‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 109 sur 134 · EE UE · texte numérisé non relu

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un plateau, au pied des murs. Les fortifications élevées dans les dehors consistent en un certain nombre de tours maximiliennes, construites à peu près selon le système des tours de Lintz, sur le Danube, dans la haute Autriche. Cette fortificalion n'ayant pas encore subi l'épreuve d’une at- {aque, on ne saurait apprécier sa valeur.

Vérone communique avec l'Autriche par deux routes dont chacune est accompagnée d’un chemin de fer : la route du Tyrol, le long de l'Adige, et la route de Trieste, par Vicence, Venise et le Frioul. On conçoit dès lors quelles immenses ressources l'Autriche peut y concentrer et de quel poids pèse une pareille forteresse dans les destinées de l'Italie.

La plus célèbre des forteresses où quadrilatère est sans contredit celle de Mantoue. 3%

Le lac sur lequel s'élève cette’ tester esse n’est autre chose que le Mincio, s'élargissant sur ce point en‘forme de lac, pour s’écouler ensuite sous forme de rivière et se jeter dans le Pô, près de Governolo. La largeur du lac est de deux kilomètres : il forme comme une équerre dont une des deux branches va de l'est à l’ouest, et l’autre du nord au sud. C'est au coude de celte équerre que la ville est située; elle se trouve néanmoins | entourée par les eaux de toutes parts au moyen d’une saignée faite au lac pour procurer vers le sud un fossé au corps de la place, et un autre fossé en avant, destiné à couvrir les dehors. Ce côté du sud et du sud-ouest est le seul par lequel on puisse attaquer la ville, en cheminant par des travaux de sape et de tranchée, selon la méthode ordinaire des siéges. Aussi ce côté a-t-il été fortifié par une triple et quadruple ligne d'ouvrages défensifs, comme je vais le dire,

Mantoue est une ville de trente mille habitants. Elle soutient plusieurs monuments, construits sur les dessins de Jules Romain, entre autres la cathédrale et le palais des anciens ducs de la maison de Gonzague, dans l'ile du Té, île située au midi de la ville et enclavée dans les fortifications. Les Français ont décoré Mantoue d’une belle place en l'honneur de Virgile, sur laquelle s'élève la statue de ce grand poëte.

Mantoue communique avec l'extérieur par cinq issues, dont les principales sont formées par des chaussées. Ces chaussées, garnies d'écluses, maintiennent les eaux à la hauteur convenable, et il en résulte trois niveaux différents qui partagent le lac en lac supérieur, lac du milieu et lac inférieur : il y a sur le lac supérieur une flottille de guerre. On pense bien que les têtes de ces chaussées sont défendues par des forts. Sur celle du nord, à la porte Molina, s'élève la citadelle, ayant une double enceinte de défenses et un réduit. C’est une vaste forterésse qui commande toutes les approches du lac vers le nord, et qui, de plus, au moyen de ce

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qu'on nomme des manœuvres d'eau, peut inonder la campagne. Aux glacis de la citadelle aboutissent la route et le chemin de fer qui relient Mantoue à Vérone, communication qui était coupée, du moment que notre armée eut pris possession de la rive gauche du Mincio.

A la chaussée de l’est s'élève le fort Saint-Georges, presque aussi important que la citadelle, et qui joue le même rôle que celle-ci pour le commandement des approches de la rive orientale. A la porte Saint- Georges aboutit une autre route menant à Vérone par Isola della Scala. Une troisième chaussée, beaucoup moins longue que les deux autres, est celle de Pradella, à l’ouest, porte qui mène à la route de Crémone. Cette partie, qui est le côté faible de la place, est couverte d'un ouvrage à cornes et a été récemment renforcée par les Autrichiens au moyen de retranchements de maçonnerie qui s'étendent dans la campagne et qui ont pour réduit le corps de place défendu lui-même par son rempart et un Jarge fossé plein d’eau.

Nous voici à la partie méridionale appelée ile du Té, où se trouve une quatrième porte dite porte Ceresa, du nom d’un village voisin, et une cmquième issue appelée porte del Portello., sur le lac inférieur. C’est du côté de l'ouest et du midi-seulement, je l'ai dit, que la ville est accessible à des travaux de siège. Elle est néanmoins fermée de ce côté par une coupure ou portion de lac étroite, appelée le Païolo, prolongation du kc inférieur, dont l’eau bourbeuse et peu profonde exhale en été des miasmes délétères très-funestes à la garnison. Cette Ft de Mantoue comprend un quart de la place.

