‹ Campagne dans le haut Sénégal et dans la haut Niger, 1885-1886Chapitre 1 sur 45 · A MONSIFAJR LE GÉNÉRAL BOULANGER · texte numérisé non relu

A MONSIFAJR LE GÉNÉRAL BOULANGER

Hommage de respectueux dévouement.

Vichy, 1887

ET

(1885-1886) CONTRE SAMORY ET CONTRE MAHMADOU LAMINE

La campagne effectuée en 1885-1886 sur le haut Sénégal et sur le haut Niger, par la colonne placée sous le coDQDQandenient du lieutenant-colonel Frey, peut se diviser en deux périodes bien distinctes.

La première comprend les opérations dirigées contre les bandes de Talmamy Samory; elles eurent pour résultat de rejeter ces bandes sur la rive droite du Niger, et d'amener la conclusion d'un traité de paix avec ce chef indigène.

La deuxième période comprend les opérations qui eurent pour objet la pacification de Guoye, du

Kamera et du Guidimaka, provinces du haut Sénégal dont les habitants s'étaient soulevés en masse, sur les derrières de la colonne, à la voix du prophète Mahmadou Lamine, et avaient mis le siège devant le fort de Bakel.

La distance qui sépare les points extrêmes de ces deux théâtres d'opération, Bamakou et Dembakané, est d'environ neuf cents kilomètres : si Ton considère que cette distance a été franchie, au retour, en moins de deux mois, par des troupes déjà fatiguées, exténuées par une première campagne; que, tant sur le Niger que sur le Sénégal, ces troupes durent livrer douze combats à un adversaire fanatisé et toujours dix fois supérieur en nombre ; si Ton ajoute le mauvais état des sentiers et le manque de ressources des contrées traversées, les ravages causés par les maladies ou par le feu de l'ennemi dans les rangs du petit corps expéditionnaire, on demeurera convaincu que, seules, des troupes d'un moral excellent, d'une conGance aveugle dans leurs chefs, admirablement entraînées et commandées par des officiers d'une grande énergie, étaient capables de semblables efforts. Cet hommage sera, pour le plus grand nombre d'entre elles, et principalement pour le corps des tirailleurs, la seule récompense de

tant de dévouement et de tant de peines '. Le récit qu'on va faire des marches et combats effectués en 1 885 et en 1 886 dans le haut Sénégal, par celle poignée d'hommes, dignes émules de leurs frères d'armes qui, à la même époque, se distinguaient avec tant d'éclat dans l'extrême Orient, sera pour le pays une nouvelle occasion de constater l'esprit de devoir et d'abnégation qui anime ceux, auxquels il a confié l'honneur de promener le drapeau de la France dans toutes les parties du monde. L'armée y puisera un sentiment encore plus grand de confiance dans Tavenir, à la pensée que ses réserves de terre et de mer comptent, dès aujourd'hui, de nombreux éléments rompus aux

1 Les pertes ont été de : huit officiers morts de maladie. Ce sont MM. Sarciron, Falgeras, vétérinaires ; Sibut-Bourde, Bonnard, Boyer, Garrémieux, lieutenants; Rodot^ souslieutenant aux tirailleurs sénégalais ; Lecornej, médecin. Cinq officiers ont été blessés : MM. Latj, Gojtier, Samba- Maram, Suleyman^ Toumané. Cent trente sous-offîciers ou soldats européens et soixante-cinq tirailleurs sont morts des suites de leurs fatigues ; soixante autres tirailleurs ont été tués ou blessés; cent quarante sous-offîciers ou soldats européens ont été évacués, en cours de campagne^ comme malades sur Saint-Louis. Ces chiffres se rapportent à un effectif d'un millier d'hommes et à une période de huit à neuf mois. Trois autres officiers : MM. les capitaines Figié, des tirailleurs; Lefranc^ de Tartillerie; M. Maubert, souslieutenant de tirailleurs, sont morts dans la môme année

fatigues et aux misères de la vie de campagne, glorieux débris de nos expéditions coloniales, qui seraient prêts, comme leurs aines, à donner pour la défense de son honneur ou de son sol l'exemple d'héroïques dévouements.

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