‹ Caliban, suite de La tempêteChapitre 29 sur 70 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

ANGIOLfNO.

Moi, je pense que les grands hommes viennent sans pédagogie dans les pays où la graine en existe. On ne les fera pas pousser là où le sol ne les porte pas. On n'enseigne pas à faire du beau. L'artiste qui résout ce difficile problème, sans trop se rendre compte de ses procédés, est le véritable esthéticien.

LIONARDO

Vous avez raison; mais il n'y a de sérieux que la science; seule elle ne passe jamais de mode; car la science répond à une réalité ; savoir, c'est pouvoir. Prospero, qui aspire à posséder les forces de la nature, est le plus grand de nous.

Les groupes se mêlent.

CALIBAN, caché derrière un buisson, assiste à la fête. — A part.

Je n'ai pas ma place à cette fête, et je ne puis pas dire que je le regrette beaucoup. Aller et venir ainsi n'a rien de bien amusant. A leur place, je

préférerais passer le jour étendu dans une cave bien fraîche, près d'un tonneau ouvert. Est-il juste cependant que je n'en sois pas? Les droits de l'homme sont les mêmes pour tous. Ce doit être un avantagé, puisque c'est un privilège. Et, quand même ce ne serait pas un avantage selon mes idées, il suffit qu'ils l'envisagent ainsi pour que je sois blessé. Ici, à Milan, je me sens de plus en plus élevé à la dignité de citoyen.

TRINCULO, courant çà et là.

% Ainsi pas la moindre sottise à placer. O soirée

de fin du monde ! Au train dont vont les choses, je croi? que ce soir Galiban lui-même serait philosophe.

Ea furetant, il découvre Caliban derrière le buisson.

Oh! la bonne chance! Voici mon affaire, (a caliban.) Eh! mon ami l'ours, voici le cas de se montrer à la compagnie.

S'emparant de Caliban , il lui jette une corde au cou, et l'entraîne en le frappant de son hochet.

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