LE DROIT ET LA THEOLOGIE
buait el dont elle se prétendait la gardienne exclusive. Le doyen Béda ne demandait-il pas, en 1533, que « si l'on permettait auxdits lisants en grec et hébreu de continuer leurs leçons en la sainte Ecriture, défenses leur fussent faites de déroger à la translation dont use l'Eglise » ? Calvin poursuivit ses études grecques avec Danès ; il apprit l'hébreu avec Vatable. Il fut probablement en relations intimes avec Budé, puisque la veuve de Budé vint plus tard s'établir à Genève avec cinq de ses enfants. Ce fut à Paris et sous l'influence de l'humanisme nouveau que Calvin termina et publia son premier ouvrage, un Commentaire sur le Traité de la clémence de Sénèque. La préface est datée du 4 avril 1532; l'auteur avait vingt-trois ans moins trois mois. Y avait-il dans le choix du sujet une protestation indirecte contre la persécution religieuse qui commençait à sévir en France, ou un appel déguisé à la magnanimité du roi? Des historiens l'ont pensé. Il faut avouer cependant que si les développements du commentateur devaient s'appliquer aux événements du jour, cette application est bien dissimulée : or Calvin n'avait pas l'habitude de parler à mots couverts. Peut-être son commentaire avait-il été surtout provoqué par l'édition des œuvres' de Sénèque qu'Erasme venait de publier en 1529. La plupart de ses remarques ont un caractère littéraire; elles témoignent d'un goût exercé et d'une grande connaissance des littératures classiques. C'était un début qui promettait une brillante carrière d'humaniste.
Mais l'humanisme pur ne le retint pas longtemps. Il avait embrassé le droit par obéissance filiale :
la mort de son porc lui rendit sa liberté. Désormais la théologie l'absorbera tout entier) mais il la voudra complète el eftieace, non plus connue une dialectique abstraite, mais comme une discipline morale, nue règle de vie. Il alla prendre son grade de docteur
à Orlé
revint à Paris. Le l" r novembre 1533, son ami le recteur Nicolas Cop eut â prononcer le discours d'usage devant l'université assemblée dans l'église des Malhurins, Il prit pour sujet la philosophie chrétienne; il montra qu'elle avait sa source dans l'Evangile, et son achèvement dans la foi, dans l'abandon de l'Aine pécheresse à la miséricorde divine; ([ue le salut étaït un don gratuit et non la récompense dit nos prétendues bonnes ceuvres. El sur cette base il recommandait l'union de tous les chrétiens. « Heureux, disait-il à la lin, heureux ceux, qui concilient les arues dans la paix et qui enlèvent les dissensions de l'Eglise! Plus heureux ceux qui souffrent la persécution pour la justice! » C'était un manifeste du protestantisme. Tout le monde l'attribua â Calvin, et il est prouvé aujourd'hui quele discours était réellement de lui. Cop, sur la dénonciation de deux cordeliers, fut cité devant le Parlement; il
n'attendit pas le résultat de
l'enquèlo et s'e
a fuit à
Uàle. Calvin, craignant pou
■ lui-même, se
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quelque temps à Noyon, pu
s revint à Paris
après
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Sire, mi innjfn Je torde.