L'île du Té est couverte par un rempart bastionné, avec demi-lunes, chemins couverts et fossés. Là s'élève la tour d'observation dite tour de Ceresa, et en avant s’étendun vaste camp retranché, flanqué de bastions. Au delà encore, à l'extrémité sud-est, vis-à-vis le village de Pétiole et au bord du lac inférieur, est construit le petit fort du Migliaretto, destiné à bâltre de flanc les attaques dirigées sur le camp retranché de Ceresa. Outre les grandes qualités défensives qui ont fait acquérir à Mantoue la réputation d’une forteresse de premier ordre, cette place à l'avantage de commander le cours du Pô par les détachements que sa garnison entretient à Borgoforte et à Governolo. Au moyen d’un pont à Borgoforte, qui n’est qu'à deux lieues, les troupes établies à Mantoue passent à volonté sur la rive méridionale du Pô. Parle cours du Mincio, les chaloupes armées descendent du lac à Governolo pour entrer dans ce fleuve, dont Mantoue domine ainsi la navigation.

Mais cette célèbre forteresse a un très-grand défaut, c'est de pouvoir étre bloquée par un corps de troupes numériquement inférieur &e deux

liers à sa garnison, contrairement à la proportion requise dans tous les sièges. Cernée aussi bien que protégée par ses eaux, Mantoue n’a pour débouchés que quatre chaussées longues et étroites. La tête de ces chaussées est défendue par de bonnes fortifications, mais l'assiégeant en élève à son tour devant ces issues, il remplit d'eau ses fossés en saignant les nombreux canaux qui coupent le pays, il s'applique à faire des retranchements presque infranchissables, et dès lors la garnison, quelle que soit sa force, est-réduite à subir le blocus sans pouvoir exécuter aucune sortie, tandis que l’assiégeant déploie au dehors avec sécurité tous ses moyens d'attaque. | |

C'est ce qui est arrivé dans les deux siéges de Maéttoues subis en 1796 par les Autrichiens et en 1799 par les Français, double exemple qui prouve que. Mantoue ne vaut pas sa réputation; que sa situation au. milieu des eaux lui a seule donné jusqu’au siége de 1799 les apparences d'une place très-forte, et qu’elle ne peut tenir longtemps, dès qu'elle se trouve attaquée par une formidable artillerie de gros calibre, malgré les palliatifs que les Autrichiens ont pu RRPFIRE depuis aux défauts de ses fortifications.

Quoi qu'il en soit, l'armée alliée devait d’ abord: traverser le Mincio sans obstacle, et commencer ensuite les opérations d'investissement, pour-préparer les opérations de siège.

Le quartier général fut transporté le 29 juin à Volta; l'Empereur fit jeter plusieurs ponts sur le Mincio pour remplacer ceux que les Autrichiens avaient fait sauter dans leur retraite, et les premières divisions de notre armée commencèrent à défiler, musique en tête et tambour battant.

Quatre kilomètres seulement séparent Volta de Valeggio, premier village que l'on rencontre sur la rive gauche du Mincio, et où l'Empereur établit son quartier général le 1° juillet.

C'est entre Valeggio et Borghetto, c’est-à-dire au même endroit précisément, que les troupes sardes franchirent le Mincio, il y à onze ans, malgré la vigoureuse résistance des Autrichiens. Borghetto, situé en face de Valeggio, sur une hauteur, offre l'un des points de vue les plus pittoresques de la Lombardie. A ses pieds, le Mincio, encaissé dans un lit fort étroit, entre des rives escarpées, roule des flots précipités et bondit par dessus de hautes écluses, en cascades tumultueuses. Les ruines du chàteau de Valeggio complètent le charme du paysage ; mais ce qui lui donne un aspect grandiose et tout à fait étrange, ce sont deux manoirs féodaux élevés sur les deux rives du Mincio, et réunis autrefois par un pont, à l’aide duquel les Gonzague maiïtrisaient au moyen âge le passage du fleuve et de la vallée.

