‹ Cambodge: la crémation et les rites funérairesChapitre 10 sur 35 · LE TRANSFBKT DES OSSEMENTS · texte numérisé non relu

LE TRANSFBKT DES OSSEMENTS

Le jeudi i»'* septembre, à 3 heures de raprës-midi, a eu lieu le transfert des ossements : io de la préas piyô Pou, Ûlle d'un haut dignitaire qui fut préas bàrom achchhara aksara^ éminente et très haute nymphe de Tair de son titre, et sàmdach préas uor méatay c est-a-dire éminente et haute mère du nouveau roi, décédée le a3 juin 1868; i<> de la princesse royale sàmdach préas réach ihida, qui fut son épouse sous le titi^e de préas réach iépi, éminente princesse ; 3<> de trois de ses ûls et de deux de ses filles : le prince ftéakhsalra, la princesse Sattan, le prince Phêng, la princesse Sothan-réakhsmey, et le prince Nan ; 4*^ de quatre concubines ou néak-monéang nommées Kés, Kés, im et Liuthi ; b^ de rOknha-chélha-montrey et enfin d'une vieille dame du palais néak-yéay Chhouk, dont l'incinération n'a point encore été faite. Ils étaient enterrés tout près de l'ancien palais de l'Obarach, dans l'enclos du monastère véat Trachak, en attendant que le chef de la seconde branche de la famille fut en situation de leur rendre les derniers devoirs et de les offrir au saint feu. L'ancien Obaréach est devenu roi sous le nom du Sisovath, et déjà les ordres sont donnés partout de rasseinbler les matériaux nécessaires a la construction du mendap où doivent être brûlés les restes desséchés de ce qui fut Sa Majesté Noroudam, le maitre de la vie au-dessus de toutes les tètes* Le' roi a résolu de profiter de la môme solennité pour présenter au feu les ossements de ceux qu'il a aimés, et il a fait construire au Sud de l'enclos de Véat Préas Kév morokot un temple pour les y déposer, ou l'on priera afm d'acquérir des mérites aux personnages dont ils furent l'apparence, en attendant le jour sacré où ce qui reste des éléments qui les composaient sera transformé en éléments plus simples. Ce temple provisoire est le préas M préas sâp, le « saint tertiple des saints corps *.

A trois heures, la procession s'organise, entre deux longues files de pois vêtus et coifTés de rouge, qui soutiennent une corde de sbaa phlang et qui portent des

étendards de toutes les couleurs, aux formes de makara^ de kâèp, des lances ornées de fanions de diverses couleurs et de crins chamara, des pavois dits sbàng qui sont ronds, d'autres qui ont la forme d'écrans ovales, des parasols jaunes, rouges, blancs, à plusieurs étages, etc., etc. C'est d'abord le corps des musiciens, puis les pelotons de soldats cambodgiens armés de fusils modèle i854y ^^ corps de batteurs de tam-tams, de gongs, un corps de tambourineurs, un autre de musiciens chams et malais aux gongs larges mais peu profonds, etc. Enfin paraissaient les tinéang ou lits portés par des hommes vêtus de rouge sur lesquels étaient dressés et maintenus par des cordons de coton blanc les prias sauvana-kôihas qui sont soit des urnes funéraires fermées de couvercles coniques à formes ouvragées et à pointes très élevées, soit des cercueils courts de forme carrée à base plus étroite que l'ouverture et qui sont fermées de couvercles à pans coupés. Les deux premiers tinéang portent chacun une urne de bois précieux entièrement recouverte d'une feuille d'or repoussé et deux princes qui, vêtus de blanc et coifiés du rompéak de cérémonie et les mains appuyés sur l'urne, l'empêchent de choir. Elles ont reçu, la première les ossements de la mère du roi, la seconde ceux de son épouse. Le troisième tinéang porte six autres urnes d» bois moins précieux et seulement dorées, sans personne pour les tenir. Le quatrième tinéang a reçu quatre cercueils qui, dit-on, contiennent les ossements provenant de plusieurs corps.

Derrière ces divers préas kôttia, viennent plusieurs centaines de femmes, toutes vêtues de blanc et portant à la main une fleur de lotus rouge.

Le roi devait, sur son préas réachéa-géan, précéder les saints corps, mais il pleut des torrents d'eau, la marche du cortège est difficile, il décide de monter en voiture et autorise les ministres et les hauts dignitaires à faire de même ; puis, par une voie détournée, il gagne, au grand galop de ses vigoureux chevaux, escorté d'un peloton de cavaliers royaux, le temple provisoire où doit aboutir la procession.

