‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 17 sur 165 · PRISE DE DIJON · texte numérisé non relu

PRISE DE DIJON

La, situAtion à Dijon. — Le docteur Lavalle et le colonel Fauconnet. — Première éTa> enation de Dijon. — Modification des .ordres de Werder. — Premier combat de Dijon (30 octobre). . * . . .

Tandis que ces événements se passaient au nord de Besançon et de Dole , les Allemands continuaient de marcher sur Dijon. Cette ville est importante, tant par le chiffre de sa population que par sa-situation et ses ressources de toute nature. Surtout elle commande plus ou moins directement les routes et les voies ferrées qui relient la haute Seine au plateau de Langres, à la vallée de la Saône, au Morvan. En raison de Tétat de santé du général Sencier, commandant la subdivision, la tâche de la défendre incombait alors au président du comité de défense de la Côte-d'Or, une personnalité tout à fait étrangère à l'armée, le docteur Lavalle. Dès le 19 octobre, il avait réuni à Dijon et à Beaune 0,000 gardes mobiles environ ; 3,600 occupaient Châtillon -sur- Seine, Montbard et Semur '.

* Cependant M. de Freycinet adressait au général Cambriels les recommandations les plus pressantes pour la garde de Dijon (21 octobre). Il allait jusqu'à le menacer de le fkire relever de son commandement, s'il ne lui faisait parvenir le 22 octobre « avant 4 heures du matin, une réponse satisfaisante » au sujet de ses « mesures de défense à Dijon et de son plan stratégique d'ensemble* ».

Cambriels avait déjà envoyé les instructions nécessaires au général Sencier et au comité de défense (20 octobre). Il leur recommandait de se tenir en relation avec Garibaldi et,

1. D*aprés Tëtat de situation reproduit par le capitaine Dumas. t. Dumas.

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même, s'il était possible, avec l'armée en formation derrière la Loire. Il faisait valoir la nécessité de ménager pour Ta* venir les troupes réunies à Dijon et, par suite, d'assurer leur retraite sur Lyon. Le 21 octobre, il déléguait le docteur Lavalle c pour exercer le commandement et diriger les opérations», en attendant l'envoi à Dijon d'un général ou d'un colonel énergique qu'ij demandait au ministre d'ordonner. -; "" '

A ce moment les troupes de la Côte-d'Or recevaient de Lyon des renforts qui .doublaient à peu près leur effectif; 3,000'hommes de ligne, empruntés à plusieurs dépôts', étaient dirigés sur Auxonné et Pesmes (23 octobre) ; 5,000 à 6,000 gQ,rdes mobiles (4 bataillons), presque tous armés de fusils à pistQO, allaient s'établir à Bèze et à Marcilly,^ Déjà le doctetdr Lavalle avait porté sur Pon tailler près de 9,000 hommes (8 b^4ai lions et demi de mobiles). Les routes qpi se dirigent de D.ijon vêts le nord et l'est étaient ainsi «urveillées, mais ces 20,000 hommes mal armés, mal encadrés, satis instruction, sans aucune artillerie ^ ne pouvaient compter pour d»es forces sérieuses. Heureusement les Allemands firent prçjive d'une grande incertitude dans leurs mouvements* Les reconnaissances de Werder lui ayant signalé la préseùce j^e. forts rassemblements français à Dijon, a Dole et à Besançon, il lui parut difficile de poursuivre, le mouvement commencé sur Bourges. On pouvait prévoir qu'une démonstration serait, à bref délai, dirigée de Dole et de Besançon contre la ligne de Lunéville à Nancy ; aucune troupe allemande, n'aulfait pu s'y opposer en l'absence du XIV® corps. D'ailleurs, Werder était sans nouvelles de Versailles depuis plusieufrs jours. Une lettre du 23 octobre lui arriva dans la nuit du 28 au 29, portée par un Feldjàger; un télégramme du même jour ne devait lui parvenir que le 3 novembre. Il ignorait la date probable de la chute de Metz et la s^duation générale lui était inconnue. Cette absence de nouvelles pouvait dissimuler des événements graves. Dans ces conditions, avant d'être fixé sur l'état réel des choses, il était difficile d'abandonner la ligne de communications, pénible-

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méat gardée' juflquWors parÉpinaP. Werder se bomte tout d'abord à faire reconnaître les directions où avaient apparu nos troupes^ " ! :

