‹ Caligula: tragedie en cinq actes et en versChapitre 33 sur 61 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

CALIGULA, assis, STELLA, conduite par deux hommes.

STELLA

Où suis-je, et pourquoi donc m'avez-vous enlevée? Quel est ce palais?

Apercevant Caligula.

Ah! César!

Courant à lui et tombant à genoux.

Je suis sauvée!

Ceux qui Font amenée sortent.

César, tu ne sais point que les gens que voilà A ma mère m'ont prise en frappant Aquila, Et qu'ils n'ont pas voulu retourner en arrière, Malgré ma douloureuse et constante prière. Ah ! ce sont des méchans qui ne respectent rien, Et lu les puniras.

Je m'en garderai bien.

STELLA

Quoi ! tu peux tolérer un semblable désordre ? César, ce qu'ils ont fait...

Ils l'ont fait par mon ordre.

Ils avaient mission de te conduire ici,

Et je les punirais s'ils n'avaient réussi.

Je t'aime, et te voulait, revoir morte ou vivante.

Cela t'étonne, enfant?...

STELLA

Oh! cela m'épouvante!

C'est ainsi que j'en use avec mes bons Romains. Ignorais-tu cela?... Pourquoi donc dans mes mains Jupiter eùt-il mis sa puissance suprême, Sinon pour que je fisse ainsi qu'il fait lui-même? Seule veux-tu nier les dons qu'il m'accorda? Allons, adoucis-toi; viens, ma belle Lcda. Je sais que des vertus tu suis la route austère. Mais un Dieu t'affranchit des devoirs de la terre ; Ne repousse donc plus ton divin ravisseur.

STELLA

César, n'oubliez pas que je suis votre sœur,

Eh! maisje m'en souviens,ce me semble, auconlraire,

Et je fus de tout temps un excellent frère.

Mes trois sœurs ont été mes femmes tour à tour,

Et pour Drusille on sait que tel fut mon amour,

Que, lorsqu elle mourut, poussé d'un noir génie,

J'ai couru comme un fou toute la Campanie,

Et que, depuis ce jour, quand je fais un serment,

Par sa divinité je jure constamment.

Eh bien! je l'aimerai comme j'aimais Drusille;

Mais les Dieux complaisans et le destin docile

Nous feront, je l'espère, une plus longue ardeur.

L'entourant de son bras.

Viens donc, ma bien-aimée!

STELLA, abaissant son voile et croisant ses deux mains sur sa poitrine.

A moi, sainte pudeur !

Sur mon front rougissant viens épaissir mon voile.

C'est un tissu trop fin pour cacher une étoile. Et puis tu me parais mal comprendre en ce jour Que l'amour de César, ainsi qu'un autre amour. N'a pas Thcurcux loisir d'attendre qu'on lui cède, Et que le sort lui mit pour lui venir en aide, Au cas où d'un refus il essuîrait l'affront. Le glaive dans la main et la couronne au front. Enfant, ne fais donc pas de plus longues méprises, Et songe, il en est temps! qu'où tu, vas tu te brises, Que ton bras est débile e( que le mien est fort. Et que, si je le veux, ;i. l'instant, sans effort,

Arractiant son voile.

Comme cette rica que de Ion front j'arrache

Pourvoir en liberté les traits qu'elle me cache,

Chaldéen renommé par mes encbantemens.

Je puis faire tomber ces vains ajusiemens.

Et, sidansiT.a vengeance un doux mot ne m'arrête,

Après eux et comme eux faire tomber ta tête.

STELLA, tombant à genoux.

0 mon D'eu, donne-moi la force de souffrir. Et pardonne ma mort à qui me fait mourir!

CALIGULA, la relevant.

Eh bien donc...

3UNIA, derrière la porte du fond.

Je vous dis qu'à César je suis chère^

MAGASIN THEATRAL

Et que j'entre à toute heure.

STELLA, voulant s'élancer vers la porte. 0 ma mère !

Cali^^ula rarrête et lui met la main sur la bouche. D\ine voix étouffée.

Ma mère!

CALiGULA, l'entraînant vers laporte à droite, ouvrant

celle porte et remettant Stella à des esclaves. Emmenez cette enfant et sur elle veillez, Vous m'en répondez tous sur voire lêtc. Allez!...

On entraîne Stella.

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