‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 321 sur 345 · EXTRÊME URGENCE · texte numérisé non relu

EXTRÊME URGENCE

Un officier envoyé ce matin par moi à Blois, et qui a parlé au maire, m'affirme qu'à six heures aucun Prussien n'était en vue sur la rive droite. L*ennemi n'a pas inquiété notre mouvement de retraite aujourd'hui; tout un corps d'armée défend Vendôme au sud, à hauteur de Sainte-Anne

Puisque vous déclarez ne pouvoir faire une démonstration sur Blois, prenez vos dispositions pour tenir à Saint-Amand, coûte que coûte , pour vous éclairer en avant de vous et dans la direction de la Loire, pour faire venir des vivres si vous en manquez, et pour ne me fournir que des renseignements sérieux et contrôlés

Signé : Chanzy.

Rapport du général Barry, Château de la Noue, Saint-Amand, le 15 décembre 1870. Mon général.

Les troupes ennemies, qui s'avançaient par la rive gauche de la Loire, ayant culbuté le 9 décembre dans la soirée, à Ghambord, les troupes de la division Mamandy, 3* du IC corps, il était évident que la ville de Blois allait devenir l'objet de leurs tentatives. Avant tout, il fallait empêcher de franchir la Loire sur les derrières de l'armée du Centre-Ouest, dont l'aile droite appuyée à Mer et à Beaugency tomberait infailliblement si l'ennemi passait sur la rive droite, amenant peut-être ainsi la perte de l'armée.

Les forces de l'ennemi, d'après plusieurs renseignements concordant ensemble, devaient, à ce moment, se composer d'un corps d'avant-garde de quatre régiments d'infanterie de Hesse, trente-deux escadrons de cavalerie légère ou uhlans, et trente-six bouches à feu, dont le tiers du calibre de 6 et le reste du calibre de 4.

Ces forces, placées, dit-on, sous le commandement du grand-duc de Hesse-Darmstadt, flanquaient et éclairaient des masses plus considérables qu'on disait commandées par le prince Frédéric-Charles, et dont la direction présumée était Saint-Aignan , sur le Cher.

L'échec de Ghambord jeta une telle panique dans la ville de Blois, où je n'étais point encore arrivé , que tous les convois , une grande partie des troupes d'infanterie et d'artillerie évacuèrent en désordre la ville, se dirigeant sur Château-Renault, et l'ennemi y serait entré sans coup férir, si le général Peytavin, décidé à gagner Mer avec ses troupes après qu'il eut été décidé que la ville ne se défendrait pas, n'avait pris la résolution, malgré la vive opposition des habitants et de l'autorité civile , de faire sauter le pont. J'arrivai à ce moment à Blois, seul de ma personne , et j'y ralliai quelques centaines d'hommes de ma division. D'un autre côté j'approuvai la mesure que se proposait de faire exécuter le général Peytavin, et d'accord, nous décidâmes que le feu serait mis aux fourneaux de mine qui devaient faire sauter une arche du pont, le matin avant le jour.

Les préparatifs de l'opération exigèrent de trois à quatre heures. Le feu fut mis vers sept heures du matin , et l'arche minée s'écroula tout entière dans le lit de la Loire , interrompant ainsi les communications entre les deux rives, sur un espace de dix mètres.

La journée se passa à reconstituer, avec les éléments de toute nature qui composaient la garnison de la ville, quelques troupes à peu près organisées afin de pouvoir faire une défense vigoureuse contre toute tentative de rétablissement du pont. Effectivement, dès deux heures de l'après-midi , tandis que de nombreux cavaliers ennemis se montraient dans les prairies entre Montlivault et Saint-Claude, une batterie échangeait des projectiles avec une de nos batteries installée à la chaussée Saint- Victor ; plusieurs obus atteignaient la ville de Blois. En même temps les tirailleurs que j'avais placés le long du quai échangeaient une fusillade assez nourrie avec les tirailleurs ennemis , fusillade que je dirigeai moi-même

Le drapeau parlementaire fut hissé à la mairie ,

malgré mes protestations et mes menaces : le feu cessa. Il était environ quatre heures lorsque je fus informé de la présence de M. Gambetta à l'hôtel de la préfecture; je m'y rendis, et d'accord avec le ministre dont je reçus les ordres, je me déterminai et m'engageai solennellement à opposer la plus vive résistance à l'ennemi s'il essayait de forcer le passage de la Loire à Blois , soit en rétablissant le pont , soit en lançant un pont de bateaux dans les environs. Sur ces entrefaites , l'ennemi m'ayant fait connaître qu'il commencerait le bombardement de la ville à six heures vingt-cinq minutes du soir, n'accordant que vingt-cinq minutes pour faire sortir les femmes et les enfants , je pris immédiatement toutes les mesures pour riposter à son attaque, avec les éléments dont je disposais.

