SCENE IV
Les Mêmes, AQUILA, STELLA.
STELLA, s' agenouillant.
Te protègent les Dieux, Divin César !
AQUILA, s'inclinant.
Salut, Empereur radieux!
AFRANIUS, bas à Caligula.
Eh bien, t'ai-je trompé?
Non, par ma sœur Drusille!
A Junla , Comment as-tu donc pu d'une pareille fille Te séparer cinq ans? Sans doute il t'a fallu, A toi, si tendre mère, un motifabsolu : Raconte-moi cela, ma sœur?
STELLA
Jamais ma mère Ne m'a dit la raison de cette absence amère ; Un jour je l'ai quittée, et depuis ce jour-là J'ai bien pleuré, c'est tout ce que je sais... juNiA, appelant sa jille.
Stella !
CALiGULA, souriant.
Voilà pour Jupiter des mystères étranges.
Stella, va nous cueillir les plus belles oranges Que tu pourras trouver.
Tu pars?
JUNIA
Pour un moment.
Va, ma fille.
Stella sort.
César, tu veux savoir comment J'ai pu me séparer de cette fleur chérie? C'était de crainte, hélasl qu'elle nefûtflétrie; Souviens-toi de Tibère et de ses derniers jours. Lorsque, pour réchauffer ses débiles amours. Le vieux bouc deCaprée , au sein de nos familles, Par de vils affranchis faisait voler nos filles: Pouvais-je, dans ces temps de misère et d'effroi. Garder imprudemment ta sœur auprès de moi , Afin que quelque soir une barque furtive M'enlevât mon enfant errante sur la rive. Et qu'un flot me rendit son cadavre plus tard Tout meurtri des baisers de l'infâme vieillard?... Mais de pareils soupçons n'étant plus alarmée. J'ai rappelé vers moi mon enfant bien-aiméc; Car, en cas de danger, maintenant elle aurait Un frère tout-puissant qui la protégerait... N'est-ce pas?
AQUILA
Un Gaulois s'en remet à lui-même Du soin de protéger la maîtresse qu'il aime. Et, sans l'aide d'aucun, j'espère parvenir A garder le trésor qui doit m'appartenir
juiNiA, effrayée.
César pardonnera ces paroles altières.
Oh! de mes vieux Gaulois je connais les manières, J'aime leur parler rude : ainsi rassure-toi ; Puis ton gendre d'ailleurs est un frère pour moi... 0 femme ! laisse donc, toute à tes soins vulgaires, Les hommes discourir de chasses et de guerres!
Se retournant vers AquUa.
Eh bien ! mon jeune Brenn, quand l'orageen cour- Avecsa forte voix gronde au-dessus de nous, [roux, A courber notre front pouvons-nous nous résoudre. Ou croisons-nous toujours nos traits avec lu foudre ?
AQUILA
Toujours.
Et quand la mer, gigantesque lion, Terrible et rugissante en sa rébellion , Franchitdenos rochers la barrière sauvage Et de flots insensés couvre notre rivage; Pour punir ses clameurs et repousser ses flots, Lui lançons-nous toujours nos hardis javelots?
AQUILA
Toujours.
Et si jamais un second Alexandre, Phénix macédonien renaissant de sa cendre, Vous demandait encor quel danger pour vos jours Peut vous faire trembler, lui dirlez-vous toujours Que vous ne craignez rien, impassibles athlètes, Si cen'estquele ciel ne tombe sur vos têtes?
AQUILA
Toujours.
Et voilà l'arc à nos mains familier, Les traits dont nous perçonsl'ours et le sanglier. Alors que nous chassons parmi nos bois antiques?
AQUILA
Hélas! nous n'avons plus nos forêts druidiques!... J'étais encor enfant, quand un jour sont venus D'un pays ignoré des faucheurs inconnus, [nés, Dont les profanes mains changeant nos bois en plai- Ont comme des épis moissonné nos vieux chênes. Ils venaient, envoyés par un maître odieux, Renverser nos autels et proscrire nos dieux; Et leur haine, fertile en funestes exemples, Abattit les forêts qui leur servaient de temples Depuis ce moment-là, non. César, hélas! non. Il n'est plus de chasseur qui mérite ce nom; Carcen'est pointchasserqu'à quelque daim timide De loin traîtreusement lancer un trait perfide , Ou que frapper d'en bas l'aigle dont l'œil vermeil Ne pouvait pas nous voir, regardant le soleil.
Pourtant de cette chasse aujourd'hui méprisée Ton adresse parfois s'est sans doute amusée , Et ton habile main sûrement enverrait La flèche droit aubut où l'œilla guiderait.
AQUILA
Je crois assez souvent en avoir fait l'épreuve Pour en être certain.
Donne-m'en donc la preuve.
AQUILA, allant à la porte.
César, ne vois-tu pas là-haut comme un point blanc, Ce cygne épouvanté que poursuit un milan? Lequel des deuxveux-iu qu'en sacourse j'empêche?
De si loin?
AQUILA
Hàte-toi.
Le milan.
AQUILA, visant et tirant.
Suis la flèche.
Par Castor! le voilà qui tombe en tournoyant. Un tel coup ne se peut croire qu'en le voyaMt. Va le chercher.
MAGASIN THEATRAL
AQUILA
J'y vais.
Il sort.
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