LE MARÉCHAL SOULT AU GÉNÉRAL MARGARON
us octobre î&Ofl.
L'ennemi est décidément en retraite sur Magdeburg. Hier il était à Gross-Sïïmmern encombre de bagages et d'artillerie, et ees troupes extrêmement fatiguées : avec les 3 régiments de cavalerie que voue commandez y vous prendrez de suite
i. Le (.i rail '1 -il ne a donc reçu des nouvelles du général Lasallu à Laugeasalza le 16 après 9 heures du soir.
cette direction (Gross-Sômmern) et vous marcherez jusqu'à ce que vous ayez joint les derrières de l'ennemi, l'attaquerez immédiatement et l'obligerez à prendre position pour se défendre, et ainsi donner au corps d'armée le temps d'arriver1.
11 est inutile que vous envoyiez des troupes sur Erfurt; cette ville est déjà cernée par le maréchal Ney.
Je me mets en marche avec le corps d'armée pour suivre votre mouvement et me diriger aussi sur Gross-Sômmern, et j'emmène avec moi une division de dragons pour vous soutenir.
Rendez-moi fréquemment compte des renseignements que vous aurez sur l'ennemi, des prises que vous lui aurez faites et de la nature des chemins que vous aurez parcourus, afin que j'en profite pour le corps d'armée.
Les ordres et instructions du maréchal Soult sont des modèles de concision. H est à souhaiter que tout le monde se pénètre de la nécessité de donner des ordres laconiques et précis ; ceux-là seuls sont lus à la guerre. Les ordres longs et diffus, où tout vent être prévu minute par minute, portent le cachet de la médiocrité. — A la guerre le temps presse pour donner des ordres et pour les exécuter ; il les faut brefs pour qu'ils soient saisis rapidement. Le chef dicte ou rédige lui-même ses ordres; son état-major les expédie seulement. Tous les ordres, toutes les instructions du maréchal Soult sont sur son registre particulier, portent l'empreinte de sa rédaction ; c'est son œuvre à lui. Son chef d'état-major a un registre pour son service de chef d'état-major, registre sur lequel figure l'expédition des ordres lorsque le Maréchal les donne sous forme d'ordre et non sous forme de lettre ou d'instructions.
Aujourd'hui, par suite d'un bouleversement dans le service occasionné par l'introduction de complications inutiles dans la rédaction des ordres1, les états-majors se sont emparés de la rédaction des ordres de mouvement. — La rédaction des ordres est le service le plus important du commandement.
i . Et ainsi faire perdre à l'ennemi la demi-marche qu'il a gagnée après la bataille.
s. An Ueu de se servir dans la rédaction des ordres du langage courant et de dire les choses comme elles se présentent à l'esprit, on a imaginé, sous prétexte de méthode, un langage de convention encombré d'une série de paragraphes et de numéros. Pour retenir tout ce fatras, il faut une mémoire prodigieuse qui serait mieux employée à retenir des choses plus utiles.
L'état- major s'est élevé, il est sorti de ses fonctions ; il a voulu se substituer au commandement ; le commandement, lui, semble s'être amoindri.
Dans Tannée de l'Empereur, le commandement était plus laborieux, l'état-major plus modeste. C'est la paperasserie envahissante imaginée par des intelligences de second ordre, qui est la cause de cette perturbation dans les attributions.
Par Bon activité, par une grande force de caractère, le commandement doit reprendre sa place et réduire l'état-major à son rôle effacé d'aide.
OEDBB.
16 octobre 1806.
Le corps d'armée se mettra en marche sur-le-champ pour se diriger sur Gross-SCmmern en passant par Schwerst&dt, afin de joindre l' ennemi et de le combattre.
Les divisions marcheront la 8e en tête, ensuite la 2e, puis la lre. Les compagnies d'artillerie légère marcheront avec la 3* division, ainsi que les sapeurs et les pontonniers, ceux-ci en tête.
Dans la marche, MM. les généraux auront soin d'éviter autant que possible les défilés, en tournant pour cet effet les villages, et ils feront marcher les troupes en colonne, même sur plusieurs colonnes ', si cela se peut, pour diminuer la profondeur, et ainsi donner aux divisions de gauche le temps d'arriver. La marche d'aujourd'hui sera peut-être longue *; car il s'agit de joindre l'ennemi et de tâcher de le détruire. Aussi MM. les généraux feront serrer le mouvement et donneront tous les ordres nécessaires pour qu'aucun corps ni individu ne reste en arrière.
M*1 Soult.