Je fis garnir le quai à droite et à gauche du pont par une longue

chaîne de tirailleurs embusques derrière le parapet , en plaçant des réserves dans les rues parallèles au lit du fleuve et en occupant les maisons voisines du pont , de manière à résister à toute attaque de vive force; en même temps, j'ordonnai la construction d'épaulements pour recevoir quatre pièces de douze sur la terrasse de l'évêché. D'autres épaulements furent ordonnés sur la gauche des premiers.

Le bataillon et une batterie furent postés à la chaussée Saint-Victor.

Cependant l'ennemi, malgré ses menaces, n'ouvrit point le feu et me permit, pendant la nuit du 10 au 11, malgré un froid intense qui gelait la terre à une grande profondeur, d'exécuter mes travaux de défense. On parlementa le 11, sur la demande des Prussiens, au sujet des établissements à respecter, de la circulation des trains sur le chemin de fer; je déclarai catégoriquement, en présence du préfet e( du maire, que si la ville était attaquée, je me défendrais.

Les choses en étaient là, lorsque dans la nuit du 11 au 12 un télégramme du général Chanzy, daté du 11 à huit heures du soir, vint m'annoncer que l'armée avait commencé son mouvement de retraite ce jour-là, et que par suite Mer étant au pouvoir de l'ennemi, Blois pouvait s'attendre à être attaqué de ce côté , c'est-à-dire à la fois par la rive gauche et par la rive droite. Il m'était en même temps prescrit de défendre Ménars, de tenir le plus longtemps possible dans Blois, et si j'y étais forcé, de me replier sur Amboise, pour gagner de là Château-Renault, Montoire et Saint-Calais.

Cet événement renversait de fond en comble les conditions de la défense de Blois : l'ennemi étant maître de la rive droite, l'objet de ma mission à Blois se trouvait annulé ; d'un autre côté , la défense de Ménars était impossible , parce que les batteries prussiennes établies sur la rive gauche prenaient cette position en écharpe et à revers ; Blois , ville ouverte, allait être cernée, ma retraite sur Amboise n'était pas possible, parce que la route sur la rive droite était complètement sous le feu des batteries prussiennes élevées de l'autre côté.

Dans cette situation , je crus devoir réunir un conseil de défense composé des généraux Peytavin, Michaud, de Landreville, des commandants du génie et d'artillerie, du préfet et du sous-intendant militaire Guillemin. J'exposai l'état des choses, je donnai connaissance de la dépêche du général Chanzy, et j'invitai chacun à donner son avis sur les mesures à prendre.

Je joins ici le procès-verbal de la délibération et des conclusions adoptées à l'unanimité par ce conseil :

Général Barry au général Chanzy , à Talcy , par Marchenoir.

Blois, 12 décembre 1870, une heure du matin. (« Voici ce qui vient d'être décidé au conseil composé des généraux

■ Barry, Peytavin, Michaud, de Landreville, du colonel du 33« de n marche, en présence du préfet et de l'intendant Guillemin.

» Dès le moment où Blois est découvert du côté de Mer, sur la rive I» droite, et s'attend à chaque instant à une attaque par la rive gauche , » vu la composition hétérogène des corps , fractions et détachements » isolés qui constituent sa force armée, la position n'est plus défen- » dable, et il y a lieu de ne pas attendre, s'il est possible, l'attaque » de l'ennemi venant de Mer.

I» En conséquence, demain, de bonne heure , je fais partirions mes »• impedimenta en les dirigeant sur Saint-Amand; j'écris au général » Maurandy de s'y rendre de son côté, et je compte avec le gros de » mes forces me mettre en marche à la nuit tombante pour gagner »» Herbault et Saint-Amand, la ligne d'Amboise ne pouvant être suivie M parce qu'elle se trouve sous le feu des batteries ennemies de la rive » gauche.

« Si Blois est attaqué demain par la rive gauche , comme je m'y »» attends, je résisterai énergiquement. » Signe' : Barry. »

J'adressai copie de ce procès-verbal au général Ghanzy; je joins également copie de la réponse que je reçus à cette notification :

« Général Chanzy à général Barry , à Blois.

* J'ai reçu votre dépêche du 12 , deux heures du matin. J'approuve ce » qui a été décidé en conseil de défense de Blois. Faites tous vos efforts » pour tenir à Blois le plus tard possible ^ comme vous me le dites, • et dirigez-vous ensuite sur les points que vous m'indiquez.

