‹ Campagne dans le Haute Sénégal et dans le Haute Niger, 1885-1886Chapitre 41 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Il ressort, de ce qui précède, que le Sénégal ne possède pas de produits dont l'exploitation soit réellement possible sur une très-grande échelle, en même temps que bien avantageuse et rémunératrice.

C'est que son sol n'a pas, en général, la fertilité qu'on lui attribue; en outre, les inondations pendant une partie de l'année, l'excessive sécheresse pendant l'autre partie, sont des obstacles qui s'opposeront toujours au succès des tentatives de développement de véritables cultures de rapport.

Même sur les points oii l'on dispose en toute saison de la quantité d'eau nécessaire pour l'arrosage, on se trouve alors dans l'obligation de protéger la plupart des cultures au moyen de nattes en paille, pour empêcher qu'elles soient brûlées par le soleil dévorant, ou desséchées par le vent du désert!

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Quant à la contrée entre le haut Sénégal et Niger non-seulement ses principaux produits sont également des produits sans valeur, mais encore son sol est loin d'être partout propre à la culture.

Les vallées seules, ou plutôt les bords du fleuve sont réellement cultivables; le reste du sol est, sur une grande partie, formé d'une croûte ferrugineuse ou rocheuse, sans terre arable à la surface, ou bien ne comprend que de vastes étendues de terres incultes, sortes de savanes dont le défrichement amènerait l'explosion de fièvres pestilentielles!

Ces pays sont si dénués de ressources, que ce n'est que par le moyen de la réquisition que l'on parvient, chaque année, à imposer aux habitants la fourniture de quelques têtes de bétail et d'un peu de mil ou de riz. Dans le commencement de l'année 1886, le commandant supérieur se trouva dans l'obligation de faire transporter jusqu'à Kita près de cent mille kilogrammes de riz et de soixante-dix mille kilogrammes d'orge venus de France, et sans lesquels la subsistance des hommes et des animaux de la colonne n'eût pu être assurée!

Dans ces conditions, doit-on reprendre dans le haut Sénégal les essais de colonisation ou de culture qui, ainsi que nous l'avons vu au début de ce livre, ont été l'objet de tentatives infructueuses dans le bas Sénégal?

A la vérité, ces essais ne pourront jamais être tentés que par le gouvernement, car, pas plus que par le passé, l'initiative privée ne consentira à y engager, dans des entreprises quelconques, des capitaux qui seraient infailliblement sacrifiés!

Ce que l'initiative privée acceptera toujours avec empressement, ce sera d'effectuer les fournitures et les transports qui lui seront demandés.

« C'est, pour le commerçant, une source de spé- « culations d'un nouveau genre qui lui permettent « de faire, aux dépens de la caisse nationale, des « bénéfices assurés! »

Si nous ne craignions de donner un trop grand développement à cette question, dont l'importance est pourtant incontestable, nous dirions au prix de quelles peines on parvient à faire pousser chaque année quelques radis et quelques légumes cliétifs, rabougris, dans les jardins de nos postes du haut Sénégal.

Un officier qui a fait une partie de son avancement dans le haut Sénégal et qui, par cela même, est peu porté à en médire, a bien donné la note exacte de ce peu de fertilité du sol, en déclarant que chaque radis que mangent nos soldats dans le haut Sénégal ne revient pas à moins d'un franc!

Nous parlerions de ces petites parcelles de terrain cultivé des villages du Niger, pompeusement décorées du nom de jardins, et qui contiennent, dans un carré de quelques pieds, quelques oignons verts et quelques patates!

Nous parlerions également de ces prétendus vergers qui entourent nos forts et qui rapportent, dans l'espace d'une année entière, cinq ananas et quelques maigres régimes de bananes!

Nous ne résistons pas toutefois au désir de conter une petite anecdote relative à ces cultures.

En mars 1886, le colonel Frey campait dans un petit village, non loin du poste de Koundou.

Un Bambara se présenta à lui, et lui offrit deux petits choux qu'il portait avec autant de précaution que s'il se fût agi des objets les plus précieux. Ces choux, formés de cinq à six feuilles maigres, desséchées, étaient le produit des soins et des pénibles efforts de ce malheureux indigène, ancien tirailleur, auquel des fanatiques du haut Sénégal, comme certains évangélisateurs qui font des distributions de Bibles aux sauvages, avaient confié des graines de divers légumes, en lui promettant une belle récompense s'il parvenait à en propager la culture dans son village ' !

* Quelques céréales sans valeur, insuffisantes à nourrir l'Européen, un peu d'or, du fer, peu de bestiaux, voilà ce

que produit le Soudan français à l'heure actuelle Nulle

part on ne trouve de fruits Les jardins des noirs produisent quelques légumes de qualité inférieure, des haricots, des courges, des pastèques sans goût. (D'' Lota.j

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