L'ordre de mouvement est extrêmement concis, tout en étant complet s. Ce qui n'a pas trait au mouvement général, ce qui n'in-
l. Marcher sur plusieurs colonnes ne signifie pas marcher sur plusieurs roules.
s. Elis fut de 86 à 37 kilomètres pour la masse du corps d'arméo el de 40 kilomètres pour l'avant-garde.
S. L'ordre de mouvement est toujours bref. — Le commandant de corps «t'.i ni! ■■!.■ qui reçoit les ordres de l'armée au milieu de la nuit ou dans la matinée, n'a pas le temps de faire un ordre long. Souvent môme il met sou corps d'armée en marche sans avoir donné d'ordre de mouvement écrit. Le 15, le 4« corps réuni, le maréchal Soult se porte sur Bultelstadt ; il nVxiste pas d'ordre de mouvement sur le registre du Maréchal. Il en est de
tèresse que certaines troupes ou certaines fractions du corps d'armée, dont le mouvement sera indépendant de celui de la masse du corps d'armée, fait l'objet d'instructions spéciales, comme celle pour le général commandant la cavalerie, ou d'ordres particuliers comme le suivant pour le chef d'état- major et le commandant de l'artillerie.
Buttelstâdt, 16 octobre 1806.
L»a division de dragons commandée par le général Sahuc ayant ordre de joindre le corps d'armée à ButtelstUdt, le général Compans enverra au-devant d'elle un officier pour la prendre, lui faire suivre la marche du corps d'armée et la porter même en tête de l'infanterie aussitôt que possible, en évitant cependant d'arrêter en aucune manière la marche de l'infanterie. Il laissera également ordre au 22* régiment de chasseurs de suivre le mouvement du corps d'armée et de se porter, aussitôt qu'il le pourra, en tête de la colonne. Le général Lariboisière donnera ordre au parc d'artillerie de suivre le mouvement du corps d'armée et de faire tout ce qu'il pourra pour approcher le plus possible.
M'1 Soult.
Lie chef d'état-major reçoit donc du commandement des ordres écrits qu'il est chargé de faire exécuter soit directement, soit en les transmettant aux officiers qu'ils concernent.
Pendant la nuit le Maréchal fut instruit qu'une colonne ennemie à laquelle se trouvait le roi de Prusse était à Gross-Stimmern et
môme pendant toute la campagne de Friedland, et cependant les inscriptions se font au jour le jour sur le registre, attendu que les rapports du Maréchal à l'Empereur et au Major général s'y trouvent. — Les ordres donnés par le maréchal Soult pour le mouvement du 8 octobre, Iéna, page 859, du 4, pages t$8 et 309, du 7, page 352, du 8, page 879, du 9, page 419, du 10, page 449, duli, page 485, sont trop longs. On sent que le Maréchal est loin de l'ennemi, qu'il a le temps de composer un ordre de mouvement et que ses généraux, eux aussi, ont le temps de le lire. Lorsqu'on est en présence, il faut plus de concision; la fatigue, le temps vous y obligent, et si les ordres étaient trop longs, les subordonnés, au lieu de lire les ordres, ne feraient que les parcourir et ne se donneraient pas la peine de retenir ce qu'ils contiennent. Tout se sont de l'activité qui rogne dans l'armée.
Je ne parle pas des ordres de mouvement donnés par les généraux de division. La division est toujours réunie ; le général de division n'a donc qu'à indiquer l'heure à laquelle les troupes doivent ôtro prêtes ; il est là pour les mettre en marche. Par suite pas d'écritures inutiles. Là aussi beaucoup de simplicité.
qu'il y avait dans cet endroit un grand encombrement de bagages : le 16 à la pointe du jour il 7 dirigea le corps d'armée. L'ayant-garde arriva à Gross-Sômmern lorsque les dernières troupes de l'ennemi en sortaient, et elle put encore lui enlever beaucoup de caissons et une grande quantité de bagages. Comme elle se disposait à poursuivre l'ennemi, le général de division Klein qui était arrivé depuis minuit à hauteur de Gross-Sômmern sur la route d'Erfurt à Weissensee avec la division de dragons qu'il commande, fit dire qu'il croyait qu'il y avait un armistice entre les deux armées et que dans cette persuasion il n'avait pas fait attaquer l'ennemi lorsqu'il était passé à sa portée, se retirant sur Greussen. Ce faux avis retarda pour on moment la marche de l'avant-garde, mais aussitôt que le Maréchal fut instruit du motif, il lui donna ordre de reprendre son mouvement et de le pousser même avec plus d'activité qu'auparavant.