» Prévenez le général Maurandy en lui donnant l'ordre de quitter » Amboise de manière à se joindre à vous au point que vous aurez » fixé. » Signé : Chanzy. »

Je ne pouvais songer à attendre l'attaque de l'ennemi par la rive droite , puisque la défense de ce côté était prise à revers par la rive gauche. L'attaque de front aurait lieu en même temps, la ville serait bombardée inutilement, je serais cerné et coupé de ma ligne de retraite, hors de ma défense, par l'ennemi se portant de Mer à Herbault par la Chapelle-Vendômoise, ce qu'il fit en effet le lendemain.

En conséquence , et ma conduite ayant reçu l'approbation du général Chanzy, je fractionnai tous les corps et débris de corps dont je disposais , en deux brigades, l'une sous mon commandement, l'autre sous celui du général Peytavin ; la brigade de Landreville devant protéger la retraite. Je rassemblai ces troupes en bon ordre à l'entrée de la forêt de Blois. Je laissai à Blois, vers le pont, une solide arrière-garde pour dissimuler mon mouvement à l'ennemi, jusqu'à la nuit close, et s'opposer à toute tentative de passage. Je prévins le

préfet de mon mouvement, qu'il approuva; je lui fis admettre qu'il devait s'opposer à toute capitulation et passage sur la rive droite, au moins jusqu'à ce que ma retraite fût bien assure'e, et je me mis en marche vers deux heures pour Herbault et Saint-Amand, sur deux colonnes, m'attendant à être attaqué sur mon flanc droit et sur mes derrières par des avant-gardes prussiennes, Mer étant ouvert à l'ennemi depuis le 11 et mon mouvement s'efFectuant le 12 dans la soirée •.

J'arrivai à Saint-Amand dans la nuit du 12 , et je m'y établis.

Telles sont, mon général, les circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi l'évacuation de Blois.

Je dois ajouter que pas un Prussien n'est passé de la rive gauche sur la rive droite en face de Blois, et que ce sont les troupes mêmes de Mer qui ont fait leur entrée dans la ville.

Le général de division, Barry.

P. S. En admettant que je fusse resté plus longtemps à Blois , je n'empêchais en aucune façon le corps ennemi venant de Mer de se porter vers Pontijoux, sur les derrières de l'armée.

Documents allemands. — La Guerre de France, par Rustow, 1870-71. (Ouvrage imprimé à Zurich, 1871.)

opérations dans l^ouest par les allemands, depuis la réoccupation d'orléans jusqu'à l'armistice.

Vers la fin de 1870, les efforts du général Faidherbe pour secourir Paris par le nord et établir ses communications avec l'armée de l'Ouest avaient échoué par suite du combat de Halluc. La sortie de Paris, le 21 décembre, était restée sans résultat; en même temps, l'armée de l'Ouest ne pouvait poursuivre le but que toute l'armée française n'avait pu atteindre.

La plus grande partie de cette armée, celle qui fut appelée la deuxième , sous les ordres du général Chanzy , se concentra au-dessous d'Orléans sur la rive droite de la Loire, sur la ligne de Beaugency à Marchenoir , entre la Loire et le Loir. Elle comprenait les i 6®, 17® et 21® corps. Dans ces positions, Chanzy couvrait Tours, qui était encore le siège de la délégation ; il eut une grande liberté d'action ,

Ml y a là une erreur qui explique l'évacuation prématurée de Blois. Ce n'est que le 12 que l'ennemi est entré à Mer. Il ne pouvait donc menacer sérieusement Blois sur la rive droite que le 12 au soir, et en y tenant jusqu'à la nuit et même jusqu'au 13 au matin, les troupes qui s'y trouvaient pouvaient protéger le mouvement de retraite de l'armée.

quand cette délégation se décida à transporter à Bordeaux le siège du gouvernement.

Bourbaki réunit la première armée entre la rive gauche de la Loire et le Cher, autour de Bourges, Les corps qu'il réunit avaient beaucoup souffert, s'étaient retirés en désordre, et avaient besoin d'être réorganisés. — On pensait que vers le 20 décembre ils pourraient être prêts pour la grande opération que l'on préparait dans l'Est.

