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mar ; il a bien fallu lui dire enfin que les circonstances étaient sérieuses, et que le lendemain il pouvait se passer de grands événements pour la monarchie prussienne. Elle voulait que le Roi lui dît de s'en aller, et, en effet, elle fut mise dans le cas de partir.
Lord Morpeth, envoyé par la cour de Londres pour marchander le sangprussien, mission véritablement indigne d'un homme tel que lui, arriva le 11 à Weimar, chargé de faire des offres séduisantes et de proposer des subsides considérables. L'horizon s'était déjà fort obscurci. Le cabinet ne voulut pas voir cet envoyé ; il lui fit dire qu'il y avait peut-être peu de sûreté pour sa personne, et il l'engagea à retourner à Hamburg pour y attendre l'événement. Qu'aurait dit la duchesse de Devonshire si elle avait vu son gendre chargé de souffler le feu de la guerre, de venir offrir un or empoisonné, et obligé de revenir sur ses pas tristement et en grande hâte ? On ne peut que s'indigner de voir l'Angleterre compromettre ainsi des agents estimables et jouer un rôle aussi odieux.
On n'a point encore de nouvelles de la conclusion d'un traité entre la Prusse et la Russie, et il est certain qu'aucun Russe n'a paru jusqu'à ce jour sur le territoire prussien. Du reste l'armée désire fort les voir ; ils trouveront Austerlitz en Prusse.
Le prince Louis-Ferdinand de Prusse et les autres généraux qui ont succombé sous les premiers coups des Français sont aujourd'hui désignés comme les principaux moteurs de cette incroyable frénésie. Le Roi, qui en a couru toutes les chances et qui supporte tous les malheurs qui en ont été le résultat, est, de tous les hommes entraînés par elle, celui qui y était demeuré le plus étranger.
Il y a à Leipzig une telle quantité de marchandises anglaises qu'on a déjà offert 60 millions pour les racheter.
On se demande ce que l'Angleterre gagnera à tout ceci. Elle pouvait recouvrer le Hanovre, garder le cap de Bonne- Espérance, conserver Malte, faire une paix honorable et rendre la tranquillité au monde. Elle a voulu exciter la Prusse contre la France, pousser l'Empereur et la France à
bout. Eh bien, elle a conduit la Prusse à sa ruine, procuré à l'Empereur une plus grande gloire, à la France une plus grande puissance, et le temps approche où Ton pourra déclarer l'Angleterre en état de blocus continental. Est-ce donc avec du sang que les Anglais ont espéré alimenter leur commerce et ranimer leur industrie? De grands malheurs peuvent fondre sur l'Angleterre. L'Europe les attribuera à la perte de ce ministre, honnête homme, qui voulait gouverner par des idées grandes et libérales, et que le peuple anglais pleurera un jour avec des larmes de sang.
Les colonnes françaises sont déjà en marche sur Potsdam et Berlin. Les députés de Potsdam sont arrivés pour demander une sauvegarde.
Le quartier général est aujourd'hui à Wittenberg.
16e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE.
Wittenberg, 28 octobre 1806.
Le duc de Brlinswick a envoyé son maréchal du palais à l'Empereur. Cet officier était chargé d'une lettre par laquelle le duc recommandait ses Etats à Sa Majesté.
L'Empereur lui a dit : « Si je faisais démolir la ville de « Brunswick, et si je n'y laissais pas pierre sur pierre, que « dirait votre prince ? La loi du talion ne me permet-elle pas « de faire à Brlinswick ce qu'il voulait faire dans ma capitale? « Annoncer le projet de démolir des villes, cela peut être « insensé ; mais vouloir ôter l'honneur à toute une armée de « braves gens, lui proposer de quitter l'Allemagne par journées « d'étapes, à là seule sommation de l'armée prussienne, « voilà ce que la postérité aura peine à croire. Le duc de « Brunswick n'eût jamais dû se permettre un tel outrage. « Lorsqu'on a blanchi sous les armes, on doit respecter l'hon- « neur militaire ; et ce n'est pas d'ailleurs dans les plaines de * la Champagne que ce général a pu acquérir le droit de trai- « ter les drapeaux français avec un tel mépris. Une pareille « sommation ne déshonorera que le militaire qui l'a pu faire.
