CAMILLA, LIONEL
LIONEL
La voilà ! . . .
CAMILLA , rentrant par la droite.
Ah ! . . . c'est toi, Lionel. . . je te cherchais. . . il faut que je te parle. . .
LIONEL
Et moi aussi- . . je ne suis pas content. . . je suis fâché contre toi. . .
CAMILLA, vivement.
Et de quoi donc , mou Dieu ?
LIONEL
De ce que tu as fait . . .
Quoi, tu saurais?. . .
Je sais tout. . . et ce n'est pas hien, ma sœur. . . car
enfin à mon insu. . . sans m'en prévenir. . . cela pouvait
me compromettre. ■ . me faire du tort pour mon mariage. ..
Et comment cela? • . .
LIONEL
Mon Dieu! . . . c'est inutile d'entrer dans des détails. . . je connais ces positions-là ... et quoique j'aie promis de te gronder. .. je n'en ai pas la force, et j'arrive tout de suite au hut. . . n'aie pas peur, ma petite sœur, je ne t'en veux pas. . . je te pardonne. . . et je fais mieux que cela.. . (L ui donnant le portefeuille.) Tiens , prends ! . . .
Qu'est-ce que c'est que cela ?
LIONEL
De quoi payer tes dettes ! . . .
CAMILLA , lui présentant un autre portefeuille. Je t'apportais de quoi payer les tiennes ! . . .
LIONEL
Et d'où cela vient-il?
Que t'importe. . . pourvu que cela ne vienne pas du baronnet. . . que je ne lui doive rien. . . que je ne le revoie plus. . . car maintenant, ce n'est plus de l'indifférence. . . je le hais. . . je l'abhorre. . .
LIONEL
Laisse-moi donc tranquille. . . je ne te crois plus! Edgard, qui en a des preuves, m'a assuré que vous vous adoriez ...
Quoi ! c'est Edgard ! . . . c'est lui qui l'a dit. . . Edgard est un ingrat. . . c'est l'homme du monde le plus injuste. . . il m'est aussi odieux que le baronnet, et je le déteste maintenant autant que je l'aimais.
LIONEL , vivement.
Quoi ! lu l'aimais ?. . .
' CAMILLA , pleurant.
Eh mon Dieu ! . . . ai-je jamais fait autre chose? {Avec passion.) Depuis mon enfance... depuis que je me connais... c'est lui... projets, avenir, espérance... tous mes rêves étaient là.. . Le bonheur avec un autre n'eût pas valu pour moi le malheur avec lui... (S' 'arrêtant.) Je ne sais ce que je dis. . . je suis folle. .. je m'égare. . . j'oublie tout. . . et tu nie demandes encore si je l'aime ! . ..
LIONF.L.
Tu I aitnr.s! . . . ma pauvre sœur!. . . ma Camilla!. . . ci il en aime une auire ! . . .
( >ue (lis-lu : . .
COMÉDIE-VAUDEVTLLE. 57
LIONEL
Il épouse Indiana ... il l'a déclaré à moi , à sa tante , à toute la famille. . .
CAMILLA , se soutenant à peine.
C'est fait de moi. . . j'en mourrai. . . (Vivement.') Mon frère, je t'en supplie , oublie ce que je t'ai dit. . • ce n'est pas vrai au moins. . . ce n'est pas vrai! . . . je ne l'aime pas. . . je l'oublierai. . je n'y penserai plus. . . (Fondant en larmes.) Ah! toujours. .. toujours! c'est plus fort que moi. . . pourquoi aussi ce matin a-t-il fait naître en moi des idées qui en étaient si éloignées?. . . pourquoi tantôt, ici môme , me parlait-il comme à son amie. . . à sa compagne?. . .
LIONEL
Eh oui! sans doute. . . j'en suis sûr maintenant, c'était son intention. . . il l'aime , ou du moins, il t'aimait. . . je n'en doute plus quand je me rapelle ce que tout-à-1'heure... Mais tu conviendras aussi qu'il y a de ta faute. D'abord tu ne me dis rien , à moi qui ai de l'influence sur lui . . . qui aurais tout arrangé. • . au lieu de cela. . . tu vas te compromettre à ses yeux. . . entretenir, sans m'en parler, une correspondance suivie avec le baronnet ! . . . CAMILLA , étonnée.
Moi !. . . je n'ai reçu en ma vie qu'une lettre de lui. . . et c'était pour toi . . .
LIONEL
Pour moi. . .
La voici... un billet sur son banquier... pour cette somme . . .
LIONEL, vivement , et prenant la lettre.
Ça, je te le pardonne ; mais tes étourderies, tes dissipalions. . . moi qui te croyais si économe, si rangée. . .
CAMILLA, étonnée.
Comment ?
LIONEL
Je ne le gronde pas . . . mais tu avoueras que tes relations avec Dubster . . . ces sommes que tu lui as empruntées. . .
Qui te l'a dit ! . • . Eh bien oui , on l'avait chassé de cette maison . . . j'ai couru chez lui, et je l'ai tant prié , supplié , que , moyennant un billet de quatre cents guinées, qu'il m'a fait signer, il a consenti à m'en prêter deux cents. LIONEL.
Que dis-tu ?
Pour toi seul ... les voilà ... je te les apporte . . .
LIONEL, poussant un cri.
Ah! je suis un malheureux. . . un misérable ! . . .
Air du Partage de la Richesse.
De mes fautes , de mes folies Je t'accusais. . . Que tu dois me haïr !
Modèle des sœurs, des amies , Tu te perdais pour ne pas me trahir.
Sans te plaindre, sans te défendre, A ton malheur te résigner, Et c'est pour moi,
Pouvais-je te l'apprendre ?
LIONEL
Moi ! j'aurais dû le deviner.
Aussi. . .
Que veux-tu faire ?
LIONEL , prenant le billet de Camilla.
Donne , donne. . . je sais quel est mon devoir. . .
Mais", Lionel . . .
LIONEL
11 ne sera pas dit que toi seule te seras toujours sacrifiée pour moi ... et je veux . . . Adieu . . . adieu , ma sœur. . . ( // sort, en courant par la droite.)