L ENNEMI PENETRE LA NUIT DANS BEAUGENGY
Tout eût donc été pour le mieux, à part Messas que nous avions perdu et qui aurait été repris comme Gernay, si des faits graves à l'extrême droite n'étaient venus détruire en partie les résultats de cette glorieuse journée, alors qu'elle paraissait complètement à nous, et compromettre sérieusement le salut de l'armée tout entière. Le commandant en chef, inquiet de ne rien recevoir du général Camô depuis plusieurs heures, lui avait envoyé des officiers d'ordoi^nance qui, rentrant vers onze heures du soir, lui rapportèrent la nouvelle que Beaugency était évacué. Ce Tait si regrettable est expliqué dans le télégramme suivant, adressé à onze heures et demie du soir , au ministre de la guerre pour lui en rendre compte :
« Les communications télégraphiques étant interrom- » pues depuis quelques heures avec Beaugency, je viens » seulement d'apprendre que le général Gamô, contraire- » ment aux ordres formels* que je lui avais donnés, et » prétendant obéir à ceux que vous lui auriez adressés » directement par un capitaine du génie envoyé de Tours, » s'était retiré dans l'après-midi de Beaugency, qui a été
* Voir la note 7 à l'appendico du livre II.
V occupé à la nuit par une troupe mecklembourgeoise se » glissant le long de la Loire. Je regrette vivement cet » incident qui a terni le succès de la journée, et je donne » l'ordre à Tamiral Jauréguiberry, commandant l'aile » droite , de débusquer demain , au jour , l'ennemi de la » ville. J'ai déjà ici une centaine de prisonniers prussiens; » les renseignements qu'ils m'ont fournis constatent que le » prince Charles a fait venir la nuit dernière des troupes » d'Orléans, et a donné aujourd'hui avec toutes ses forces; " ces prisonniers disent que l'armée prussienne ne croyait » avoir affaire qu'à des fuyards, et que les pertes qu'elle » a faites aujourd'hui sont considérables. »
A quatre heures du matin, le général Barry, qui s'était reporté de sa personne à Mer, télégraphia:
« La colonne Gamô est en pleine déroute. Je n'ai pas » un homme, je n'ai pas de division. Pour n'être pas pris » par l'ennemi, je me retire sur Biois. » ....
Le général Gamô, souffrant d'une chute de cheval et fatigué, s'était également retiré; le général Tripart, qui avait pris le commandement et cherché à mettre de l'ordre dans cette retraite des troupes sur Mer, prévenait, à cinq heures, qu'il était à Tavers avec quelques avant-postes. Si l'ennemi s'apercevait de cette panique, il pouvait au jour, par un effort vigoureux, tourner notre droite et nous couper de Blois. D'un autre côté, si l'armée apprenait cet échec et si elle se mettait en retraite, c'était la débandade et peut-être sa désorganisation. Le général en chef répondit au général Tripart :
« On m'assure que Beaugency n'est occupé que par » très-peu d'ennemis. L'amiral a l'ordre de chercher au » jour à les en débusquer. De votre côté , réunissez tout » ce qu'il y a de troupes de Mer à Beaugency, prenez-en » le commandement, reportez-vous résolument en avant,