L'Empereur s’arrêla- quelques instants devant ce magnifique rideau. En cet endroit, les Autrichiens avaient brûlé un pont en bois, que nos pontonniers eurent bientôt reconstruit sur ses anciens piliers, en même temps qu'ils en jetaient un second en barques. Le Es de nos PS sur ce point dura la moitié de la journée.

L'Empereur passa à dix heures, et arriva à Naléggis vers sers heures dé demie. Une grande partie des habitants étaient aécourus au-devant de lui, et telle était leur allégresse en apercevant la tête de nos colonnes, qu'ils poussaient les cris de : Viva l'Imperatore ! viva il liberatore ! viva il vincitore ! longtemps avant que l'Empereur eût abandonné son quartier. général de Volta. Les hommes pleuraient, les femmes agitaient leurs mouchoirs, les jeunes filles jetaient à nos soldats des fleurs cueillies dans les champs. |

Aucune ville n'avait peut-être plus souffert que Valeggio du passage des Autrichiens. C'est d’ailleurs un de ces lieux marqués d'avance pour être le théâtre de luttes militaires ou pour servir de passage aux troupes. Les différentes actions que les Sardes eurent à y soutenir en 1848 lui ont donné une certaine célébrité. C'est là que le général Schlick avai reçu le commandement général de l’armée, sous les ordres de l’empereur François-Joseph [”. Celui-ci, accompagné de l’archidue Maximilien et du duc de Modène, coucha à Valeggio la veille de la bataille de Solferino. Des régiments, partis de Vérone le 24 au soir, traversèrent la ville le 25 au matin, affamés, à jeun depuis la veille. La commune n'ayant plus de pain, le général autrichien Pobligea à fabriquer à la hâte des miches de mais, avec lesquelles la faim des troupes fut tant soit peu apaisée. Elles reparlirent aussitôt pour se rendre dans la plaine de Guidizzolo, où elles allaient se heurter aux colonnes du général Niel. |

Après la déroute, on vit repasser les mêmes troupes sous le commandement du général Clam-Gallas. Elles étaient sans souliers, sans sacs, sans afmes, sans chefs. Les officiers, ne pouvant plus modérer leur fuite, étaient restés en arrière. Les soldats n’avaient pas même voulu passer par Volla, qui porte encore les traces des balles piémontaises de 1838. Is avaient pris des paysans et les poussaient en avant, la baïonnelte dans les reins, pour se faire indiquer la route la plus courte et la plus sûre afin d'arriver à Valeggio. Ils suivirent les crêtes des collines appelées les Besetti. En prévision d'une retraite précipitée, l'état-major autrichien avait fait construire des ponts subsidiaires le long du Mincio. I yen avait un à l'endroit dit les Buffoni, un second à côté du pont ordinaire de Borghetto, un troisième aux Ferri, un quatrième à Torre, d’autres encore à Goïto ct sur d’autres points. Après la retraite, ces ponts

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 253 avaient : tous été détruits pour arrêter. d'une heure la marche des Français.

“L'empereur RENE RRN F piéoidaite la retraite. Atteints par l'orage épouvantable qui sauva l'armée autrichienne de la poursuite rapide de nos soldats, le duc de Modène, l’archiduc Maximilien et l'empereur s'égarèrent. Ce dernier entra dans Valeggio à six heures un quart, consterné, abattu, exaspéré. Il ne s'y arrêla que quelques instants et reprit la route de Vérone.

Tandis qu'une partie de nos troupes traversait le Ménciesl à Valeggio, d'autres corps d'armée passaient par Goito, par Monzambano et par Pozzolo. Le lendemain, l’armée française tout entière était concentrée sur la rive gauche du Mincio; ses avant-postes campaient à Capo, à huit kilomètres de Vérone.

Partout l'ennemi avait disparu, laissant tout le long de la route des - travaux de défense qui témoignaient à la fois et de son découragement et de notre force.

Les Sardes, qui tenaient la droite de la ligne de l’armée ennemie, furent chargés de l'investissement de Peschiera. Le corps d'armée du maréchal Baraguey-d'Hilliers fut chargé de les appuyer, et le roi Victor-Emmanuel I fixa son quartier général d'abord à Rivoltella, puis à Ponte, sur le lac de Garde, à quatre kilomètres de la forteresse.

