LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS
s'était lui-même porté au secours de deux pelotons attaqués en avant de ce point par des forces supérieures. Le capitaine Pennet, qui commandait ces deux pelotons, avait déjà pu se dégager avec l'aide des gardes nationaux de Ballon , qui ont fait preuve dans cette circonstance d'une énergie qu'on aime à constater. Enfin, à Gourcebœuf, un lieutenant et vingt cuirassiers échappaient à cent cinquante uhlans, après leur avoir tué un officier et un assez grand nombre d'hommes.
Pendant cette retraite du 1 7® corps , le commandant du 16* avait fait occuper toutes les avenues de Pontlieue par le général Le Bouëdec, ayant sous ses ordres la brigade Jobey, le 36^ de marche et 3 mitrailleuses, pour former l'arrière-garde. L'amiral assista sur le pont de l'Huisne au défilé de ses troupes, et ne se retira qu'après avoir dirigé toutes les colonnes sur les rues qu'elles devaient suivre pour aboutir aux ponts de la Sarthe. Nous avons déjà dit plus haut que celui de l'Huisne ne sauta que lorsque l'ennemi n'en était plus qu'à quelques mètres ; malheureusement il ne put être qu'incomplètement détruit, les préparatifs n'ayant pu se faire avec assez de soin au milieu du passage de tant de monde et de voitures. Le capitaine du génie Legros, ne voulant confier à personne la mission importante de mettre le feu à la mine , fut blessé grièvement en l'accomplissant. Le génie avait, du reste, montré l'exemple du dévouement pendant toute cette journée. La 3® compagnie bis du 1" régiment avait poursuivi ses travaux au pont Napoléon , sur la Sarthe , sous le feu de l'ennemi, mais, gênée par l'encombrement, elle n'avait pu réussir à en achever la destruction ; le capitaine Joly , qui la commandait, ne trouvant pas d'autre moyen d'assurer la retraite des dernières troupes engagées sur le pont, n'hésita pas à se jeter sur l'ennemi qu'il repoussa dans la rue Basse jusqu'au delà de la place de la Halle , permet-
tant ainsi à un nombre considérable de voitures , encore sur la rive gauche , de traverser le pont.
Pendant que le 16® corps défilait sur le chemin de Ghauffour et que la gendarmerie à cheval pressait la marche des convois , le général Bourdillon , avec le régiment de gendarmerie à pied et deux mitrailleuses , avait tenu derrière le pont de Pontlieue jusqu'au dernier moment, et s'était retiré en se défendant dans la grande avenue de Pontlieue et dans les rues adjacentes. Ce régiment de gendarmerie avait perdu , dans cette action vigoureuse et si utile , deux officiers et quatre-vingt-trois sous-officiers , brigadiers et soldats tués , blessés ou disparus.
Il reste maintenant à raconter ce qui s'était passé du côté du 2V corps.