L EMPEREUR AU PRINCE PRIMAT
Berlin, 80 octobre 1806.
Les succès qu'ont obtenus mes armes et celles de mes alliés de la Confédération du Rhin m'ont porté à ordonner dans mon Empire des prières publiques pour remercier le Dieu des armées de ces victoires signalées. Peut-être Votre Altesse jugera-t-elle devoir en ordonner dans toute l'étendue de ses États et inviter les souverains de la Confédération du Rhin à suivre cet exemple.
Mes troupes ont passé l'Oder ; l'armée prussienne n'existe plus. Toute la garde à pied et à cheval du Roi, tous ses bataillons de grenadiers ont été faits prisonniers. Ce prince a passé la Vistule.
l'empereur a m. cambacérès.
Berlin, 80 octobre 1806.
Mon Cousin, je reçois votre lettre du 23 où je vois que vous n'avez pas encore reçu le bulletin de la bataille du 14. Je pense que vous n'aurez pas tardé à le recevoir. Je suis à Berlin depuis 2 jours, fort occupé. Je vous envoie un rapport du ministre Dejean. Je ne puis concevoir que les préfets prennent sur eux, dans une chose si importante que le recrutement, sans attendre mon ordre. Le roi de Hollande ne commande pas dans l'intérieur de l'Empire. Quand donc les préfets auront-ils un peu de sens et d'aplomb ? Faites-leur écrire dans ce sens. Aucun recruteur étranger ne doit recruter en France. Il faut un décret bien solennel pour se départir de cet ordre.
23e BULLETIN DE LA GRANDE-ARMEE.
Berlin, 30 octobre 1806*
Le duc de Weimar est parvenu à passer l'Elbe à Havelberg. Le maréchal Soult s'est porté le 29 à Rathenow et le 30 à Wttsterhausen.
Le 29 la colonne du duc de Weimar était à Rheinsberg, et le maréchal prince de Ponte-Corvo à Fttrstenberg. Il n'y a pas de doute que ces 14,000 hommes ne soient tombés ou ne tombent dans ce moment au pouvoir de l'armée française. D'un autre côté le général Blticher, avec 7,000 hommes, quittait Rheinsberg le 29 au matin pour se porter sur Stettin. Le maréchal Lannes et le grand-duc de Berg avaient 3 marches d'avance sur lui. Cette colonne est tombée en notre pouvoir ou y tombera sous 48 heures.
Nous avons rendu compte, dans le dernier bulletin, qu'à l'affaire de Prenzlow le grand-duc de Berg avait fait mettre bas les armes au prince de Hohenlohe et à ses 17,000 hommes. Le 29 une colonne ennemie de 6,000 hommes a capitulé dans les mains du général Milhaud à Pasewalk. Cela nous donne encore 2,000 chevaux sellés et bridés avec des sabres. Voilà .plus de 6,000 chevaux que l'Empereur a ainsi à Spandau, après avoir monté toute sa cavalerie.
Le maréchal Soult, arrivé à Rathenow, a rencontré 5 escadrons de cavalerie saxonne qui ont demandé à capituler. Il leur a fait signer la capitulation ci-jointe. C'est encore 500 chevaux pour l'armée.
Le maréchal Davout a passé l'Oder à Francfort. Les alliés bavarois et wurtembergeois, sous les ordres du prince Jérôme, sont en marche de Dresde sur Francfort.
Le roi de Prusse a quitté l'Oder et a passé la Vistule ; il est encore à Graudenz. Les places de Silésie sont sans garnisons et sans approvisionnements. Il est probable que la place de Stettin ne tardera pas à tomber en notre pouvoir. Le roi de Prusse est sans armée, sans artillerie, sans fusils,
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C'est beaucoup que d'évaluer à 12,000 ou 15,000 hommes, ce qu'il aura pu réunir sur la Vistule. Rien n'est curieux comme les mouvements actuels. C'est une espèce de chasse où la cavalerie légère, qui va aux aguets des corps d'armée, est sans .cesse détournée par des colonnes ennemies qui sont coupées.
Jusqu'à cette heure nous avons 150 drapeaux, parmi lesquels sont ceux brodés des mains de la belle Reine, beauté -aussi funeste aux peuples de la Prusse que le fut Hélène aux Troyens.
Les gendarmes de la Garde ont traversé Berlin pour se rendre prisonniers à Spandau. Le peuple, qui les avait vus si arrogants il y a peu de semaines, les a vus dans toute leur humiliation.
