fort pittoresques ; ce ne sont que pourpoints de velours, casaques enrubannées, bérets fantaisistes. Ils se sont tous, Parisiens ou étrangers, engouffrés dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne où ils ont constitué un congrès. Les congrès sont au goût du jour.

M"'* Sarah Bernhardt les a gracieusement invités à une représentation de l'Aiglon, Elle se prépare un chaud triomphe.

7. — Aujourd'hui, à l'intersection de la rue de l'Abbé de l'Epée et du boulevard Saint-Michel, on a inauguré le groupe de deux pharmaciens : Pelletier et Caventou, qui ont trouvé, dans le quinquina, un préservatif contre la fièvre : le sulfate de quinine. Ce groupe, très beau, est du sculpteur Lormier Un comité avait réuni les fonds nécessaires pour élever les statues de ces deux hommes si utiles, si admirables par leur dévouement à l'humanité ; il les a remises à la ville de Paris. Le secrétaire du Conseil municipal a dit : « Les jeunes écoliers, en allant à leurs classes, seront excités à travailler en voyant les deux hommes drapés dans l'immortalité du bronze. » Nos deux bons savants n'ont guère eu, en perspective, leur vêtement de bronze. Ils n'ont pas travaillé par amour de la gloire, mais par amour de l'humanité. Aussitôt qu'ils furent certains des admirables propriétés du sulfate de quinine, ils s'empressèrent de les divulguer pour en faire profiter les malades.

8. — Hier, à l'inauguration du groupe des deux pharmaciens, le président de l'Association des étudiants

en pharmacie a prononcé tin charmant (liscours pour glorifier leurs honorés maîtres. « Les deux pharméiciens, a-t-il dit, dans le laboratoire de leur modeste officine, ont su découvrir les principes actifs d'un grand nombre de plantes et parmi ceux-ci le quinine, ce merveilleux médicament qui a sauvé et sauvera encore tant d'existences précieuses. Par Timportance de leur découverte, par leur absolu désintéressement, ils ont mérité le titre de bienfaiteurs de l'humanité. »

10. — Hier, clôture, à TEcole de médecine, du feongrès médical qui s'est tenu dans le grand amphithéâtre. La dernière séance fut en partie remplie par un discours remarquable d'un médecin de Vienne sur l'architecture des os chez l'homme et leg animaux. Il paraît que le grand architecte de l'univers (pour employer l'ancienne expression démodée des francsmaçons), s'est divinement distingué dans l'architecture de notre ossature.

Le Quartier, très gai, était sillonné par une masse de médecins ayant sur le cœur une petite médaille allongée en métal blanc. Ils regardaient, avec attendrissement, leurs anciens hôtels meublés * où ils avaient fait tant de rêves de gloire, réalisés, du reste, pour quelques-uns.

La place de l'Ecole de médecine était remplie de drapeaux, de bannières flottant et clapotant au vent. Des tables avaient été dressées dans la cour de TEcole pratique ; on y buvait des bocks à la santé des malades.

1 Velpeau ne pouvait regarder sans émotion un humble hôtel, situé près de la rue Dupuytren, et aujourd'hui démoli. C'était l'hôtel des Abeilles. Un jour il dit à ses élèves : « Connaissez- vous l'hôtel des Abeilles? C'est là où j'ai passé mes douces années d'étudesj, p«^s riche, vxw^ heurei». »

^5 Septembre 1900, — Mort de Louis Ratisbonne, bibliothécaire du Sénat, le charmant poète de la Comédie enfantine. C'était le neveu des trois israélites Ratisbonne, dont la conversion fit tant de bruit. Né à Strasbourg, il vint à Paris faire ses études au collège Henri IV [et remporta, au grand concours, le prix d'honneur de philosophie.

Il passait ses vacances à la campagne quand il se sentit malade à la mort. Immédiatement, il voulut revenir à Paris pour mourir dans Tappartement qu'il occupait au palais du Luxembourg.

