SCENE IX
Les Mêmes, PROTOGÈNE, puis CHEREA, puis CLAUDIUS, puis AFRANIUS.
protogène.
Les ordres de César sont remplis.
I Je le sais.
i PROTOGÈNE.
i Que veut encor César ?
j Six licteurs !
. PROTOGÉNE.
j Est-ce assez ?
i CALIGULA.
Oui.
PROTOGÈNE.
I Claudius est là.
j CALIGULA.
I Qu'il vienne.
MAGASIN THEATRAL
Seul?
N'importe.
Que tous puissent entrer, mais que pas un ne sorte.
MESSALINE
Que veut dire ce bruit au pied du Palatin?
Ouvre donc ces rideaux à l'air pur du matin; Le ciel est radieux, et son dernier nuage A disparu, chassé par l'aile de l'orage.
MESSALINE
Écoute donc, César ! César, n'entcnds-tu pas ?
CLAUDIUS
Salut, César; sais-tu ce qui se passe en bas?
Ah! c'est toi, Claudius? le ciel te soit propice; Je t'ai fait appeler pour me rendre un service.
CLAUDIUS
Parle.
Je te sais maître en l'art des orateurs.
César me flatte.
Non; vuilù : les sénateurs.
Sachant démon cheval le merveilleux mérite, Sont venus, l'autre jour, lui faire une visite. Le président alors à ce noble animal A dit un long discours, et qui n'éîait pas mal, Mais auquel, à défaut d'avoir appris le nôtre, Nous n'avons pu, ma foi , répondre l'un ni l'autre. Comme le cas se peut présenter de nouveau, D'avance, Claudius, lire de ton cerveau Quelque chose de bien. Je pensais à Sénèque ; Mais c'est un vrai pédant, rat de bibliothèque. Qui croit qu'à l'éloquence il dresse un monument En entassant des mots, poussière sans ciment.
LE PEUPLE, d'en bas.
Du blé !
CHEREA.
Salut, César; j'accours prendre tes ordres. Après avoir commis d'effroyables désordres. Le peuple est en lumulie au Forum assemblé. Tiens! l'entends-tu crier?
LE PEUPLE
Du blé ! César, du blé !
Par Drusille! à ta vue, ami, je me rappelle Qu'entre Muester-le-Mince etl'histriun Apclle Un important débat s'est ouvert l'autre soir. Écoute, il s'agissait simplement de savoir Si l'on doit au théâtre, avec ou sans la lyre , Chanter le vers tragique ou seulement le dire... Ah! le voilà, consul !
AFKANius, entrant, tout troublé.
Oui,César, oui, c'est moi.
Qu'as-tu donc à trembler ainsi?
AFRANIUS
Je crains pour toi.
Yraimenl!
AFRANIUS
Ne vois-tu pas ces hordes insensées
Au pied du Palatin grondantes et pressées? N'entends-lu pas leurs voix qui menacent d'en bas?
LE PEUPLE
Du pain! César, du pain!
AFRANIUS
Ne les entends-tu pas?
Tu te trompes, consul, ce sont des cris de fcte.
AFUANIUS.
Ne raille pas, César, il y va delà tête. En sortant du palais, ces furieux m'ont pris; Sans gardes, sans licteurs et sans armes surpris, Je n'ai pu résister.
Mais enfin éclairée, La foule a reconnu ta majesté sacrée.
Puisque le voilà libre?
AFKANIUS.
Oui : mais il m'a fallu Prêter entre leurs mains un serment absolu Que je t'apporterais leur parole rebelle.
Ah! lu viens en héraut? ta mission est belle : Parle!...
AFRAMUS.
Que j'aille, moi, redire insolemment Au divin Empereur...
N'as-lu pas fait serment?
Au livre du destin tout serment fait demeure, Et se doit accomplir lorsque arrive son heure.
AFRANIUS
Je ne transmettrai pas de si coupables vœux Que César ne l'ordonne.
Eh bien donc! je le veux.
AFRANIUS
César, depuis un mois une brise indocile Repousse loin du port la flotte de Sicile, Et du rivage on voit pilote et matelots Essayant de lutter en vain contre les flots; Si bien que, dans un vent si conslammen f contraire, Le peuple a cru du ciel remarquer la colère, Et pense que César aura fait... oh ! pardon î Quelque offense... c'est lui qui parle.
Achève donc.
AFRANIUS
Quelque offense secrète à nos dieux, et que Rome, Porte dans ce moment la peine d'un seul homme; De sorte que le peuple, en sa prévention. Exige de César une expiation !
Oui, le peuple a raison, et sa sagesse est haute Oui, César a commis une effroyable faute. Et Jupiter enfin se sera souvenu Qu'un serment lui fut fait qui ne fut pas tenu. Mais réparer le crime est chose tncor possible, Et l'expiation sera prompte et terrible. Consul, rappelle- loi que l'Aulide en son port Vit les Grecs enchaînés par un calme de mort: Le cas était pareil, pareille fut la peinej
Leur chef avait fait vœu d'une victime humaine, Et puis il avait cru pouvoir impunément Se jouer de Diane et trahir son serment! Eh bien! d'Agamemnon moi j'ai commis le crime : Un homme auxDieuxpour moi s'estoffcrten victime, Et je n'ai pas voulu, faible et compatissant, De cet homme non plus, moi, répandre le sang; Mais voilà que des Dieux l'implacable colère Me réclame ce sang par la voix populaire; Sans doute, en y cédant, mon cœur se brisera, Mais Jupiter le veut; c'est bien, il coulera !
AFUANIUS.
Que dis-tu?
Que César se dévoue, et que Rome Ne doit pas expier la faute d'un seul homme.
AFRANIUS
Grâce!
LE PEUPLE
Du pain, César!
Oui, peuple, je t'entends; Patience!
AFRAÎNIUS.
César!
Oui, dans quelques instans, De même que les Grecs, après le sacrifice,
Virent soudain le vent redevenir propice, De même tu verras, sitôt cet homme mort, Notre flotte rentrer à pleine voile au port.
AFKANIUS.
Je porte de héraut le titre inviolable ; Songcs-y bien. César, songes-y.
Misérable !
AFUANIUS.
Peuple, à moi !
LE PEUPLE
Le consul! mort à Caligula!
Le consul! le consul!
Tu le veux?
Le précipitant du haut de la galerie.
Le voilà.
Reçois, ô Jupiter, ta tardive hécatombe!
CHEKEA, à Messaline.
Si nous profitions...
MESSALiJSE, l'arrêtant.
Vois, le peuple à genoux tombe,
LE PEUPLE
Gloire à Caligula, l'Empereur sans rival! Qui nous donneras-tu pour consul?
CALIGULA, avec mépris.
Mou cheval.
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