L EMPEREUR A M. DE LA ROCHEFOUCAULD, A VIENNE
Potsdam, 26 octobre 1806.
J'ai reçu votre lettre du 20. J'ai fait donner l'ordre au général Andréossy de se porter à Prague, au quartier général du prince Charles, s'il est vrai que ce prince y soit à la tête d'une armée de 60,000 à 80,000 hommes. Si vos renseignements sont exacts, causez-en avec le ministère. Dites qu'il est ridicule de tenir une armée aussi considérable dans des provinces frontières, sous prétexte de maintenir sa neutralité que personne ne veut violer, ce qui peut tout au plus mériter 10,000 à 12,000 hommes ; qu'il serait convenable de cesser ces préparatifs qui ne sont propres qu'à inspirer la défiance ; qu'on arme partout en Autriche, secrètement; qu'on fait rejoindre les semestriers ; qu'on organise les remontes, etc.
Si tout cela est vrai, ne vous contentez pas d'en parler au ministre, parlez-en à l'Empereur. Vous ne manquerez pas d'observer que c'est ainsi qu'on commence les guerres et qu'on entraîne les puissances où elles ne veulent pas aller. Je désire que vos représentations les portent à diminuer ces armements et à songer surtout à ce qu'ils font.
Je suis à Berlin depuis deux jours. L'armée prussienne est tout à fait détruite ; j'en ai pris, dispersé, tué les deux tiers ; ce qui reste est sans fusils, sans bagages, etc. Cependant la plus grande partie de mon armée n'a pas donné ; de manière que j'ai plus de 100,000 hommes qui n'ont pas tiré un coup de fusil.
l'empereur au général songis.
Potsdam, 26 octobre 1806.
Je vous ai fait connaître l'importance que j'attache à la place de Wittenberg. Il est donc nécessaire d'y expédier, sans délai, une trentaine de pièces de canon, de celles trouvées à Berlin, et des mortiers et obusiers. Je désire beaucoup que dans 6 ou 7 jours cette place soit armée.
l'empereur a l'intendant général.
Charloltenburg, 26 octobre 1806.
Je vous ai fait connaître qu'Erfurt et Wittenberg étaient des dépôts de l'armée. Spandau est une place que l'ennemi ne prendra jamais ; elle est située sur la Sprée à 2 lieues de Berlin. C'est dans cette place qu'on doit mettre tous les dépôts de l'armée, car mon intention n'est point de garder Berlin. Il y a dans ce moment-ci dans le fort de Spandau 2 fours capables de confectionner 10,000 rations par jour. J'ai ordonné au génie de désigner l'emplacement pour construire les fours nécessaires à la confection de 60,000 rations par jour. Faites construire ces fours ; faites aussi travailler à faire autant de biscuit qu'il sera possible, sans nuire au service
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journalier. Il y a à Spandau des magasins très-considérables ; à la visite que j'en ai faite, je pense qu'il y a au moins 60,000 quintaux de farine et autant de seigle ou de blé ; cela suffit pour nourrir mon armée pendant 2 mois. Mon intention est que ces magasins soient augmentés au lieu d'être diminués, que le seigle et le blé soient convertis en farines, les farines en biscuit. Il faut donc que demain, avant la pointe du jour, il y ait un commissaire des guerres dans le fort de Spandau ; qu'il y reste sans que sous aucun prétexte il puisse en être retiré ; qu'il y ait un garde-magasin et un inspecteur des vivres. Les inventaires seront faits sans délai , et vous nommerez un auditeur pour assister auxdits inventaires. Vous prendrez des mesures pour réunir dans la citadelle de Spandau 1,500,000 boisseaux d'avoine, des légumes, du riz et de l'eau-de-vie ou de la bière pour l'armée pendant 2 mois. Je n'ai besoin à Berlin que du journalier de l'armée.