artîr de ce moment, l'unique pensés de Calvin t la pré parai ion du grand ouvrage qu'il im'-dilaît, exposition complète et systématique de la dor- '■ chrétienne, toile qu'il la trouvait iani 1« i> rîtt
du Nouveau Testament; et rcsi peut-être là qu'il faut chercher la clef des voyages, en apparence incohérente, qui remplissent les deux dernière» années île non séjour en France. La tranquillité de Paris dépendait de l' humeur changeante de François I", tiraillé entre deux influences contraires, celle de sa su-ur Marguerite qui conseillait la clémence, et celle de s:< mère Louise dB Savoie qui le poussait à la tyrannie. Vers la lin de l'année 1533, Calvin se rend à AttgOulèfTO, .uquvs de son ami, Louis du Tillel, clianoine de la cathédrale et euré de Clais ; il trouve là une bibliothèque, une BOCÎ6U d'eceléeUdquea éclairés, el surtout une retraite ignorée. Il apprend le grec à Du Tillel, eu échange de l'hospitalité qu'il reçoit, et il écrit pour lui des formulaires de sermons, que les curés récitent au |ii'i'uie, dit Théodore de lïéze, pour faire goûter au peuple la vraie doctrine du salut. Au mois de mars 1534, il écrit à Duchemin : » La seule chose qui puisse t' intéresser pour le moment, c'est que je mu porte bien et que, dans la mesure de ma paresse que tu connais, j'avance dans mes éludes. Kl certes la bonté de mon protecteur — bonté si grande qu'elle s'adresse encore plutôt aux lettres qu'à ma personne — exciterait la mollesse de l'homme le plus incrie. Je m'estimerais 1res heureux s'il m'était permis iln passer ce temps d'exil ou de retraite dans un lel repos. Mais le Seigneur lera ce qu'il voudra; sa
expérience qu'il ne nous est pas permis de prévoir un long avenir. Tandis que je me promettais d'être tranquille, le danger que je ne craignais pas était devant ma porte; et quand je m'attendais, an contraire, à être Inquiété, un nid m était préparé dans la paix'. "
An mois d'avril, il se rendit à Nérac, pour voir Le Fcvre d Klaples. Nérac, dans l'Agenois, était nue possession des seigneurs d'Albret. Marguerite, après son mariage avec Henri d'Albret, en avait Fait un asile pour les savants et les théologiens en butte aux rigueurs du Parlement. C'étail un séjour champêtre, dont Marot a vanté les charmes. Marguerite y avait introduit un culte qui se rapprochait beaucoup du proleslaiiiismc. On y disait la messe, mais on communiait aussi sous les deux espèces, le prêtre rompant le pain devant l'autel et le distribuant aux lidèles, après en avoir pris lui-même. Il est douteux que Calvin ail vu Marguerite, qui élait alors probablement on Normandie; mais tl contera longuement avec I.e Fèvre, et n le bon vieillard, dit Théodore de Bè/.e, vil le jeune homme avec plaisir, augurant qu'il servirait un jour à rétablissement du royaume des cieux en France ».
Calvin allait avoir vingt-cinq ans, 1 Age canonique : il devait ou recevoir la prêtrise, ou renoncer h ses bénéfices. Son parti était sans doute pris depuis longtemps. Le 4 mai 1634, à Noyon, il résigna sa cure de Pont-1'Kvéque et sa part à une chapelle de la cathédrale. Ensuite il retourna à Angouléme. Les
. Œuvre», t. X, p. 37. — La lettre e:
M DBOIT El !
feus d amitié qui uttiosaîenl Calvin el Du TUlel
que i
■ de leur l"i
■eligieuse, leur Brenl prendre la résolution des expatrier ensemble. Pour Calvin surtout, cette résolution s'expliquait. Pouvait-il espérer, après l'émotion causée par le discours de Cop, do l'aire paraître impunément son Institution, dont le manuscrit se i-oinplrtail de jour en jour; 1 Les deux amis voyagèrent par Poitiers, Orléans et Paris. C'est à Poitiers qu'ils paraissent s'être arrêtés lu plus longtemps, dans la ville catholique par excellence, dont la population était composée pour un tiers de gens d'F.glise, mais qui possédai! une bibliothèque si riche, dit une chronique, que « de toutes paris les gens doctes y accouraient ». Ils n'étaient pas encore sortis de France quand survint l'affaire dos placards, ces violents libelles sur « les horribles abus de la inesse », qui furent répandus jusque devant la porte du roi. Une nouvelle persécution s'ensuivit. Les voyageurs gagnèrent la frontière par la Lorraine. Un incident, que raconte Théodore de Bèzc, faillit les arrêter près de Met*. I.'n des serviteurs ■ | u i les accompagnait * déroba la bougeiie où était tout leur argent, et emmena un des chevaux : tellement qu'ils eussent été en grande nécessité, sans ce que l'autre serviteur — qui est encore vivant aujourd'hui, ajoute Bèze — avait dix éeus siens, qui fournirent pour les mener à Strasbourg, d'où ils vinrent à Bile. Là Calvin, ayant demeuré quelque temps, lit imprimer sa première