‹ Campagne dans le haut Sénégal et dans la haut Niger, 1885-1886Chapitre 41 sur 45 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le Sénégal présente-t-il de sérieux débouchés pour l'écoulement de nos produits ?

Les pays qui sont appelés à devenir des lieux de débouchés pour les produits de l'industrie et du commerce européens doivent, entre autres conditions essentielles :

1*" Posséder une population d'une grande densité ;

2"* Être peuplés principalement de races qui, par leurs goûts, par la nature de leur origine, soient portées à rechercher un bien-être que les ressources locales sont impuissantes à leur procurer. D'où la nécessité pour elles de recourir à la production étrangère pour la satisfaction matérielle de ces besoins.

Ces conditions se trouvent admirablement réunies dans les États de l'Amérique du Sud, nés d'hier seulement, et qui empruntent au commerce et à l'industrie française plus de produits que ne leur en

demande la plus florissante de nos colonies. En est-il ainsi du Soudan?

Si Ton s'en rapportait à certains auteurs, le chiffre de la population du Soudan occidental ne serait pas au-dessous de 50, 80, 1 00 millions mèmed'habitants.

Mais au fur et à mesure que Ton pénètre dans ces contrées, on reconnaît combien ces évaluations sont erronées et fantaisistes. En ce qui concerne le haut Sénégal, défalcation faite des villages établis sous le canon même des forts, on constate que :

1*" De Diamou à Bafoulabé, sur un parcours de quatre-vingt-cinq kilomètres, dans la partie la plus sûre de la ligne de nos postes, il existe quatre villages formant une population de quinze cents à deux mille habitants.

2"* De Badumbé à Kita, sur un parcours de cent vingt kilomètres, on ne rencontre que cinq villages, formant une population totale de deux mille habitants : cinquante-cinq kilomètres de cette région sont même entièrement déserts.

3° De Kita à Koundou, distants de cent dix kilomètres, il n'existe que quatre villages, qui comptent à peine quinze cents habitants.

Telle est également la densité des populations des contrées qui bordent la ligne de nos postes.

Doit-on attribuer cette faible densité à un dépeu-

plement de ces contrées, conséquence des guerres d'El-Hadj Omar, ainsi que le prétendent quelques explorateurs? Non, car les ruines, très-peu nombreuses d*ailleurs, que Ton y rencontre, n'indiquent que la disparition de villages sans importance!

Bien plus» les renseignements recueillis auprès des indigènes permettent d'affirmer qu'au point de vue de la densité de la population, le reste du Soudan ne diOere pas sensiblement de la partie dont il vient d'être question et que nous avons parcourue * .

Ce ne sont que villages, séparés souvent les uns des autres par de vastes déserts, réceptacles d'immondices et d'ordures en toute saison, véritables cloaques pendant la période des pluies, et pour la plupart constitués par quelques agglomérations de huttes basses, malsaines, abritant une population rare, sans confortable, sans richesses d'aucune sorte, mais aussi sans grands besoins, vivant au jour le jour, et préférant d^ailleurs cent fois encore cette

> Les quelques centres de population d'une certaine importance de cette partie du Soudan sont établis sur les bords mêmes du Sénégal et du Niger ou de leurs principaux affluents : tels sont ceux formés par les Sarrakholais, entre Kajes et Bakel; par les Bambaras, sur la rive gauche du Niger ; par les Ouassouliens, sur la rive droite ; mais on remarque, d'après ce qui précède, que les contrées situées entre le haut Sénégal et le haut Niger n'ont que de rares habitants.

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existence misérable à un état de bien-être dont Tacquisiiion devrait lui coûter quelque peine!

La superficie relativement considérable qu'occupent ces villages indigènes induit souvent le voyageur en erreur sur l'évaluation du nombre de leurs habitants.

Cest ainsi, pour ne citer que deux exemples frappants, que le docteur Lenz estima, en 1880, à 6,000 âmes la population de Goumbou, village situé dans le nord-est de Bamakou, a population qui con- « tient au grand maximum 2,000 habitants »; et à 20,000 âmes celle de Sokolo, « dont la population « est tout au plus de 1,800 habitants », d'après la mission française qui a visité ces villages en 1887. Ab uno disce omnes!

Résumons : Tant qu'une révolution profonde, que l'on ne peut attendre que du temps, n'aura pas transformé son état politique et social et les conditions d'existence de ses habitants, la contrée que l'on a dénommée le Soudan français ne possédera les éléments ni d'une colonie de commerce, ni d'une colonie agricole, ni d'une colonie de peuplement.

Les causes en sont multiples, et entre autres :

1* Le caractère de l'indigène, réfractaire en général au progrès.

2* L'invasion de jour en jour plus grande du ma-

raboutismei qui, par tous les moyens, combat notre influence et nous suscite des haines et des guerres.

3*" La nature du sol, qui, aride sur une grande partie, ne pourrait fournir qu'avec peine les produits nécessaires à la subsistance d'une très-nombreuse population.

I"" La nature du climat, qui, sur le plus grand nombre de points, est mortel pour l'Européen, et malsain même pour l'indigène'.

* Dans l'état actuel des choses, racclimatement des Européens est absolument impossible dans le haut Sénégal, et non-seulement Tacclimatement de la race, mais aussi l'acclimatement individuel. Ce pays réunit toutes les conditions telluriques et météorologiques les plus défavorables au maintien de la vie. (D' Durand.)

On a dit qu'avec une ferme résolution on pouvait triompher de tous les obstacles opposés par le climat : on eût mieux fait d'accuser l'insalubrité de localités inhabitables,

les mauvaises conditions hygiéniques que de faire porter

la responsabilité des désastres sur ceux qui les avaient subis et que de les mettre sur le compte de leurs excès et de leurs imprudences. (Du même auteur.)

n n'est possible à l'Européen de résister, pendant quelques années, au climat du haut Sénégal, qu'à la condition de n'j arriver que vers le milieu de novembre et d'en partir dès les premiers jours de mai, de manière à n'y séjourner que pendant les cinq mois de la bonne saison et à venir se reposer en France, de juin d novembre, pendant la saison de l'hivernage. C'est ce qu'ont fait les commandants supérieurs qui ont effectué plusieurs campagnes successives dans le haut Sénégal.

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