LE MAEÉCHAL SOULT AU MARÉCHAL NEY
Hohen-Warsleben, 23 octobre 1806, 10 heures du soir.
Enfin, mon cher Maréchal, voilà la colonne du duc de Weimar qui s'annonce. Un parti que j'avais envoyé sur Helmst&dt a été attaqué aujourd'hui à midi à une lieue en arrière de cet endroit par l'avant-garde de cette colonne et a été ramené jusqu'en arrière d'Erxleben ; il a même perdu quelques hommes, mais il a appris par 3 prisonniers qu'il a faits1 que cette colonne était composée de 16 bataillons, tous bien complets, et de 4 régiments de cavalerie. Ils ont dit en outre que la colonne se dirigeait sur Magdeburg et qu'elle voulait y entrer quelque obstacle qu'on lui opposât. La chose ne me paraissant pas aussi aisée qu'ils se l'imaginent, demain, à la pointe du jour, je marcherai à sa rencontre avec 2 divisions d'infanterie et une partie de ma cavalerie*. Je laisse devant Magdeburg une autre division d'infanterie et 2 régiments de cavalerie; car il est vraisemblable que sitôt que l'ennemi qui est dans la place sera instruit de l'engagement, il fera sortir une partie de ses forces pour faire diversion. Si, après avoir pris cette disposition, vous jugiez convenable de faire porter à gauche, dans la direction de Eichenbarleben, le restant de votre cavalerie et présenter même une tête de colonne d'infanterie, je crois que l'ennemi ainsi enveloppé ne pourrait échapper et que nous aurions tout ce qui compose cette colonne. Je vous dis de confiance ce que dans cette circonstance il me paraîtrait convenable de faire. Croyez, je vous prie, que je n'y mets aucune préten-
i- Voir le rapport du Maréchal à l'Empereur du 84 au soir. Le maréchal Soult connaissait donc le 23 au soir le résultat de la seconde reconnaissance sur Helmstàdt le 23 à midi. Comme la cavalerie légère se trouvait tout entière à Wbllmirstadt, les renseignements sont parvenus directement au maréchal Soult à Hohcn-Warslehen.
>• Ordres donnés le 23 au soir en môme temps que le maréchal Soult faisait cette lettre au maréchal Ney. Ces ordres ne se trouvent pas sur le registre du maréchal Soult ; en raison de la grande hâte ils ont dû être expédiés de suite par des officiers sans que Ton prit môme le temps de les enregistrer.
tion, et que, si vous aviez été le premier prévenu, j'eusse reçu avec plaisir et reconnaissance vos avis. Obligez-moi de me dire ce que vous ferez, pour qu'au besoin je règle làdessus mes dispositions.
LE GÉNBKAL LBGBAND, COMMANDANT A BAIREUTH, A S. A. LE MAJOR GÉNÉRAL.
Rapport du 23 octobre '.
Le 3e bataillon du 25e léger qui avait ordre de se réunir à Baireuth pour rejoindre le 6e corps s'est mis en route le 22, à l'exception d'une compagnie qui avait pris les devants, et s'est dirigé sur Leipzig1.
La division des troupes de Bade sous les ordres du major général de Clossmann a passé le 22 en cette ville ; elle en est partie le 23 pour aller prendre position à Hof. Cette division est forte de 82 officiers et 2,839 hommes de troupe ; elle a 6 pièces de canon, 2 obusiers, 71 caissons et 130 hommes du train.
La 2e division des troupes bavaroises est en route ; elle marche sur 2 colonnes dont l'une doit passer le 24 à Baireuth et l'autre le même jour à Wonziedel ; elle a reçu les ordres de V. A. qui la dirigent sur Dresde.
Le commandant des troupes bavaroises à Culmbach ne m'a pas encore envoyé son état de situation ; il a environ 1,100 hommes.
31 déserteurs de Prusse ont été conduits sous escorte à Bamberg pour continuer leur route sur Landau.
9 officiers prussiens prisonniers sur parole sont arrivés le 21 dans le pays de Baireuth leur patrie.
Un bataillon du contingent de Wiirzburg fort de 1,000 hommes est arrivé à Baireuth le 21 de ce mois. J'en ai passé la revue : la tenue est bonne, 100 hommes seulement ne sont pas habillés ni armés. Ce bataillon a 2 pièces de canon et 2 caissons. Ci-joint l'état de situation.
Police intérieure. — Le président de la régence du pays de Bai-
1. C'est un rapport du môme genre que cbaquo gouverneur de province, chaque commandant d'armes devait chaque jour au Major général de l'armée. Un adjudant-commandant était chargé do suivre cette correspondance à l'élatmajor général.
2. Ce bataillon avait escorté le grand parc d'artillerie d'Ulm à Wiirzburg. Voir léna, page su. Le 35e léger n'avait donc que 2 bataillons présents à la bataille.
reuth m' ayant prévenu que le lieutenant- colonel qui commande le bataillon des troupes bavaroises faisant le blocus du fort de Plassemburg près Culmbacb avait fait une réquisition de 3,000 florins pour la solde de ses troupes, j'ai écrit à ce colonel pour qu'il me rendît compte en vertu de quel ordre il se permettait de lever cette contribution; sa réponse, que je joins ici, ne m 'ayant pas paru satisfaisante, je lui ai défendu de faire aucune espèce de réquisition et j'ai autorisé la régence à s'y refuser jusqu'à ce que j'aie pris les ordres de V. A. J'ai su depuis que cet officier avait menacé les magistrats de Culmbach de les mettre à exécution s'ils ne payaient pas et qu'il en avait déjà reçu 1.000 florins à compte.
Je supplie Y. A. de vouloir bien me faire connaître ses intentions afin que je puisse à l'avenir me conduire en conséquence.
Esprit public. — Les victoires de S. M. I. et R. ont un peu rabaissé l'orgueil des habitants du pays, mais n'ont apporté aucun changement dans leur attachement à la Prusse.