Le lac de Garde, connu des anciens sous le nom de Benacus, est le plus grand lac de l'Italie; il a trente-trois mille milles de long de Riva au nord à Peschiera ; au sud, 1l a une lieue de large dans sa partie supérieure, deux lieues de Torri à Maderne, et quatre lieues plus au sud vers la presqu'île Sermione. Il court du nord-est au sud-ouest, et il s’élève de cent mètres au-dessus de l'Adriatique ; sa profondeur va jusqu'à trois cents mètres en quelques endroits, et particulièrement entre Gargnano et Casteletto. Le cours principal reçu par ce lac est la Sarca, qui vient s'y perdre au nord, et en ressort à Peschiera sous le nom de Mincio. Des sources nombreuses paraissent l'alimenter, car ses eaux, très-limpides, sont près du fond froides en été et chaudes en hiver, même quand la surface est presque glacée. Ses vents réguliers sont le sovero (nord) et l'ora (sud). Il est exposé à des tempêtes qui y soulèvent de très-fortes vagues.

Le lac de Garde est renommé par la quantité prodigieuse de poissons de diverses espèces qu'il nourrit; plusieurs de ces espèces sont remarquables par la délicatesse de leur goût; les plus importantes sont : les sardines, qui s'avancent par flots au printemps et en automne vers la rive méridionale; les truites saumonées, les meilleurs poissons du lac; les aloses, les anguilles, les brochets, les carpes, les tanches,

les barbeaux, les ombres-chevaliers, et surtout les carpillons, qui ne se trouvent, dit-on, que dans ce lac et dans celui de Posta, dans les Abruzzes: les tancolos, qui sont rares; les ables, nageant par bancs immenses. Ses bords offrent plusieurs espèces de coquillages qui se distinguent par la variété de leurs couleurs. On y fait dans toute les saisons une pêche abondante, qui est l’objet d'un commerce important.

Un grand nombre de villes et de villages bien peuplés embellissent les rives de ce lac et présentent des ports sûrs et commodes: aussi la navigation, résultat d’un commerce assez considérable, y est-elle très-active. Le principal de ses ports est Desenzano, d’où l’on exporte dans le Tyrol les grains du Mantouan et du Brescian, et dont le vino santo est renommé. Les autres ports les plus fréquentés sont : Salo, ville de cmq mille habitants, ornée de plusieurs édifices remarquables et située au milieu d’un pays couvert d’oliviers, d'orangers, de citronniers, de müriers, de vignes; Toscolano, dont la population travaille dans de nombreuses fabriques de papiers ; Torri, Garda, Limone, Torbole, Peschiera, qui.expédient du poisson à Venise, à Milan et jusqu'à Gênes; Maderno, Bardolino, qui exploitent des objets fabriqués, des fers, des denrées.

Un des agréments du lac de Garde consiste dans les jardins disposés en terrasses où l'on cultive les orangers. Sur leur feuillage toujours vert se dessinent des piliers blancs en maçonnerie, supportant des {raverses de bois qui servent d'appui aux toitures et aux palissades sous lesquelles on abrite ces arbres pendant la saison rigoureuse.

Le lac de Garde, qui sert aujourd’hui de grande voie de communicalion entre l'Italie et le Tyrol, a été chanté par Virgile et Catulle, ainsi que par plusieurs poëtes modernes. Catulle habitait ses bords, à la pointe de la presqu'ile de Sermione : des ruines, qu’on y voit encore, sont considérées comme ayant fait partie de sa demeure. | |

Le 50 juin, on commençait vigoureusement les travaux d'investissement de Peschiera sur la rive gauche du Mincio : sur la rive droite, ils étaient déjà terminés. Le 5 juillet, tout était prêt pour l'attaque; le parc de siège était élabli, les canons rayés du calibre de 12 étaient placés ; les opérations se poursuivaient sur les deux rives du Mincio et du côté du lac de Garde.

C'est alors que commença la seconde partie de l'opération, qui consiste, lorsque l'investissement est complet, à le resserrer, à se rapprocher del’enceinte et à diminuer l'étendue de la circonvallation. Peschiera comptait alors une garnison de six mille hommes, qui faisaient rarement des sorties sans Importance, mais qui liraient toute la journée du haut des ouvr ages avancés sur les assiégeants.

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