ADELAÏDE
les terres, formant de nombreuses baies encadrées par la forêt. Sa sortie vers l'Océan est aujourd'hui de plus en plus encombrée par les sables, qui bientôt achèveront de la fermer complètement. Le lac Tyers deviendra comme ceux d'Omeo et de Victoria, un véritable lac intérieur. Une des curiosités de Tyers est sa petite colonie de sauvages australiens convertis au protestantisme et dirigés par un Clergyman anglais, M. Bulmer, qui habite le pays depuis quarante ans. Il avait vingt ans lorsqu'il est venu en Australie. Il a bien voulu me montrer lui-même son église et l'école où filles et garçons travaillent ensemble. Les pauvres indigènes ont chacun leur maisonnette, ils sont une soixantaine environ ; jouissant d'un bien-être relatif, ils semblent avoir oublié complètement leur ancienne vie nomade au milieu des forêts, et paraissent aujourd'hui presque de même que des gens civilisés.
Avant de quitter le pays, je désirais visiter la capitale de l'Australie Sud (South Australia), Adélaïde, qui commence aussi à devenir un grand centre.
C'est aujourd'hui une ville de plus de 45000 habitants, mais si on compte les faubourgs environnants, il faudrait dire 125000 âmes pour le moins. Adélaïde, fondée en 1836, a extraordinairement progressé. On voit dans le musée, des vues de la ville faites par des artistes de l'époque, sa transformation est invraisemblable. Les explorateurs célèbres comme Edward John Eyre qui quittait Adélaïde en 1830, le capitaine Sturt en 1844 et John Mac-Dougall Stuart on 1859, pour aller découvrir des régions nouvelles dans l'Australie centrale, au péril de leur vie, ne reconnaîtraient plus la capitale d'aujourd'hui si riche et si riante d'aspect. La rivière Torrens la divise presque en deux parties égales, Nord et Sud, toutes deux entourées par des bois (Park Landes) qui sont réservés à perpétuité pour l'agrément des habitants. Le magnifique golfe Saint-Vincent et la chaîne des monts Lofty sont aussi des lieux de promenade ou de grandes excursions féconds en surprises pittoresques de toutes sortes. L'ensemble général d'Adélaïde n'offre cependant rien de particulier, les rues et les monuments récents ressemblent à ceux de Melbourne et de Sydney, sans avoir leur importance. Je ne pouvais séjourner longtemps dans cette ville, le paquebot Français des Messageries maritimes, Y Australien, étant signalé à Largs Bay, port d'Adélaïde assez éloigné du centre. C'est en chemin de fer qu'il faut s'y rendre. Il vous conduit presque à l'extrémité d'une longue jetée où un petit bateau à vapeur vous transporte à bord du navire.
Le voyage en mer est grand pour regagner la France, c'est la première partie de la traversée qui semble de beaucoup la plus longue. Après une escale de deux heures à Albany, la dernière ville que nous voyons sur les côtes australiennes et
ILES SEYGHELLES, MAHÉ
que malheureusement nous ne pouvons visiter par suite des ordres de notre capitaine, nous voguons toujours dans l'immensité de l'Océan, sans rencontrer aucune voile. — V Australien continue régulièrement sa route, faisant en moyenne 370 à 380 milles par 24 heures. La quatorzième journée est presque terminée, le soleil couchant est merveilleux, nous voici arrivés aux îles Seychelles à Mahé, que nous ne quitterons que demain avant midi . Rien n'est plus joli d'aspect que Mahé, placé au pied de petites montagnes couvertes de verdure et toute remplie de jardins enchanteurs ornés de belles fleurs tropicales. Dire qu'on voudrait toujours résider à Mahé serait fort exagéré sans doute . Quelques heures de séjour suffisent pour visiter ce petit paradis qui vous laisse un gracieux souvenir. L'existence doit y être monotone au suprême degré et la chaleur amollissante du climat est la cause de l'indolence naturelle qu'on remarque parmi presque tous les habitants. Nous pouvons, avant de regagner notre navire voir toutes choses en détail, de ce délicieux pays, véritable rêve de féerie. La ville minuscule est bientôt parcourue et en gravissant au lever du jour les premiè res hauteurs qui dominent Mahé nous jouissons du beau panorama de la baie. La deuxième partie de notre voyage semble plus rapide par suite des paysages des côtes que l'on peut contempler quelquefois et des escales fréquentes. Le quatrième jour de notre départ de Mahé, nous sommes en vue des rivages brûlés et déserts de Gardafui, puis voici Aden toujours si étonnant d'aspect, la mer Rouge, le canal de Suez et Port-Saïd. Enfin Marseille, tant désiré après 25 jours de mer.