A 3 heures la cavalerie arriva devant Greussen et se trouva en présence de la colonne ennemie qui s'était formée sur plusieurs lignes en avant et en arrière de la ville. La rapidité de ce mouvement étonna le général prussien de Kalkreuth qui commandait la colonne... (Journal des opérations du 4* corps.)
LE MARÉCHAL SOULT AU MAJOR GÉNÉRAL
Greussen, 16 octobre 1806, 11 heures et demie du soir.
J'ai l'honneur de rendre compte à V. A. de l'arrivée du corps d'armée à Greussen, et de la prise de position sur les hauteurs en arrière de ce bourg; une avant-garde est portée en avant de cet endroit sur la route de Sonderahausen.
Ce matin en arrivant à Gross-Sflmmern, j'ai été instruit qu'une colonne ennemie forte de 12,000 hommes en était partie à 7 heures et même que S. M. le roi de Prusse 7 avait couché ; j'ai fait de suite suivre la direction qu'avait prise cette colonne en se retirant, et sur le soir j'ai encore pu l'atteindre à Greussen ayant ses lignes formées et paraissant prête à soutenir le combat.
Lorsque l'avant-garde a été à portée de cette colonne, un parlementaire s'est présenté et a déclaré au nom du général Kalkreutth, commandant en chef l'armée prussienne, qu'il
croyait qu'une trêve ou armistice avait été conclue entre S. M. l'Empereur et le roi de Prusse, et qu'il avait même reçu ordre de son Souverain de ne point faire feu sur les troupes françaises si elles se présentaient; ce parlementaire m'a en outre fait prier de vouloir bien accorder à ce sujet une conférence à M. le général Kalkreuth,
ITétant rendu aux avant-postes, le général Kalkreuth m'a répété la même chose, et m'a dit qu'il garantissait sur son honneur que des propositions d'armistice avaient été faites et qu'il croyait même qu'elles avaient été acceptées par l'Empereur, et m'a prié en conséquence de n'engager aucune affaire jusqu'à ce que des ordres m'aient été donnés à ce sujet : il m'a même dit qu'hier au soir le général Klein, à la tête de la division qu'il commande, et qui s'était portée sur le flanc de la colonne prussienne, en se dirigeant sur Weissensee, n'avait pas fait d'objection pour laisser passer ses troupes, sur l'assurance qu'il lui avait donnée que la trêve devait être conclue.
N'ayant reçu aucun ordre ni avis à ce sujet, j'ai dû trouver fort étrange que le général Kalkreuth me fît pareille proposition, mais n'étant point encore en mesure pour l'attaquer, parce qu'il n'y avait que la cavalerie d'arrivée, et que l'infanterie ne pouvait être en présence qu'une demi-heure avant la nuit, j'ai prolongé l'entretien jusqu'à ce qu'elle fût rendue, et pour cela je lui ai fait des propositions telles que j'étais bien assuré qu'il ne les accepterait pas: de faire arrêter la marche de toutes les colonnes prussiennes, desquelles il se disait le général en chef, qui pouvaient être en mouvement sur la rive gauche de l'Elbe, soit qu'elles aient été à la bataille ou non, et que dans le cas que l'armistice (conclu à ce qu'il m'annonçait) ne le fût pas, la colonne qu'il commandait serait prisonnière de guerre.
Le général Kalkreuth et un autre général qui était avec lui, ont répondu qu'ils préféraient tous mourir que de consentir à un pareil déshonneur; mais ils consentaient à la première proposition si j'avais voulu leur permettre de prendre sur les derrières une position qui les mît à même de se
procurer des vivres, et ils demandaient aussi que l'armée française arrêtât ses mouvements.
Avec de pareilles prétentions de part et d'autre, et de mon côté étant sans pouvoir pour rien promettre, il était difficile de s'entendre ; aussi j'ai rompu l'entretien aussitôt que j'ai appris que l'infanterie arrivait1, et j'ai dit au générai Kalkreuth que, ne pouvant me regarder comme prévenu de l'existence d'un armistice, quoiqu'il en fût lui-même persuadé, je ne cesserais de le poursuivre, et que j'agirais en conséquence des instructions que j'avais reçues. Nous nous sommes alors séparés, et un instant après j'ai fait attaquer les troupes qu'il avait devant Greussen; elles ont été culbutées, nous sommes entrés dans la ville et nous avons fait quelques prisonniers2; j'ai mis ensuite un parti à la poursuite de la colonne, pour la fatiguer sans cesse pendant la nuit, l'empêcher de faire du chemin et la tenir à portée pour demain matin; aussi j'espère qu'avant d'être à Nordhausen je l'aurai entamée.