A cinq heures, les musiciens à instruments européens dont le chef est un manillais, Jouant la marche royale des khmêrs, se rangent sur la droite de la sente à peine tracée qui conduit au temple, les pois forment haie compacte, les divers corps de musiciens se rangent où ils peuvent et le premier tinéang est présenté à la porte principale. L'urne est détachée, puis descendue, introduite dans le préas hô préas sap et hissée à l'aide d'un plan incliné au sommet d'un catafalque ou balang, ou préas réan ma,sous un parasol blanc. On procède de même pour les autres urnes et pour lès cercueils, mais par la porte du Nord. Cela fait, les plans inclinés sont enlevés en un instant, des tapis sont étendus, les gradins des catafalques sont garnis de lampes et de photophores allumés. On place les chœung-ma qui sont des tables ; sur elles on pose les préas péan ou plateaux à pied, puis on fixe entre l'urne kàtha et le couvercle ou kompoul, une pièce de longue cotonnade blanche qui, en se développant, montre, de double coudée en double coudée, ses parements d'or, et vient se poser en plis nombreux sur le préas péan. Cette pièce d'étoflfe, qui remplace le cordon dit àmbas sema, est dite préas phusa gong. C'est elle que reçoivent les religieux quand ils disent la prière vulgairement nommée stance préas bàagskaul ou sdapakan.

A peine toute cette installation était-elle terminée que vingt religieux, précédés du Sàmdach préas maha s&ngkhréach, pénétraient dans le temple et prenaient place dans le bas côté de droite. Le roi saluait leur chef aussi humblement qu'un homme du peuple, et le namou tassa était dit trois fois ; les prières se succédaient et, enfin, le phusa-yâng étant étendu sur les qpiains des religieux du premier rang, ils entonnaient les gâthâs du baagskauL

CÉRÉMONIE DE LA LECTURE DEi* TrTRES DONNÉS AUX DtFUNTS

(2 septembre 19M),

Le lendemain, i septembre 1904, qui était un vendredi, a eu lieu en présence des ministres et de vingt religieux ayant à leur tête le Sâmdach préas maha Sangkharéach, leur chef, la cérémonie de la lecture des titres des personnages dont les restes mortels étaient dans les douze préas kôtha.

A six heures du soir le roi, escorté de ses mahalék porteurs de lances, suivi d'une foule d'autres pages porteurs de ses insignes royaux, descend de son palanquin porté par quatre hommes et abrité d'un large parasol rouge ; il pénètre dans la salle du hô préas sâp^ aux sons de la musique française, la traverse entre le groupe des hauts dignitaires, des ministres accroupis et inclinés sur son passage, et vient prendre place sur le tapis préparé pour lui à gauche et en face du chef des religieux, tout près de la cloison qui sépare la salle en deux parties à la hauteur du premier catafalque. Sa garde prend place derrière lui et, près de lui, ses pages porteurs des boites, crachoir, mèches et aiguières d'or. De l'autre côté de la cloison, par la porte restée ouverte, on voit une cinquantaine de femmes du palais qui sont venues assister à la cérémonie. — Les préas banhcha sont brillamment illuminés et la salle est éclairée comme en plein jour.

Un instant après son arrivée, le roi quitte son tapis royal, Ta s'agenouiller devant le chef des religieux et le salue humblement trois fois, le front dans la poussière et les mains à plat sur le sol.

Le vieux chef de la s&ngha royale dit trois fois le Namou tassa qui est la salutation au Buddha, que le roi et l'assistance écoutent et répètent les mains jointes en un bourdonnement qui rappelle celui de nos saluts catholiques dans les églises, le soir. Au Namou tassa succède une sorte de prière des morts dite par tous les religieux, puis un achar royal, développant le phusa^yong qui descend de l'urne funéraire de la mère du roi, l'étend sur les mains des douze religieux du premier rang et la prière, dite sdapakâiij — qui remplace celle du bângskaul ou loque de coton qu'on dit pour les gens du commun, — est récitée sur un ton nasillard par les disciples du Buddha.

Olle prièrt^ dite, le phusa-yong est retiré de leurs mains, plié à sa partie inférieure et placé sur le plateau ou péan où il a été pris, au beau milieu et en avant (\u premier catafalque.

Alors un pandit s*approrhe, prend sur un plateau ifor que d'autres pandits ont déposé devant le préas banhcha une feuille de 4)apier et lit la liste des titres des personnages dont les restes ont été apportés du véath Trachak dans la salle du ho préas sap où ils resteront jusqu*au jour de Tincinération. Voici ceux qui sont donnés à la mère du roi, la Sàmdach préas vor réach [rach] chini néaih : — Tiuorouitam hârom acbchhara-aksar sinthor iép thida ooréa pongsà méata rang trong lakkhana ék akka khsatri siri satha khattiya oudàm bârom bâpit.

.Voici les titres qui furent conférés à réponse défunte, la Sàmdach préas réach thida préqs sreg uor khsàtreg, qui fut préas réach-tépi : - Sàmdach préas akkamahésey préas sreg uorkhsàtrey ratanas-thida voréa^mik bànhcha pit kalgani khsatri outàm Imrom mâha-krâsotr.

Cette lecture achevée le pandit, au nom de toute l'assistance, forme le souhait .que les mérites (kusal) acquis par les défuntes leur procurent les fruits qu*ii doivent naturellement porter, justement et exactement pendant un nombre incalculable d'années, et le roi fait quelques présents aux religieux. Quant ceux-ci se sont retirés, il salue les saints ossements, remonte sur son palanquin royal et s'achemine vers son palais, escorté de ses gardes, suivi de ses porteurs d*insignes royaux, et éclairé par cent bougies que portaient d'autres pages. I^a musique le précède et cette rentré** royale h quelque chose de pas encore vu qui surprend, mais qui plail.

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