CALIBAN, PUIS ARIEL
CALIBAN» ivre, étendu à terre, se tordant dans une mare de vin sortie d'un tonneau qu'il a débondé et oublié de refermer.
Mille malédictions! Oh! l'animal, le menteur, le fainéant! Fiez-vous donc à la parole des princes ! Dans l'île enchantée, quand je commis l'incroyable sottise de prendre l'ivi'ogne Stéphane pour un dieu et d'adorer ce farceur, je l'échappai belle. Nous devions enfoncer un clou dans la tête de mon maître. Ah! c'était joliment bien combiné! Mais Prospero, grâce à cet insipide violo-
ncur que j'ai pour compagnon, Prospero savait tout. Je m'attendais à une de ces corrections qui me faisaient rugir. Eh bien, pas du tout! Je lui promis d'être plus sage, et il eut la bêtise de me croire. Le lendemain, nous quittâmes l'île, et nous vînmes dans cette plaine, qui ressemble à notre premier séjour comme un membre de chevreuil ressemble à un os rongé par dix chiens. Je devins inutile; ici, plus n'est besoin de chercher les sources au pied des rochers, de cueillir les baies sur les arbres, de dénicher les jeunes oiseaux. On me promit ma liberté; je l'attends encore.
J'y ai droit, à cette liberté ! Autrefois, je n'avais nulle pensée; mais, dans cette plaine deLombardie, mes idées se sont bien développées. Les droits de l'homme sont absolus. Gomment Prospero se permet-il de m'empêcher de m'appartenir à moimême? Ma fierté d'homme se révolte. Je m'enivre de sa cave, c'est vrai; mais le premier crime des princes n'est-il pas d'humilier le peuple par leurs bienfaits. Pour effacer cette honte, il n'y a qu'un