Immédiatement après la prise d'Orléans, le prince Frédéric-Charles partagea son armée de la manière suivante : l'armée du grand-duc de Mecklembourg prit position sur la rive droite de la Loire en aval d'Orléans, entre le fleuve et la route de Châteaudun. Le 9° corps d'armée marcha d^Orléans sur la rive gauche de la Loire, sur la route de Blois. La sixième division de cavalerie, soutenue par des détachements du 3® corps d'armée , suivit le chemin de fer de Vierzon à travers la Sologne. La masse principale du 3« corps remonta la Loire dans la direction de Gien. Le 10^ corps était en réserve dans Orléans et autour de la ville.

La 17« division , qui tenait la gauche de l'armée du grand-duc de Mecklembourg 5 rencontra le 7, près de la Corne, en avant de Meung, la division Camô, du 19® corps, que Ghanzy avait envoyée de Beaugency. Les Français furent repoussés. Le 8 décembre , Ghanzy déboucha des positions de Beaugency et de Marchenoir; le grand duc lui opposa la 17®, la 22® division prussienne et la division bavaroise. La journée fut favorable aux Allemands, ce qui décida la délégation à abandonner Tours. Les troupes du grand-duc s'emparèrent, le 8 décembre, de Beaugency ainsi que des villages de Grand-Bonvalet, Villorceau et Gernay. Le caractère de ces combats est toujours le même; leur valeur tactique est médiocre. Les Allemands l'emportaient par la constitution et la mobilité de leurs corps d'armée; les légions françaises improvisées allaient bravement au feu, mais elles ne tardaient pas à reconnaître que leur bravoure était impuissante contre une direction plus habile et contre la cohésion de leurs adversaires.

Les commandants, quelque actifs qu'ils fussent, ne pouvaient tenir leurs bataillons dans la main, et quand ceux-ci étaient en désordre; ils ordonnaient la retraite , en s'appliquant de toutes leurs forces à la faire dans le meilleur ordre possible.

D'autre part, les Allemands avaient l'occasion de constater la bravoure de ces troupes improvisées , et particulièrement les efforts de leur artillerie, aussi mal attelée que possible.

Dès les premiers rapports du grand-duc de Mecklembourg, le 7 décembre, le prince avait fait marcher sa réserve générale, le 10® corps, au secours du grand-duc sur la rive droite de la Loire , et ordonné au 9® corps qui longeait la rive gauche de lui prêter appui si la chose

était possible. Le 9" corps avait soutenu, le 9, un combat à Montlivault et au château de Ghambord , au sud-est de Blois. Le 10 décembre, les troupes du grand-duc crurent à un jour de repos dans les positions qu'elles avaient prises entre Beaugency et Cernay, mais Ghanzy ne leur laissa aucun rëpit. Il les attaqua le 10 dans leurs positions; le combat dura jusqu'à la nuit et fut principalement soutenu par l'artillerie. Le but de Ghanzy avait été particulièrement de reconnaître encore une fois les positions des Allemands , et d'assurer pour quelques jours sa marche vers le nord, par Vendôme.

On se souvient que, le 4 décembre, Faidherbe avait reçu le commandement supérieur de l'armée du Nord à Lille. Ghanzy voulait se mettre en communication avec lui. On n'attendait de lui que la protection de Tours après le départ de la délégation pour Bordeauxl'

Les combats du 10 décembre et les rapports qu'il en reçut décidèrent le prince Gharles à donner les ordres suivants : les 9* et 10® corps d'armée devaient se porter sur Blois, par les deux rives de la Loire , pour empêcher les Français de communiquer d'une rive à l'autre.

Le 3» corps d'armée devait suspendre son mouvement sur la Loire, en amont d'Orléans, et se diriger surBeaugency pour soutenir les forces principales. Le prince établit son quartier général le 12 décembre à Beaugency, et le 13 à Suèvres.

La 9® division de cavalerie était à la poursuite de l'aile droite de l'armée de la Loire à travers la Sologne: le 7 elle atteignit à Salbris r arrière-garde française et lui livra un combat heureux. Le 9 décembre elle occupa Vierzon et le chemin de fer de Bourges à Tours.

Le 3® corps d'armée avait battu les détachements envoyés par l'armée de Bourbaki sur la rive droite de la Loire, à Nevoy, au nordouest de Gien, et les poursuivait en remontant la Loire jusqu'à Briare. Pendant ce mouvement, il reçut l'ordre de rétrograder sur la basse Loire. Le 13 décembre, Blois, évacué par les troupes françaises, fut occupé par le 10^ corps allemand. Le général Voigt-Retz, qui le commandait, apprit alors que les Français se retiraient sur Vendôme et se mit à leur poursuite.