27. — M. Ratisbonne a voulu être incinéré, mais il a défendu à ses filles d'assister à la cérémonie d'incinération, « parce que cette cérémonie, a-t-il dit, est trop lugubre, trop impressionnante pour les femmes. »

30. — Le 23 septembre est mort un autre poète du Quartier, Gabriel Vicaire. Il faisait partie du clan des poètes qui se réunissaient au Café Voltaire, place de rOdéon : Verlaine, Léon Valade, Albert Mérat, Charles Monselet, Emile Blémont, Paul Arène, etc. *. Il habitait toujours la Montagne Sainte-Geneviève depuis qu'il y fut venu faire son droit. Son dernier domicile fut le 26 de la rue Denfert-Rochereau. Là il vécut bon et compatissant, aidant de son patrimoine l'infortune de jeunes littérateurs, s'y créant, par son

1 Paul Verlaine a donné un aperçu de ce qui se passait dans ce clan des poètes du Café Voltaire... Qvs de belles conversations ^ dit-il f controverses, discussions, paradoxes et utopies nous déchaînâmes là f Vicaire y prenait une part considérable et son ferme bon sens, son esprit, son à^^propos ne formaient pas le moindre agrément de ces belles et bonnes soirées.,. Il faisait bon et beau d'écouter Vicaire quand, secoué de sofi rire si aimable et si malin, il routait ou rétorquait quelque sottise oti quelqu' erreur,,. — Les hommes d'aujourd'hui^ (8* yolume), article sur Gabriel Vicaire. Vanier, éditeur.

afTabilité, de chaudes amitiés notamment celle de Jules Truffier, avec qui il donna à TOdéon» en 1890, le charmant acte envers : Fleurs d'Avril^ tout parfumé de vprveine et d'iris.

Quand, en 1889, un concours fut ouvert pour célébrer le centenaire de la Révolution, il y envoya son chant séculaire qui remporta le prix. En 1892, il obtint, pour l'ensemble de ses oeuvpes, la croix d'honneur que ses amis célébrèrent dans un gai banquet présidé par Coppée.

Au cœur des poètes plusieurs amours peuvent se tenir à Taise et son affection pour le quartier latin ne lui avait nullement fait oublier la Bresse, où il fut élevé avec une infinie tendresse. Pour elle il composa son Heure enchantée et ses Emaux bressans. Le voilà donc mort à son tour et le pauvre Lélian, disparu depuis deux ans, ne pourra lui rendre le service de le célébrer dans la mort comme il le fut lui-môme par Gabriel :

pauvre Lélian^ mon merveilleux ami^ Chante encor, dans la mort^ par-delà l'étendue; Mêle la chanson triste à la plainte éperdue Secoue^ en sa torpeur, ce vieux monde endormi.

Le service de Gabriel Vicaire fut célébré à Saint- Jacques-du-Haut-Pas, avant-hier 26. Suivant son désir, exprimé si poétiquement dans son Cimetière de campagne, il sera enterré dans le cimetière d'Ambérieux, où jouent gaiement les enfants du Vicaire de la paroisse ^ .

1 En 1902, lin monument fut élevé à Gabriel Vicaire dans les bosquets du Luxembourg. Injalbert dressa, en l'honneur de son ami, lin terme surmonté d'une tête au sourire goguenard et orné de la flûte de Pan. La flûte de Pan est pour rappeler les poésies villageoises, mais le sourire goguenard indique que Gabriel fut, parfois, un délicieux pince-sans>rire.

/®' Octobre 1900. — Gabriel Vicaire était le cousingermain d'abord de Georges Vicaire, bibliothécaire à la Mazarine et directeur du Bulletin du bibliophile, puis d'Eugène Vicaire, vice-président du conseil supérieur des mines et professeur à l'Ecole des mines. Eugène entra, à 17 ans, premier à l'Ecole polytechnique et en sortit premier. Il passe pour un homme d'extraordinaire valeur. Il a neuf enfants dont cinq fils et quatre filles Ils sont tous et toutes d'une intelligence exceptionnelle, ce que je sais parce que l'une de mes filles était dans la pension enfantine des dames Gazeaux avec plusieurs enfants Vicaire. La famille de Gabriel Vicaire est sans contredit Tune des premières du quartier. *

10. — La croix do la Légion d'honneur a été accordée à Paris pour la défense de ses murs en 1814, 1870, et celle de nos libertés.