« Ce n'est pas au roi de Prusse que restera ce déshonneur; « c'est au chef de son conseil militaire, c'est au généralàqui, « dans ces circonstances difficiles, il avait remis le soin de ses « affaires ; c'est enfin le duc de Brunswick que la France et « la Prusse peuvent accuser seul de la guerre. La frénésie « dont ce vieux général a donné l'exemple a autorisé une « jeunesse turbulente et entraîné le lioi contre sa propre « pensée et son intime conviction. Toutefois, Monsieur, dites « aux habitants du pays de Brunswick qu'ils trouveront dans « les Français des ennemis généreux ; que je désire adoucir « à leur égard les rigueurs de la guerre, et que le mal que « pourrait occasionner le passage des troupes serait contre mon « gré. Dites au général Brunswick qu'il sera traité avec tous « les égards dus à un officier prussien, mais que je ne puis « reconnaître dans un général prussien un souverain. S'il « arrive que la maison de Brtinswick perde la souveraineté de « ses ancêtres, elle ne pourra s'en prendre qu'à l'auteur des c deux guerres qui, dans l'une, voulut saper jusque dans ses « fondements la grande capitale, qui, dans l'autre, prétendait « déshonorer 200,000 braves qu'on parviendrait peut-être « à vaincre, mais qu'on ne surprendra jamais hors du chemin « de l'honneur et de la gloire. Beaucoup de sang a été versé « en peu de jours ; de grands désastres pèsent sur la monar- « chie prussienne. Qu'il est digne de blâme cet homme qui, « d'un mot, pouvait les prévenir, si, comme Nestor élevant « la parole au milieu des conseils, il avait dit : Jeunesse « inconsidérée, taisez-vous ; femmes, retournez à vos fu- « seaux et rentrez dans l'intérieur de vos ménages ! Et vous, « Sire, croyez-en le compagnon du plus illustre de vos pré- « décesseurs; puisque l'empereur Napoléon ne veut pas la « guerre, ne le placez pas entre la guerre et le déshonneur; « ne vous engagez pas dans une lutte dangereuse avec une « armée qui s'honore de quinze ans de travaux glorieux, et « que la victoire a accoutumée à tout soumettre. Au lieu de « tenir ce langage, qui convenait si bien à la prudence de « son âge et à l'expérience de sa longue carrière, il a été le « premier à crier atwc armes ! il a méconnu jusqu'aux liens
« du sang, en armant un fils contre son père ; il a menacé de « planter ses drapeaux sur le palais de Stuttgart; et, accom- « pagnant ces démarches d'imprécations contre la France, il « s'est déclaré l'auteur de ce manifeste insensé qu'il avait « désavoué pendant quatorze ans, quoiqu'il n'osât pas nier « de l'avoir revêtu de sa signature. »
On a remarqué que, pendant cette conversation, l'Empereur, avec cette chaleur dont il est quelquefois animé, a répété souvent : « Renverser et détruire les habitations des « citoyens paisibles, c'est un crime qui se répare avec du « temps et de l'argent ; mais déshonorer une armée, vouloir c qu'elle fuie hors de l'Allemagne devant l'aigle prussienne, « c'est une bassesse que celui-là seul qui la conseille était « capable de commettre. »
M. de Lucchesini est toujours au quartier général. L'Empereur a refusé de le voir -, mais on observe qu'il a de fréquentes conférences avec le grand maréchal du palais Duroc. * L'Empereur a ordonné de faire présent, sur la grande quantité de draps anglais qui a été trouvée à Leipzig, d'un habillement complet à chaque officier, et d'une capote et d'un habit à chaque soldat.
Le quartier général est à Kropstàdt.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU GRAND-DUC DE BERG
Kropstiult, 23 octobro 1806.
L'Empereur vous ordonne, mon Prince, de porter demain votre quartier général à Potsdara. Vous dirigerez le général Lasalle sur Charlottenburg qu'il pourra occuper sans s'approcher de Berlin. Le 13e de chasseurs à cheval sera dirigé sur la route de Berlin, avec défense de s'en approcher à plus d'une lieue-, les dragons de Beaumont seront cantonnés une lieue en avant sur la route de Berlin.
