‹ Cambodge: Contes et légendesChapitre 33 sur 46 · LES QUATRE PATFES DU CHAT · texte numérisé non relu

LES QUATRE PATFES DU CHAT

Un homme riche avait une jonque «à l'aide de laquelle il faisait un grand commerce. Or, un jour qu'il avait pris à son bord plusieurs commerçants, il ordonna à ses quatre domestiques de surveiller chacun une patte du chat. L'un des domestiques, voyant que le chat de son maître avait mal à une patte, prit un chiffon, le trempa dans l'huile et en enveloppa la patte malade. Le chat ayant été mettre cette patte près du feu, le chiffon s'enHamma et brrtla si cruellement le pauvre chat qu'il s'enfuit en miaulant terriblement au travers de la jonque; le feu prit aux marchandises qui furent consumées.

Le maître, en présence de ce désastre, se fAcha et déclara aux quatre domestiques qu'il avait chargés de surveiller chacun une patte du chat qu'ils lui payeraient toutes les marchandises que le feu avait détruites. Les trois domestiques qui avaient à surveiller les pattes qui n'étaient pas malades, déclarèrent à leur tour qu'ils ne payeraient rien, parce que la patte malade que leur compagnon avait entourée d'un linge trempe dauis l'huile avait seule pris le feu au foyer et l'avait transporté seule au travers des

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marchandises. C'est donc^ disaient-ils, celui qui ôtait chargé de surveiller cette patte qui doit payer le prix des marchandises brûlées.

I>e quatrième protesta énergiquement en disant que le chat n'avait pu se transporter sur le feu, puis du feu sur les marchandises et les incendier avec la seule patte malade dont la surveillance lui avait été confiée. Nécessairement, disait-il, le chat a dû se servir de ses trois autres pattes. C'est donc aux trois hommes charges de surveiller les pattes valides qu'il faut rc^clamer les dommages-intérêts qui sont dus.

L'afTaire ayant ét<^ ]>ortée aux juges, puis au roi, celui-ci. ayant été mis très exactement au courant du différend, le jugea et prononça ainsi la sentence :

— Celui d'entre vous qui était charge de surveiller la patte malade et qui Ta enveloppée d'un chiilon trempé dans l'huile ne peut être rendu responsable tout seul, parce qu'il a été bon avec le chat et ensuite parce que ce n'est pas avec une patte malade qu'un chat peut marcher; les trois autres qui étaient charg(^s de surveiller les jambes valides n'ont pas fait bonne garde, puisque le chat a pu sVrarter d'eux pour allor d'abord sur le feu, puis pour porter la flamme au travers des marchandises qui ont été consumées; d'antre part, l'homme rharitable qui a enveloppé le pied mnlade avec un chiffon huilé a été très imprudent. Voici ma sentence : Le prix des qiar-

chandiscs brûlées sera divisé en trois parties ; le domestique chargé de surveiller la patte malade payera un tiers, et les trois autres domestiques chargés de surveiller les pieds valides et qui ne les ont pas surveillés payeront les deux autres tiers.

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A colto époquft, il y avait quatre otiidiants qui, avant lonnino lours «tudos, s'cmi r«vonaioiit de Taksila-Malia-NokorMour pays. Ktanl à pou près à michemin, ils renooiitr<M*ont uno riviôro, et comme ils avaient très chaud, ils prirent de Teau <pii y coulait pour se laver la (i^ure. Malheureusement pour eux, celte eau était mauvaise, si mauvaise qu'ils se trouvèrent a\euple> â cau^e d'elle. Ne pouvant continuer leur route parce qu'ils n'y voyaient plus, l'un d'eux se plaifrnit en disant :

— Qu'allons-nous devenir, maintenant que nous sommes aveugles, conmient allons nous trou ver notre nourriture?

— J'ai vu, avant notre accident, répondit l'un d'entre eux, uti jardin royal â quelques pas do l'endroit où nous sommes ; il est couvert de manguiers chargés do fruits.

* Taxila la gr«inde capitale. Voy. ci-denKan pp. 161-2 et 166. — Taxaçila, du Pi^njab, ^t (onjourn d^ign«V danii le JAiaka pAli comme la ville Kaxante où Ion va faim mw étudm.

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— Dans ce cas, dit le troisième, allons-y dès maintenant.

Le quatrième ajouta :

— C'est vrai, j'ai vu une branche de manguier qui s'avançait sur la route et qui était chargée de fruits mûrs.

— S'il y a une branche qui penche sur la route, dit le troisième étudiant, je me charge do faire tombera terre les fruits qu'elle porte.

— Faites tomber les mangues à terre avec un bâton ou avec une pierre, dit le troisième étudiant, et je ramasserai les fruits que vous aurez abattus.

Ayant ainsi parlé, les quatre étudiants aveugles se dirigèrent vers les manguiers du roi Khsalra- Thiréach*.

Quand le troisième aveugle crut être arrivé à l'endroit oii il avait vu une branche de manguier chargée de fruits, il ramassa une pierre sur la route qui en était couverte, et quelques fruits se détachèrent et tombèrent

Le quatrième aveuglequi avait tendu les mains les reçut avant qu'elles eussent touché terre.

Ses trois compagnons n'entendant point tomber les fruits à terre et comprenant que la pierre avait touché l'arbre, puisqu'ils l'avaient entendue passer au travers des feuilles, pensèrent que leur camarade

^ Voy. plus haut. p. 174, note 1.

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avait reçu les mangues et se jetèrent sur lui pour les lui reprendre.

Comme ils se querellaient et se bousculaient, la mangue que l'un d'eux avait reçue fut ôcrnsée entre ses doigts et lejus jaillit jusque sur leurs yeux, et de suite ils furent guéris; ayant recouvré la vue qu'ils avaient perdue, ils purent voir le manguier sous lef|uel ils se trouvaient.

Cependant, comme si rien dVxtraordinairo ne s'était [ïas^é, ils continuèrent de se battre et clierrlièrent à s'arnirlier le fruit ér.iasA entre leurs

mains.

Très méront4Mits les uns des autres, ils furent trouver los jngi\s ot déposèrent rliacun une plainte. I-es jngos n'oseront pas juger cette alTaire et la portèrent au roi. (!elui-ci les ayant écoutés, réfléchit un instant, puis rendit la sentonre suivante :

— Celui cpii a reru la mangue entre ses mains, en aura la moitié; les trois autres se partageront l'autre moitié.

Cette alTaire terminée, les quatre étudiants se remirent en route.

Quelcpies jours plus tardj*un deux découvrit une mine d'or et tous les quatre se mirent a creuser la terre afin d'enextraire b»s pépites nombreuses (pi'elle contenait. Ayant tmvaillé plusi(^iirs jours, et ayant recueilli une certaine quantiU) d'or, ils ne purent s'entendre au sujot du partage. Chacun d'eux voulait avoir la plus grosse part. De nouveam ils furent

trouver les juges ; les juges n'osèrent pas juger leur différend et les conduisirent au roi.

Le roi, ayant bien écouté les plaideurs, réfléchit et décida ainsi qu'il suit :

— L'inventeur do la mine aura une moitié de la récolte faite; les autres qui ont travaillé se partageront l'autre moitié.

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