ENGAGEMENT DU CHATEAU DU COUDRAY
jLa 2" division du 17^ corps se porta comme la veille sur ses positions de combat , s'appuyant sur les réserves que le général Jaurès avait maintenues à Lorges. A huit heures , l'action commença à la droite et au centre , et nos tirailleurs suffirent pour contenir l'ennemi. A la gauche , Je bataillon d'infanterie de marine put s'emparer du château du Goudray et forcer l'ennemi à reculer les batteries qu'il avait en position à Poisioux et à Montigny. Au bruit du canon , le général Guillon , commandant la 3^ division du 2P corps, s'était avancé jusque sur une crête entre Poisly et Villermain, avec deux bataillons de mobiles et un de fusiliers marins, appuyés par de l'artillerie, faisant ainsi une diversion très-utile à la 2^ division ; il resta dans cette position jusqu'à ce qu'il fût bien certain qu'aucun mouvement tournant ne le menaçait sur sa gauche. Se portant alors en avant, il poussa ses batteries sur Villermain , appela à lui le reste de sa division , et n'hésita pas à s'engager contre des colonnes massées à hauteur de Mézières. La lutte continua ainsi jusqu'au soir , sans que les Allemands pussent malgré leurs efforts reprendre les positions qu'ils avaient perdues. Le général Rousseau, qui avait couvert sur la gauche le mouvement de la 2^ division en s'avançant jusqu'à Vallière avec la V° division qu'il commandait, avait dirigé une forte reconnaissance d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie sur Ouzouer-Ie- Marché, d'où l'ennemi s'était retiré sans combattre.
La journée du 10 nous était donc encore restée favo-
rable , bien que nous eussions éprouvé sur plusieurs points des pertes assez sérieuses, principalement dans le 5P de marche. Le colonel américain Burr-Porter, arrivé la veille comme chef d'état-major de la 3® division du 17^ corps, blessé mortellement en donnant l'exemple du plus brillant courage , expira dans la nuit. Nous avions fait 400 prisonniers. L'ennemi refoulé sur toute la ligne avait sensiblement perdu du terrain, et après un combat qui s'était maintenu depuis le matin jusqu'au soir , avec un grand acharnement de part et d'autre et sur un front de douze kilomètres , nous restions maîtres de nos positions. Ce jour-là encore, si une diversion sérieuse avait pu être faite sur l'autre rive de la Loire , nous eussions refoulé l'ennemi sur ses positions autour d'Orléans; l'ardeur des troupes était telle qu'à diverses reprises , pendant l'action , le général en chef avait dû donner l'ordre aux divisions de ne pas se laisser entraîner trop loin , tout mouvement de l'armée en dehors de ses positions étant imprudent et inutile. En effet, avec les forces considérables qu'elle avait devant elle et que le prince Charles, que rien ne menaçait dans d'autres directions, pouvait y maintenir, elle avait à craindre d'être tournée sans l'espoir d'un résultat réel. Néanmoins avant de prendre un parti définitif, le général en chef voulut encore faire une tentative auprès du ministre de la guerre, qui était alors à Bourges. Il lui télégraphia, ainsi qu'au général Bourbaki, le 10 au soir, ce qui suit :
LE GÉNÉRAL EN CHEF INSISTE POUR UNE DÉMONSTRATION DE LA PREMIÈRE ARMÉE SUR LA RIVE GAUCHE DE LA LOIRE.
« Le mouvement qu'il est possible et indispensable » de faire pour rétablir , coûte que coûte , notre situa- » tion est le suivant : marcher de Bourges sur Vierzon ^