Je n'eusse certainement écouté aucune proposition du général Kalkreuth si à mon arrivée devant Greussen j'avais été en mesure de l'attaquer ; mais, comme je l'ai déjà dit, je n'avais que de la cavalerie, et les approches de la ville étant défendues par de l'infanterie, je ne pouvais hasarder de forcer le passage, à moins que celle du corps d'armée fût arri-
1 L'entretien se prolongea jusqu'à 4 heures; alors la 4e division de
dragons et la division du général Legrand étant arrivées, le Maréchal, qui dès ce moment se trouvait en mesure d'attaquer l'ennemi, rompit la conversation avec le général Kalkreuth, et lui déclara qu'il allait marcher ; effectivemeoi (les troupes se précipitèrent sur les Prussiens ; la ville de Greussen fut emportée, le défilé forcé et 300 prisonniers ainsi qu'un grand nombre d'équipages restèrent en notre pouvoir. (Journal du 4« corps.)
8 Le 16 octobre dans l'après-midi, la cavalerie légère d'avanl-garde
rencontra l'ennemi en avant de Greussen ; je ûs avancer, d'après les ordres de M. le Maréchal, les batteries des 8e et 4« compagnies d'artillerie légère ; elles tirèrent quelques coups qui portèrent le désordre dans les rangs de l'ennemi et contribuèrent à décider sa fuite ; mais la nuit qui survint, la marche rapide de notre infanterie légère qui chargea l'ennemi à l'entrée de
2a ville, nous empêchèrent de continuer le feu (Rapport du général Lari-
boisiére au général Songis.)
L'artillerie de la 4° division de dragons fut aussi mise en batterie et tira sur la cavalerie ennemie. (Rapport du général Ruty au général Songis, Varsovie, 25 janvier 1807.)
vée, sans m' exposer à perdre beaucoup d'hommes et de chevaux ; ainsi j'ai parlementé pour donner le temps à l'infanterie du corps d'armée d'arriver et aussi pour faire perdre une demi-marche à la colonne ennemie ; ce double but a été rempli et j'ai de plus acquis la certitude que les généraux ennemis étaient aussi découragés que leurs soldats ; ils sont fort inquiets d'une colonne qui vient de la Thuringe et qui est conduite par le duc de Weimar, laquelle n'a point pris part à la bataille, ainsi que du sort d'une autre colonne qui a dû partir d'Erfurt pour se diriger par Langensalza. Ils n'ont plus de transports, et ils s'en plaignent amèrement parce que, disent-ils, ils ne peuvent procurer des vivres à la troupe. Us attendent le renfort d'une colonne qui est encore dans la Marche de Brandeburg et celui d'une seconde colonne venant de la Silésie qui doit incessamment passer l'Elbe. La conversation étant tombée sur la capitale, le général Kalkreuth m'a dit qu'il n'était pas chargé de la défendre, mais semblait n'avoir des inquiétudes que sur Magdeburg, où toutes les colonnes doivent se réunir.
Si S. M. voulait me permettre de les y prévenir, j'oserais espérer qu'avant qu'elles y fussent parvenues, il y en aurait quelqu'une de détruite.
Dans cette persuasion je dirigerai demain le corps d'armée sur Nordhausen et après-demain sur Quedlinburg ou Halberstadt, à moins qu'auparavant je n'aie reçu des ordres de S. M. qui changent ma destination.
Nous continuons à recevoir des déserteurs, et les routes sont toujours couvertes de caissons renversés et de voitures brisées ; nous trouvons aussi dans les villages beaucoup de leurs blessés.
Nous avons trouvé dans le village de Leutenthal, près Buttelst&dt, le lieutenant général Rtichel, blessé mortellement; je lui ai envoyé un chirurgien français pour en avoir soin1.
1. Mais avant que le chirurgien fût arrivé, le général Rûchel, auquel le Maréchal envoyait aussi une garde d'honneur, avait disparu. (Journal du 4* corpg.)
Le général Kalkreuth m'a dit qu'il croyait que S. A. le duc de Brunewick était mort de ses blessures, et qu'il était fort inquiet sur le compte de plusieurs autres généraux.
J'ai l'honneur de prier V, A. de vouloir bien mettre ce rapport bous les yeux de S. M. et d'avoir la bonté de me faire parvenir ses ordres.
1er corps. OuarLier général à Bibra, 16 octobre 1806.