Celles réunies daiis la Gôte-'d'Or recevaient enfin un chef, le colonel de gendarmerie- Faùconnet, arrivé à Dijon le sojx du 27. Faisant preuve è^n esprit de conciliation fort intempestif, il accepta d'abord d'être subordonné au docteur Làvalle^ qui demandait à conserver son commandement «au point de vue moral » . Mais les démonstrations de l'ennemi effirayèrent ce général improvisé, et il replia sur Auxonne ou Dijon lés troupes de Pontailler et d« Bèze. Cette retraite hâtive se fit fort maL Fauconnet, accouru à Auxonne, dut prendre le commandement, pendant que Lavalle regagnait Dijon*, Cambriels prescrivit même de réoccuper les passages de La Marche et de Pontailler, abandonnés à la légère la veille. Mais déjà T ennemi «menaçait Dijon. Fauconnet y fit refluer toutes les troupes qui n'avaient pas encore pris la direction dé Chagny ou même celle de Lyon (28 octobre).

Cependant, en Tabsence de toute direction autorisée, la démoralisation avait fait des progrès difficiles à arrêter. Un conseil de guerre, réuni à Dijon, décida, à la presque unanimité, l'évacuation de cette ville. Elle eut lieu dans la nuit du 28 au 29, et la? garde nationale déposa ses armes.

De son côté, Werder recevait la même nuit les instructions du général de Moltke, en date du 23 octobre , et auxquelles noua avons^fait allusion. La fin prochaine de la résistance de Bazaine permettait à Tétat-major du roi de modifier la tâche imposée au XIV® corps. Désormais il n'aurait plus à se porter eur Bourges. On le renforçait des !'• et 4* divisions de réserve, on lui donnait pour objectif de couvrir l'Alsace , de flanquer la gauche de la IP armée dans son mouvement de Metz sur la Loire, enfin d'investir, puis d'assiéger Schlestadt, Neuf-Brisach et B^lfort. Son gros serait concentré à Vesoul,

1^ LôhleiD.

8. Le docleur Lavalle, arrêté le 29 octobre à Beaune par la popi^Iatiou, fut traduit lén couc martiale et acquitta).

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observant Besançon. Il occuperait fortement Dijon, en se couvrant vers Langres» . .'../'.

La multiplicité de ces tâches paraît avoir effrayé Werder, qui n'avait pas encore reçu les deux divisions de réserve dont l'arrivée lui était annoncée. Il décida de cQjicentrer d'a^ bord son corps d'armée autour de Vesoul, d'observer et .même d'investir Belfort,en occupant Gray et surveillant Besançon, il ferait occuper Dijon un peu plus tard, après l'arrivée des renforts prévus. .

Les ordres déjà donnés le matin du 29 octobre pour la marche sur Dijon furent donc annulés. Le XIV* corps tout entier dut reprendre le 30 la direction de l'est. Mais, à ce moment même, une patrouille rendait compte de l'évacuation de Dijon. L'importance de cette ville était suffisante pour justifier un nouveau contre-ordre. Il valait mieux exécuter sur-le-champ, sans coup férir, une opération qui pourrait devenir difficile si elle était ajournée.

Werder prescrivit donc à deux des brigades badoîses de se porter sur Dijoa le 30 octobre, tandis que le res.te du corps d'armée marcherait sur Yesoul, en laissant un fort détachement à Gray. Mais à peine l'évacuation de Dijon était? elle accomplie qu'un revirement se produisait parmi les habitants. Us prenaient les armes et accueillaient à coups de fusils les éclaireurs allemands. Des préparatifs de défense étaient faits et le colonel Fauconnet modifiait encore une fois ses ordres* Il avait cru devoir faire refluer ses troupes sur Beaune et même, en majorité, sur Lyon, sous prétexte qu'il n'avait paftles moyens de loger et d'alimenter un si fort effectif. Il reporta sur Dijon , par voie ferrée , 1,600 hommes de ligne, auxquels il comptait joindre 4,000 gardes nationaux. En réalité, il mit en ligne 3,600 hommes au plus contre les 12,000 hommes et les 6 batteries du général v. Beyer. Pourtant la résistance fut si vive que les Allemands se retirèrent le soir dans la partie nord des environs de Dijon. Werder autorisait même Beyer à pousser jusqu'à Mirebeau, en cas de besoin. Mais le colonel Fauconnet avait été tué; sa disparition fut le signal d'unie nouvelle évacuation. On arbora dans la nuit le

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