‹ Caliban, suite de La tempêteChapitre 1 sur 70 · II AU LECTEUR · texte numérisé non relu

II AU LECTEUR

aux idées de notre temps. Je suppose qu'après la tempête, Prospero, vainqueur par son art magique de tous ses ennemis, est rétabli sur son trône de Milan; j'y transporte avec lui Ariel, son agent aérien; Galiban, son esclave toujours révolté; Gonzalo, son vieux conseiller ; Trinculo, son bouffon. Shakespeare est l'historien de l'éternité. Il ne peint aucun pays, ni aucun siècle en particulier ; il peint l'histoire humaine. Dans ces grandes batailles de l'idée pure, le souci de la couleur locale et de l'exacte représentation des costumes, des mœurs, serait déplacé. Je me suis conformé à cette loi. Avant de me reprocher des anachronismes, je prie qu'on veuille bien me dire dans quel siècle a vécu Prospero.

Cher lecteur, voyez dans le jeu qui va suivre un divertissement d'idéologue, non une théorie; une fantaisie d'imagination, non une thèse de politique. Je l'écrivis, il y a quelques

AU LECTEUR. m

mois, à Ischia, le matin, quand les vignes se couvraient de rosée et que la mer était comme une moire blanchâtre. La philosophie qui convient à ces heures de repos est celle des cigales et des alouettes, lesquelles n'ont jamais douté, je pense, que la lumière du soleil ne soit une chose très-douce, la vie un don excellent et la terre des vivants un bien agréable séjour.

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