LIVRE PREMIER. — ORLÉANS
n'avançaient qu'avec beaucoup de peine dans les chemins impraticables de la forêt , et ne pouvaient plus arriver à Bucy-Saint-Liphard avant la nuit. Il fallut se décider à gagner Huisseau, avec la pensée de se jeter le lendemain matin, dès qu'il ferait jour, sur le flanc de l'ennemi par Chaingy, la chaussée du chemin de fer et la route du bord de la Loire. Cette disposition devenait encore nécessaire pour protéger les convois , les réserves et les parcs , qui cherchaient à se dégager des routes encombrées de la forêt , pour se retirer dans la direction de Beaugency. La nuit , qui vient si vite en cette saison , rendit bientôt tout mouvement impossible; continuer dans quelque direction que ce fût c'était augmenter le désordre. Le commandant des 16" et 17^ corps détermina les divers emplacements à occuper à l'ouest de la forêt , à hauteur de Montpipeau et de Huisseau , et , une fois les bivouacs établis , vint passer la nuit sur ce dernier point pour essayer de se mettre en communication avec le général en chef, qui devait être à Orléans, et avoir des nouvelles de la marche des deux dernières divisions du 16^ corps.
Toute la nuit se passa en vaines tentatives pour communiquer avec le général d'Aurelle; le télégraphe était coupé entre Saint- Ay et Orléans ' , et les officiers envoyés à diverses reprises avec des escortes de cavalerie ne purent dépasser Ghaingy, les colonnes ennemies ayant pénétré jusque sur les bords de la Loire.
A quatre heures du matin, le commandant des 16® et 1 7° corps , persuadé dès lors que tout effort sur Orléans devenait inutile et impossible dans l'état où se trouvaient les troupes , donna les instructions suivantes , qui résumaient la situation et qui prescrivaient les mesures à prendre
^ Voir aux notes la lettre adressée au commandant des 16® et 17® corpg à Huisseau, à neuf heures du soir, par le chef de la station télégraphique de Saint- Ay, note 18,
pour sauver d'un désastre, qui pouvait devenir complet, tout ce qui restait encore de l'armée sur la rive droite de la Loire
« Au quartier général de Huisseau, 4 décembre 1870 (n*^ 152).
» Les premiers ordres donné ce matin indiquaient aux ' 16" et 17" corps une ligne de retraite sur Beaug^ency; " des ordres nouveaux parvenus au général commandant '^ ces corps à une heure, prescrivaient de se diriger sur » Orléans, pour occuper les positions de défense pré- » parées pour les deux corps d'armée, entre les Barres » et la chapelle Saint-Mesmin.
» Le mouvement n'ayant pu s'exécuter qu'après avoir M replié les détachements des avant-postes et les troupes » attaquées dans Patay par l'ennemi, qui cherchait à » tourner notre gauche , les deux corps d'armée ne réus- » sirent pas à déboucher sur Ingré , par les ^chemins im- » praticables et insuffisants de la forêt, assez tôt pour » prévenir l'ennemi qui s'avançait directement sur Or- » léans, après avoir forcé les 2" et 3" divisions du 16" corps » à se replier sur Bucy-Saint-Liphard et Meung. Ils durent » dès lors venir prendre position derrière la foret de » Montpipeau , pour couvrir les parcs , les convois et les » réserves, engagés sur les routes de Goulmiers et de » Baccon.
» La position ce soir est la suivante :
» La cavalerie entre Rosières et Descures, moins la w brigade Tucé , à Huisseau; la 1" division du 16" corps à » cheval sur la route du Mans, en arrière de Descures; la » 2" division du 17" corps à Baccon; les deux autres divi- » sions de Huisseau à Montpipeau ; les 2" et 3" divisions du » 16" corps à Meung ^
1 Ces divisions avaient même dépassé Meung au moment où le comojan* dant des 16® et 17® corps dictait ces instructions. Voir aux notes la lettre du générai Barry datée de Mer, note 19.