‹ Cambodge et JavaChapitre 64 sur 98 · HO MON INTERPRÈTE · texte numérisé non relu

HO MON INTERPRÈTE

le voyage perdrait beaucoup de son agrément, les villes une fois quittées, où la langue anglaise et surtout française sont encore à peu près connues dans les hôtels, on serait gêné constamment pour se faire comprendre et môme quelquefois tout à fait empêché lorsqu'on traverse des petits hameaux ignorés. A l'hôtel Java où j'étais descendu, j'eus la bonne fortune de faire connaissance avec une charmante mère de famille, dame belge qui habite avec ses fils depuis quelques années Batavia et qui est propriétaire d'une importante maison de commerce. Je lui disais mon embarras de ne pas trouver un interprète agréable pour m'accompagner, elle me regarda en souriant et montrant son jeune fils âgé de 15 ans dont la mine intelligente et hardie prévenait tout d'abord en sa faveur : « Emmenez-le avec vous, cher monsieur, mon fils est en vacance, il sait le hollandais et le javanais , fort bien et pourra partout vous être utile. Vous le rendrez heureux plus que vous ne pouvez croire, il meurt d'envie de voir ces ruines si réputées dans le pays et que, sans doute, il ne pourra jamais visiter, à moins d'une occasion exceptionnelle. » Ce fut bientôt affaire conclue avec la maman tout émue de laisser partir son fils. Je promettais de protéger au besoin et de bien soigner mon jeune guide, qui me ferait profiter à son tour de sa connaissance dans les langues du pays. Les bagages sont bientôt préparés et nous partons sur un joli navire tout neuf et bien aménagé, le De Carpentier.

Installé à bord, on me voit avec mon jeune interprète, M. Van der Meulen, et comme j'ai atteint l'âge où apparaissent les cheveux gris, on prend mon nom selon l'usage en déclarant : M. Tissandier avec son fils. Nous avons ri de la méprise sans vouloir la faire rectifier. Je devenais père sans m'en douter, de par la volonté du commissaire du navire.

Au lever de l'aurore du troisième jour de voyage nous apercevons les côtes de Samarang, spectacle féerique s'il en fut. De légères bandes de nuages argentés et roses cachent à peine six magnifiques volcans aux silhouettes grandioses qu'on aperçoit au loin. Ce sont le Sindoro (3 124 mètres) et le Sœmbing (3 336 mètres); les deux frères, disent les marins, les deux plus magnifiques. La mer est sillonnée de nombreuses barques de pêche aux voiles toutes brillantes, la ville et ses jardins se développent devant nos yeux. Le navire s'arrête, restant en rade; un petit vapeur vient prendre les passagers pour les faire entrer dans le port, et quelques instants après, c'est en chemin de fer que nous nous rendons à Djogdjakarta.

Planche XXV

Phototypie Berth.md, Paris

INDUSTRIE JAVANAISE Spécimen de l'étoffe, dite Sarrong, Je principal vêtement des indigènes.

I y après nature, (page yj)

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