17. — Chopin, le pianiste, est mort le 17 octobre 1847. Aujourd'hui, jour anniversaire de cette mort, on a inauguré, dans le jardin du Luxembourg, un monument élevé à sa mémoire. Mais pourquoi au Luxembourg ? Le monument est des plus bizarres ; une figure fort laide de Chopin, émaciée, ravagée, surmonte un long terme effilé d'où sort, par le milieu, comme d'une crevasse d'arbre, un buste mélancolique de femme. Au-dessous apparaît une espèce de lyre faiï-

f M. Eugène Vicaire est mort vers 1901. Trois de ses fils sont sortis de PEcole polytechnique dans de très bons rangs ; l'un des trois y était entré avec lo n" 1. Ils sont ingénieurs des mines ou des ponts et chaussées. M!. Eugène Vicaire était d'une très grande piété ; l'une de ses filles s'est faite Carmélite et l'un de ses fils est mort oUro tonsuré au Séminaire d'Issy.

tastique; cette lyre a comme de grands yeux. Le monument est dans un fourré d'arbres qui font obstacle à la trop grande clarté. Je frissonne quand, au déclin du jour, je passe à côté; il me semble entendre dans le bruissement des arbres les accents de la Marche funèbre ou des Nocturnes.

27. — Aujourd'hui, inhumation de Jules Périn, mon savant confrère. Sur sa tombe, M. Paul Valet a prononcé un très délicat et très touchant adieu en qualité de vice-président de la Société archéologique de la Montagne Sainte-Geneviève que Périn avait fondée. Le cher défunt était en effet très curieux de l'histoire du quartier latin où il demeurait. Le préfet de la Seine, voulant utiUser ses grandes connaissances en histoire et archéologie, le nomma de la Commission municipale du Vieux Paris.

Périn avait une fort belle situation au Palais. Il était heureux ; il était plein de vie quand, mercredi soir 24 octobre, il mourut subitement au contrôle du théâtre Sarah Bernhardt, au moment où il se disposait à prendre son billet pour aller applaudir notre grande tragédienne. C'était un homme d'une rare bonté.

3 Novembre 1900, — M. Gidel, l'ancien proviseur de Louis-le-Grand, nommé proviseur honoraire, vient de mourir encore jeune. Son administration de Louis-le-Grand l'avait horriblement fatigué.

— Une bien triste cérémonie eut lieu à Saint- Séverin : le service funèbre d'un fils de M. Armand Templier, directeur de la maison Hachette. Ce fils avait 27 ans ! Il fut conduit au cimetière Montparnasse par une foule énorme d'amis et par les employés de la maison Hachette qui avaient chacun, dans les mains,

une gerbe de fleurs. Je oompatis bien au chagrin de M. Armand Templier, non seulement parce qu'il est fils de feu mon regretté confrère Templier, mais parce que c'est un être essentiellement bon et affectueux *.

14. — Hier, dernier jour de l'Exposition, 389.535 entrées ! A minuit, un coup de canon partit de la

tour Eiffel. L'exposition rendait l'âme.

— Le Sénat vient d'approuver la loi qui permet aux femmes de plaider.

28. — M. Krûger, le président des Républiques sud-africaines, qui luttent si vaillamment contre l'Angleterre, est passé par Paris. Il fait en ce moment un voyage en Europe pour tâcher d'obtenir un arbitrage. Il est descendu rue Scribe, à l'hôtel Scribe. Hier, sur les quatre heures, plus de quinze cents étudiants, coiffés du béret de velours, ont descendu le boulevard Samt-Michel, précédés de sergents de ville, et se sont rendius à l'hôtel Scribe. Quinze étudiants, délégués, sont allés porter une gerbe de fleurs nouée d'un large ruban sur lequel il y avait cette inscription :

Les étudiants au président Krûger, Pour le droit et la liberté.