L'Empereur a fait aujourd'hui une grande parade qui a duré depuis 11 heures du matin jusqu'à 6 heures du soir. Il a vu en détail toute sa Garde à pied et achevai, et les beaux 'régiments de carabiniers et de cuirassiers de la division Nansouty ; il a fait différentes promotions, en se faisant rendre compte de tout dans le plus grand détail.
Le général Savary, avec 2 régiments de cavalerie, a déjà atteint le corps du duc de Weimar et sert de communication 1 pour transmettre les renseignements au grand-duc de Berg, au prince de Ponte-Corvo et au maréchal Soult.
On a pris possession des Etats du duc de Brunswick. On croit que ce duc s'est réfugié en Angleterre. Toutes ses troupes ont été désarmées. Si ce prince a mérité, à juste titre, l'animadversion du peuple français, il a aussi encouru
1. Lorsque les bulletins de l'armée sont dictés par un homme de guerre comme l'Empereur, ils renferment dos enseignements de haute valeur. Le général Savary avec ses 2 régiments de cavalerie sert de communication, de relai entre des corps d'armée éloignés pour transmettre les renseignements et ceux qu'il recueille lui-même et ceux qu'ils obtiennent de leur côté. Il raccourcit les distances ou les intervalles. L'expression est à conserver et la pratique aussi, en observant toutefois que, hors le cas d'une poursuite, les corps d'une armée ne peuvent être aussi éloignés qu'ils le sont du 29 octobre au 1er novembre. Avant la bataille le Commandant de l'armée tient ses corps
, réunis, prêts à être concentrés, ainsi que je l'ai montré avant Iéna. — La communication entre 2 armées se fait de môme au moyen de brigades ou de
' divisions de cavalerie.
celle du peuple et de l'armée prussienne : du peuple, qui lui reproche d'être l'un des auteurs de la guerre ; de l'armée, qui se plaint de ses manœuvres et de sa conduite militaire. Les faux calculs des jeunes gendarmes sont pardonnables ; mais la conduite de ce vieux prince, âgé de 72 ans, est un excès de délire et dont la catastrophe ne saurait exciter des regrets. Qu'aura donc de respectable la vieillesse si, aux défauts de son âge, elle joint la fanfaronnade et l'inconsidération de la jeunesse ?
LE GÉNÉRAL HÉDOUVILLE AU MAJOR GÉNÉRAL
Dresdo, 30 octobre 1806.
J'ai reçu ce soir à 10 heures les ordres de V. A. S. (datés de Berlin du 29) pour la marche de la division bavaroise commandée par le général Mezanelli ; je viens de lui remettre l'ordre qui lui est adressé et j'en remets une copie au général Deroy qui doit arriver ici le 2 novembre avec sa division et qui en conséquence de cet ordre continuera sa route le 3 pour être rendu à Peiz le 5.
Le général Mezanelli a reçu la lettre que V. A. S. lui a écrite ; elle sera en toutes circonstances un titre bien flatteur pour les Bavarois. Le commandant Thiard fait ce qui dépend de lui pour les satisfaire et demain il leur fera délivrer des carabines, des pistolets et des souliers.
La division commandée par le général Mezanelli partira demain de Dresde et ira loger le 31 à Schwebnitz, le 1er novembre à Hoyerswerda et le 2 à Peiz, où elle attendra la division du général Deroy et de nouveaux ordres.
La cavalerie de cette division sera détachée le 3 pour continuer sa marche sur Francfort et se lier à celle du maréchal Davout. Si le maréchal Davout veut de l'artillerie légère avec cette cavalerie, il en aura.
Lorsque la division du général Deroy sera arrivée à Peiz, je dirigerai sa cavalerie sur celle du général Mezanelli d'après les mouvements que cette dernière aura déjà faits.
Si je n'avais pas en cela saisi les ordres de V. A. S., elle sera à temps de m'en donner de nouveaux.
Je joins ici un état de situation de la division du général Mezanelli et 2 aperçus informes de celle de la division du général Deroy et du corps de Wurtemberg n'ayant pas pu encore en obtenir d'autres, quoique j'aie envoyé des officiers au-devant de ces 2 divisions. Je suivrai la division du général Mezanelli1.
Division Mezanelli*. lfe colonne :
2 bataillons de chasseurs à 800 hommes. . . . 1,600
2 bataillons d'infanterie légère 1,600
Régiment du Roi, cavalerie 400
Régiment de chevau-légers 400
Quartier général 50
2e colonne :
5 régiments d'infanterie de ligne à 800 hommes 4,000
Régiment de chasseurs à cheval 350
Artillerie et parc. 300 hommes et 250 chevaux . 300 18 pièces dont 10 d'artillerie légère et 8 de position.