CONCLUSION
Nous avons terminé le récit de la campagne de la deuxième armée. Si, pressé de faire connaître la part qu'elle a prise au grand drame dont la France vient d'être le théâtre, le temps nous a manqué pour donner à la forme tout le soin quun pareil sujet méritait, le fond est complet et exact ; c'est là l'essentiel.
Pendant les rudes journées de Josnes, un officier supérieur allemand fait f)risonnier, ne dissimulant rien de l'étonnement que lui causait la résistance de nos jeunes troupes, comparait ces batailles de la Beauce à celles de 1866 ' auxquelles il avait pris part, et avouait que ces dernières n'étaient qu'un jeu d'enfants^ auprès de ces luttes acharnées et incessantes qu'il leur fallait de nouveau soutenir pour réduire un pays qu'ils croyaient à bout de ressources après ses désastres. C'est là le plus bel éloge de ces armées nouvelles que la volonté et Je patriotisme de la France ont fait surgir.
Quelles sont donc les véritables causes de nos défaites, alors que les efforts produits depuis le commencement de la guerre dépassait ce qui aurait suffi pour repousser l'ennemi de notre territoire? Il faut les voir, cela est vrai, dans la faiblesse et l'insuffisance de notre organisation militaire, que des idées fausses, aveugles ou passionnées avaient amoindrie depuis quelque temps dans le défaut
1 Cette conversation nous a été rapportée par le colonel Feidlinj», attaché du gouvernement anglais au grand quartier général de la deuxième armée.
2 Traduction iittcraîe de i expression allemande employée par l'officier prussien.
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d'ensemble dont toutes nos combinaisons stratégiques restent fatalement empreintes; mais, pour nous qui avons retrouvé, dans nos soldats improvisés, les grandes qualités militaires qui sont l'apanage inaltérable de notre nation, la cause principale de nos désastres fut notre manque de confiance en nous-mêmes.
Nos belles armées perdues, notre capitale tombée après de glorieux et héroïques dévouements, nous avons cessé de croire à la possibilité de vaincre, alors qu'elle nous restait.
Gardons-nous, cependant, d'en conclure que les armées improvisées sont une garantie suffisante dans les grandes crises qui peuvent encore se produire. Les événements auxquels nous venons d'assister établissent au contraire, d'une façon dès à présent irréfutable, qu'une nation n'est sûre de son indépendance et réellement forte que si son organisation militaire est sérieuse, complète et puissante. S'il subsistait encore un doute, il suffirait de regarder autour de nous : la Russie, l'Autriche, l'Italie, l'Espagne, rAugleterre, changent et fortifient leur système militaire; l'Allemagne elle-même, au lendemain des grands succès que celui dont elle disposait vient de lui assurer, n'hésite pas à y apporter de nouveaux perfectionnements. Elle est à l'œuvre; imitons-la sans perdre de temps. Rompons avec ces traditions du passé, respectables sans doute puisque c'est à elles que notre pays doit sa grandeur et ses gloires que nos malheurs présents ne peuvent faire oublier, mais qui ne suffisent jdIus à l'époque actuelle, où tout est fatalement transformé.
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