La 2* division de cuirassiers sera placée entre Beelitz et Potsdam.
L'Empereur voulant donner une preuve de sa satisfaction
264 CAMPAGNE DE PRUS8E.
au 3* corps commandé par le maréchal Davout, entend et veut que ce corps entre le premier à Berlin.
Vous trouverez ci-joint, mon Prince, les ordres donnés aux maréchaux Davout, Bernadotte, Lannes et Augereau.
Le quartier général de PEmpereur sera demain à Potsdam.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL LANNES
Kropstâdt, 83 octobre 1806.
L'Empereur ordonne, M. le Maréchal, que vous vous rendiez demain 24 à Potsdam avec votre corps d'armée ; toute votre cavalerie légère se dirigera partie sur Spandau pour surprendre cette forteresse si elle n'est pas en état de défense ; vous y mettrez un officier du génie ; votre cavalerie légère arrêtera aussi tous les convois qui se dirigeraient de l'Elbe sur Berlin ; elle poussera des partis sur les routes de la basse Elbe dans toutes les directions. Vous dirigerez une autre partie de votre cavalerie légère sur Brandenburg; elle aura trois buts : le premier de faire sa jonction avec le maréchal Bernadotte qui doit être demain au soir 24 à Brandenburg; le deuxième, d'arrêter tout ce qui de Brandenburg se dirigera sur Potsdam ; le troisième, d'envoyer des partis à Ketzin pour intercepter la communication qui de Berlin va sur l'Elbe.
Je donne l'ordre au prince Joachim d'éclairer avec sa cavalerie légère la route de Berlin et celle de Charlottenburg sans cependant entrer dans la ville de Berlin.
Le petit quartier général de l'Empereur se rendra demain à Potsdam ; vous aurez soin de faire garantir le palais et les autres édifices.
Le général René et le commissaire des guerres que M. Daru a nommé, devront arriver à Potsdam avec les premiers éclaireurs afin de mettre sur-le-champ l'ordre dans la ville.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL AUGEREAU
Kropstadt, as octobre 1806.
L'Empereur ordonne à M. le maréchal Augereau de se rendre demain 24 avec son corps d'armée entre Beelitz et Saarmund; il attendra de nouveaux ordres.
Le quartier général de TEmpereursera demain à Potsdam.
Il est ordonné à M. le maréchal Lefebvre de partir demain 24 de manière que son corps soit réuni à 6 heures du matin À Marzahn d'où il continuera sa marche pour aller coucher à Fotsdam ; mais comme la route est longue et qu'il y a des hommes fatigués dans la Garde à pied, il en formera un détachement qui ira coucher à Beelitz1.
Le quartier général de l'Empereur sera demain à Potsdam.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL BE 881 ERE S
Kropstadt, 23 octobre 1806.
L'intention de l'Empereur, M. le Maréchal, est que la cavalerie de sa Garde parte demain 24, savoir : les chasseurs à cheval à la pointe du jour et les grenadiers à cheval après le départ de l'Empereur pour se rendre savoir : les chasseurs à Potsdam et les grenadiers à Beelitz.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU GÉNÉRAL HULLIN
Kropstiidt, 23 octobre 1806.
Du moment que vous serez entré à Berlin, Général, vous ferez traduire en allemand et imprimer à mi-marge, enfran-
1. De Kropstadt à Marzahn, 5 kil. ; — do Marzahn à Beelitz, 29 kil. ; de BeeliU à Potsdain, 20 kil.
Le 17* bulletin, du 25, fait connaître que la Garde arriva à Potsdam à 9 heures du soir; les grenadiers étaient en route depuis 5 heures du matin, soit 16 heures. Si l'on compte 14 lieues, ils ont eu 14 heures de marche et 3 heures de repos.
çais d'un côté et en allemand de l'autre, la partie politique contenue dans le journal ci-joint; vous y joindrez la proclamation de l'Empereur à son armée, et vous ferez afficher cela dans toutes les rues.
Vous ne mettrez point que c'est extrait d'un journal.
Vous ferez également imprimer un grand nombre de la relation ci-jointe et vous la ferez répandre dans le public.