L'armée du duc de Mecklembourg s'avança dans la même direction, par Maves et Oucques, sur Morée. Son avant-garde livra le 13 décembre plusieurs combats sur cette ligne , et fit un grand nombre de prisonniers. Le 15 décembre , le grand-duc de Mecklembourg à droite et le général Voigt-Retz à gauche, rencontrèrent une vigoureuse résistance sur la ligne de Morée à Vendôme. Le combat resta indécis , bien qu'à l'avantage des Allemands sur plusieurs points.

Le prince Frédéric-Gharles , qui jusqu'au 17 décembre eut son quartier général à Suèvres, ordonna au 3« corps, aussitôt qu'il arrive-

rait à Beaugency, de se porter sur Vendôme, où le 9' corps devait aussi se rendre en traversant la Loire à Blois. Le projet du prince Frédéric-Charles était, soit de livrer une grande bataille contre Chanzy, près de Vendôme, avec le plus de forces qu'il serait possible ' de réunir, soit de l'empêcher de se porter vers la Seine et de se joindre àFaidherbe. Le 16 décembre, un conseil de guerre des généraux français fut tenu à Vendôme; Gambetta dut y assister. Le plan des opérations fut changé. On avait pensé que le prince Frédéric- Charles se mettrait à la poursuite de Bourbaki, et que Chanzy aurait toute liberté de mouvements. Le contraire eut lieu: le prince Frédéric-Charles concentrait toutes ses forces contre Chanzy; Bourbaki devenait libre. On pensait que Bourbaki aurait beaucoup d'avance dans les opérations qu'il préparait à l'Est, si Chanzy se retirait dans l'Ouest sur le Mans et le camp de Conlie, en attirant à lui toutes les forces du prince Frédéric-Charles.

On espérait que les Allemands n'avaient plus de forces disponibles pour empêcher Bourbaki de délivrer Belfort, de couper les communications sur la ligne de Paris à Strasbourg, et même d'entreprendre l'invasion de l'Allemagne du Sud. La retraite sur le Mans fut donc résolue et commencée le 16 décembre avec tant de hâte que beaucoup de papiers importants furent laissés à Vendôme. On les porta au quartier général du prince Charles, qui apprit ainsi d'importantes résolutions *. Les ponts sur le Loir avaient été détruits par les troupes françaises, mais d'une manière tellement imparfaite , qu'en l'espace de quelques heures ils étaient rétablis par le 10^ corps d'armée allemand. Le prince Frédéric-Charles ne voulut pas poursuivre les Français avec toutes ses forces, mais envoyer seulement des détachements pour observer de près tous les mouvements de Chanzy. Il avait pour cela deux raisons : les troupes de la seconde armée, qui dans les dernières semaines avaient éprouvé de grandes fatigues, avaient besoin de repos pendant la saison rigoureuse; d'autre part, il arrivait de Gien des nouvelles annonçant que des forces considérables étaient rassemblées entre Gien et Bourges. De ces nouvelles, le prince conclut, non sans raison, que Bourbaki voulait faire une tentative sur l'armée qui investissait Paris du côté du sud. Il tenait donc à ne pas trop s'éloigner vers l'ouest, afin de pouvoir attaquer Bourbaki dans son mouvement.

En conséquence, le prince renvoya les 9^ et 3* corps sur la Loire. Le 3^ corps avait déjà été engagé le 15 par ses avant-gardes devant

1 Aucun papier ne fut abandonné à Vendôme. Ceux dont parle l'auteur de cette relation sont les archives de la V' division du 17' corps, qui tombèrent au pouvoir de l'ennemi pendant la retraite; la voilure qui les portait, et qui était celle du colonel Béraud, chef d'état-major, ayant dà être abandonnée dans les boues.

Vendôme. Le 9" avait atteint le pays qui s'étend entre Amboise et Monlrichard , sur la rive (jauche de la Loire.

Contre Clianzy furent laissés l'armée du çrand-duc de Mecklembourgf et le 10^ corps d'armée sur une lijjne qui s'étendait de Chartres à Blois, sur la Loire inférieure. Le grand-duc prit le commandement direct de l'aile droite. Les Bavarois avaient été détachés de son armée pour surveiller les environs d'Orléans. Le général Voigts-Rhetz commanda l'aile gauche.

Le prince Frédéric-Charles fit poursuivre les Français sur Epuisay et au nord sur Droué. Cette poursuite fit bien connaître le mouvement de retraite de Chanzy vers l'ouest. Le prince mit son quartier général à Meung, le 18 décembre, et le 19, à Orléans. Les détachements qui avaient poursuivi les Français à Epuisay et Droué arrivaient sans résistance à Saint-Calais'^

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