Le Président les a vivement remerciés ; il leur a dit que plusieurs de leurs camarades étaient venus

1 Malgré ses multiples oocupations, dans le seul but d'être aimable et de m'être utile, il a relevé avec un soin extrême et m'a signalé les petites erreurs qu'il rencontra dans la première série de mes Calendriers. Il est mort lui-même le 17 juin 1903. Par reconnaissance, je suis allé lui rendre visite, au cimetière Montparnasse, à sa modeste chapelle, modeste comme son caractère.

combattre avec ses concitoyens, et que certains d'entr'eux avaient payé de leur vie cet acte de dévouement. Il s'est montré ensuite au balcon de rhôtel et a salué les étudiants massés dans la rue Scribe Les boulevards ont retenti du bruit de leurs bravos.

29. — Le président Krtiger a rendu leur bonne visite aux étudiants. Il est entré au Panthéon ; les jeunes gens l'ont acclamé à sa sortie ; quand il est parti, ils ont tous suivi à la course la voiture dans laquelle il se trouvait. A Tintersection du boulevard Saint-Germain et de la rue de Seine, une dernière ovation lui fut faite comme il n'y en a jamais eu de plus grandiose au Quartier.

4 Décembre 1900, — La femme d'un de nos jeunes confrères, Eugène Petit, a prêté serment à la première de la Cour, devant M. le premier président Forichon. Elle est très distinguée ; l'audience était pleine de monde pour lui faire honneur.

6. — La loi d'admission des femmes au barreau a décidé six d'entr'elles à se faire inscrire, comme étudiantes, à l'Ecole de droit.

9. - - Aujourd'hui, c'est le tour de M^*® Chauvin ; comme la loi, qui permet aux femmes de plaider, a surtout été édictée grâce à ses efforts, elle n'a peutêtre pas voulu se présenter immédiatement au serment, pour ne point paraître trop empressée. Elle avait très bien ramassé ses cheveux sous un peigne inflexible ; aussi sa toque tenait-elle très bien. Tout le monde lui a trouvé une bonne grâce charmante et une gravité pleine d'aisance.

11. — La Chambre a supprimé la messe du Saint- Esprit pour la rentrée des tribunaux. « Certains de nos juges en ont pourtant bien besoin, du Saint- Esprit », disent de grossiers loustics.

12. — M°*® Quinet vient de mourir en son domicile de la rue de Tournon. Elle a voulu faire comme M™® Michelet, elle a demandé à être incinérée au Père-Lachaise. L'urne qui contiendra ses cendres sel'a mise dans le caveau d'Edgar Quinet au cimetière Montparnasse.

30. — Les artistes du Théâtre-Français ont quitté rOdéon pour réintégrer le Théâtre-Français, entièrement restauré. Il y eut une belle solennité de réinstallation. Dans le foyer des artistes, tout le monde admirait un charmant portrait de Jeanne Henriot par Garolus Duran.

Richepin, qui a fait un impromptu très réussi, n'a pas oublié la malheureuse enfant. M^'° Bartet a déclamé ces vers charmants dans leur tristesse :

ma sœur, en ce jour où notre exil finit.

Où, comme des oiseaux qui retrouvent leur nid,

Nous retrouvons enfin la maison de Molière,

Ce qui met, en dépit de ce retour joyeux,

Un sanglot dans mon cœur et des pleurs dans mes yeux,

C'est le petit oiseau qui manque à la volière,

— Conformément aux prescriptions de notre archevêque, les curés de Saint-Séverin, de Saint-Etiennedu-Mont et de Saint-Sulpice feront célébrer une messe, à minuit, dans la nuit du 31 décembre 1900 au 1®' janvier 1901, afin de bien marquer la transition du XIX® au XX® siècle.

31. — Nous voilà au dernier jour du siècle! Que réserve à Paris le nouveau qui s'approche ? C'est le secret de Dieu ; grâce à lui, je Tespère du moins, le navire des Nantes parisiens continuera à flotter, violemment, peut-être, mais tout au moins sans être submergé.

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