Tousies effets d'habillement qui seraient àBerlin ou ailleurs devront être réunis à Spandau; s'ils ne peuvent tenir dans la citadelle, on les mettra dans la ville. On réunira à Spandau mes moyens pour les hôpitaux. On retirera de Berlin ce qui sera nécessaire. On formera à la citadelle, dans le local que désignera le génie, un hôpital pour 1,200 blessés, et dans la ville 3 hôpitaux, chacun de 200 ou 300 malades. J'autorise qu'on établisse à Berlin un hôpital pour 400 malades ; je rie veux point de blessés à Berlin.
LE MARÉCHAL DAVOUT A L'EMPEREUR
Friedrichsfeld, 26 octobre 1806.
J'ai l'honneur de rendre compte à V. M. que de mon quartier général de Luckenwald le 24 à 5 heures du matin j'ai fait diriger par des chemins détournés sur Fûrstenwald et de là sur Francfort, 2 trompettes prussiens qui avaient accompagné le 14 l'aide-de-camp du maréchal Kalkreuth. L'officier d'état-major que j'ai chargé de cette mission est très-intelligent ; il n'a pas encore reparu.
Dès le 24 au soir, 3 partis de cavalerie légère ont été poussés sur Mittenwald et Konigswusterhausen ' ; là ils se sont séparés -, l'un s'est porté directement par Storkow sur Neubrtick, point de jonction du canal de l'Oder avec la Sprée ; les 2 autres remontant la rive droite de la Sprée se sont dirigés l'un sur Francfort et l'autre sur Mtillrose, centre du canal de navigation.
Dans la nuit du 25 au 26, j'ai donné ordre au général Viallannes, commandant ma cavalerie légère, de marcher sur Francfort en se faisant flanquer par des partis sur les routes de Kttstrin et de Ftirstenwald *.
Je pense par ces mesures avoir rempli les intentions de V. M. ; j'attends incessamment les premiers rapports; le général Viallannes a l'ordre de s'emparer de Francfort et de maîtriser le pont s'il n'a point encore été coupé.
Je viens d'être instruit que le canon se faisait entendre au loin du côté d'Oranienburg ; je fais partir un officier pour aller aux renseignements.
J'ai eu l'honneur d'adresser cette nuit à S. A. le Major général un rapport de divers voyageurs auquel V. M. peut ajouter foi.
On me prévient qu'il vient d'arriver à Berlin un espion prussien; je donne Tordre qu'il soit arrêté à l'instant. Il arrive de Francfort.
T,E MARÉCHAL DAVOUT AU MAJOR GÉNÉRAL
Friedrichsfeld, 26 octobre 1806.
J'ai l'honneur de rendre compte à V. A. du résultat des partis qui, dès le 24, avaient poussé pour intercepter la navigation du canal de jonction de l'Oder et de la Sprée. Le
i. De Ricksdorf à Konigswusterhausen, 23 kil. ; — de Konigswusterhausen à Storkow, 22 kil. ; — do Storkow à Neubrûck, 26 kil. ; — de Konigswusterhausen à Fiirslenwald, Si kil. ; — de Fûrslenwald à Francfort, 32 kil. ; — do Storkow par Beeskow à Mùllrose, 39 kil.
2. De Kaulsdorf à Mûnchberg, 38 kil.; — de Mùnchberg à Francfort, 33 kil. ; — de Mûnchberg à Kustrin, 35 kil.
rapport du général Viallannes, dont je joins ici copie, fera connaître à V. A. les prises faites par ces partis, et je m'empresserai de lui adresser les nouvelles des 3 autres partis envoyés sur la Sprée.
D'après les ordres de S. M. j'ai envoyé dès hier la division de dragons du général Beker sur Oranienburg avec ordre de prendre ceux de S. A. le grand-duc de Berg.
Si le général Viallannes parvient à surprendre le pont sur l'Oder, d'après les mesures que j'ai prises, j'en serai instruit demain avant midi ; j'y enverrai aussitôt, à moins d'ordres contraires de V. A., le 17e de ligne qui y arrivera avec quelques pièces de canon pour y être dans la nuit du 27 au 28.
S. M. m'ayant fait connaître la prise de la forteresse de Spandau, j'en ai fait part à l'armée par la voie de l'ordre.