SCENE III
CHEREA, caché contre la porte, ÀNNIUS MINUCLV- NUS, CORNELIUS SABINUS, CAIUS LEPIDUS.
Les trois nouveaux: arrivans entrent couronnes de (leuis, les vêtemens en desordre et riant aux éclats.
CHEREA.
Quels sont ces jeunes fous?
ANNIUS
Que Cerbère m'emporte, Si je ne vois là-bas, debout contre une porte, Quelque chose qui prend forme de corps humain î
SABINUS
Holà ! qui va de nuit sur le pave romain?
LEPIDUS
Es-tu coupeur de bourse ou quêteur de caresses , Et viens-tu nous voler notre or ou nos maîtresses?
SABINUS
Ton nom, vite, ton nom, car nous sommes pressés,
CHEREA.
Patience, seigneurs, je ne sais point assez.
Pour vous répondre encor, qui vous êtes vousautres;
Je vous dirai mes noms quand je saurai les vôtres.
LEPIDUS
C'est trop juste, et Minerve a parlé par ta voix. Écoute, celui-là qu'à ma droite tu vois , Ou que tu ne vois pas, tant cette nuit avare Est noire à défier la gueule du Tartare, C'est Annius, son père et le mien autrefois Furent amis, de plus, républicains, je crois. Attends, oui, c'est cela, d'être exact je me pique; Sais-tu ce que c'était, toi, que la république? Dis-le s'il t'en souvient encore par hasard. Du reste, vieux Romain, plus noble que César, Et qui descend tout droit de la première pierre Qui par Deucalion fut jetée en arrière. Cet autre maintenant qu'à ma gauche voici. Où donc es-tu? voyons, arrive par ici , Cet autre dont la main cherche àtoucherlamienne. C'est Sabinus, tribun dans la prétorienne. Il me faut l'avouer, c'est un homme nouveau; Mais c'est un élégant, ce qu'on appelle un beau. Il grasseyé en parlant, met des mouches, du rouge. Ce qui n'empêche pas qu'en quelque ignoble bouga Avec des libertins il n'aille chaque nuit Jouer à la tessere et boire du vin cuit. Au reste, plein d'esprit mais de propos infâmes, Ce qui fait que le drôle est adoré des femmes , Et que quiconque est père, époux ou même amant, Ne doit pas le quitter des yeux un seul moment. Quant à moi qui te fais leur portrait de la sorte, A moi, ton serviteur, qui, quoique Romain, porUî Le costume persan, par la raison, mon cher, Qu'il est plus élégant et tient plus chaud l'hiver. Mon nom est Lepidus; mon père pour Athènes, Avec un pédagogue appelé Callisthènes, Depuis bientôt trois ans, m'a fait partir, et là J'ai fort étudié là sagesse... voilà!
Mais la sagesse écrite en toute lanalure. Et qu'en ce livre immense enseignait Êpicure.
MAGASIN THEATRAL
Doue j'ai philosophé si long-temps et si bien Que je doute de tout et ne crois plus à rien, Si ce n'est au plaisir, divin rayon de flamme. Que Jupiter a mis dans le vin et la femme. Battu d'un ouragan par les dieux envoyé , Et la preuve est que mon professeur s'est noyé. Avant-hier j'ai touché le rivage d'Ostie; Pour fêter mon retour nous avons fait partie D'aller souper ensemble à la taverne hier soir, Ce qui s'est accompli, comme tu peux le voir. Là nous avons passé de nos nuits la plus belle , Avec, devine qui? des prêtres de Cybèle, Des faiseurs de cercueil, des juifs, des bateleurs , Enfin tout ce que Rome a de mieux en voleurs : De sorte qu'en sortant, nous trouvant tout hilares, Nous n'avons pas voulu rentrer chez nos dieux lares Sans rosser quelque peu les cohortes de nuit. Cette occupation ici nous a conduits; Si bien que, nous trouvant auprès de la boutique Du barbier Bibulus, sur le Forum antique. Nous avons résolu de voir passer César, Qui, ce matin, mon cher, triomphe par hasard. Ah! ah! ah! que la vie est amusante, et comme Jupiter a dû rire alors qu'il créa l'homme. Et maintenant, mon cher, n'ayant plus de raisons De refuser encor de nous dire tes noms, Parle, ainsi que j'ai fait, sans crainte et sans mys- CHEREA. [tèrc.
Vous vous trompez, amis, je dois toujours les taire. Car vous ne m'étiez pas assez connus tantôt. Et voilà maintenant que je vous connais trop : Ainsi donc trouve-: bon qu'incognito je passe.
SABIKUS.
Oh! la plaisanterie alors changea de face. Elle a, comme Janus, deux visages ; c'est bien. L'un rit et l'autre uHird... faced'Jiommeeidechicn.
CHEUEA.
Me laissez-vous passer''