L. Berthier
Voilà Tordre de position donné sur le terrain par le commandant de corps d'armée, expédié séance tenante par le chef d'état-major à chaque général de division.
LE GÉNÉRAL SAVARY AU MAJOR GÉNÉRAL
Neu-Strelitz, si octobre 1806, 9 heures du soir.
Il y a 48 heures que je suis parti de Berlin * et je viens d'arriver à Neu-Strelitz par Fehrbellin, Neu-Ruppin et Rheinsberg. Hier j'ai fait rencontre à Fehrbellin de M. de Canisy, écuyer de l'Empereur, qui avait été pris à Neu- Ruppin à midi, dépouillé, son escorte sabrée, et que les ennemis n'avaient point emmené parce qu'ils ne savaient sans
1. De Stargard à Neu-Brandenburg, 9 kil. ; — de Neu-Brandenburg à Penzlin, 14 kil. ; — de Penzlin à Môllenslorf, 5 kil. ; — de Môllenslorf à Zahren, 3 kil.; — de Zahren à Aukershagen, 2 kil.
2. Le général Savary a dû partir de Berlin le 29 à la fin de l'après-midi, peut-être vers 6 heures du soir. — Arrivé à Kremmen vers minuit, il y était encore le 30 à 9 heures du malin. De Berlin à Kremmen, 86 kil. ; — de Kremmen à Fehrbellin, 21 kil.; — de Fehrbellin à Neu-Ruppin, 12 kil. ; —de Neu- Ruppin à Rheinsberg, 21 kil. ; — de Rheinsberg à Neu-Strelitz, 35 kil. — Soit 125 kil.
doute où le déposer. J'arrivai à Ruppin quelques heures après cet accident1 et j'appris que c'était un parti de 40 chevaux qui était parti aussitôt après pour les environs de Rheinsberg.
Je viens d'arriver à Neu-Strelitz ; j'y entre en communication avec le 8e de hussards et le 22e de chasseurs, et j'y apprends du duc de Mecklemburg lui-même, de son maître de poste et de son bourgmestre, qu'avant-hier le corps de M. de Weimar étant au moment d'entrer dans la ville avait changé de direction vers Wittstock. Ce corps n'avait pas une pièce de canon, environ 12 bataillons, mais 35 escadrons en bon état. Il cherchait à se réunir avec M. de Blttcher qui est arrivé hier ici à midi et demi revenant de Gransee* où il avait voulu tenter le passage. Il ne s'est point arrêté et a pris sa route par Kratzeburg à un mille d'ici8, dans le pays de Sehwerin. Ce corps avait le régiment des hussards de Blttcher presque intact, environ 400 chevaux du régiment de Rudolf et 300 chevaux du régiment des dragons de la Reine, environ 7 bataillons d'infanterie et 30 pièces de canon. J'ai trouvé la route couverte de déserteurs et quelques chevaux de trait morts m'ont confirmé tout ce que les habitants m'avaient dit de leur détresse.
M. de Schulemburg, directeur de la caisse des Veuves de Berlin, sort de chez moi pour me demander un passeport pour aller à Berlin et je le lui ai donné. Il m'apprend qu'il a vu passer ici hier les débris de la monarchie prussienne (ce sont ses expressions) qui probablement, dit-il, mettront bas les armes demain ou après-demain au plus tard. Je marche demain par Kratzeburg sur les traces de M. de Blttcher. Je ferai tout ce que mes chevaux pourront faire et je ne les marehanderai pas, en sachant cependant ce que je ferai, parce que j'ai 213 chevaux du 1er de hussards4 et 244 du 7e de
i. Le général Savary arriva environ vers 3 heures à Neu-Ruppin.
s. De Gransee à Neu-Slrelitz, 42 kil.
S. De Neu-Strelitz à Kratzeburg, 12 kil.
4. Le régiment n'était pas au complet. — Des compagnies du 1er de hussards étaient encore a Witlenbcrg le 29, ainsi qu'on l'a vu par la lettre du général Leniarois au Major général. (V. page 513.)
chasseurs ; mais le pays est si propre à la chicane que je pourrai y faire quelque chose.
J'ai trouvé ici le duc Charles de Mecklemburg, deuxième fils du duc régnant, frère de la Reine de Prusse. Je l'ai constitué prisonnier et je vous envoie son revers. Il était major, dans les gardes du roi de Prusse à l'affaire de Nauniburg1; je ne l'ai point emmené parce qu'il m'eût embarrassé et que d'ailleurs il est indisposé.
J'ai trouvé le duc régnant fort inquiet sur son sort dont il m'a un peu parlé en cherchant à se justifier, recommandant sa fille à la générosité de l'Empereur. 11 m'a demandé un passeport pour un des officiers de sa cour qui se rend porteur d'une lettre pour V. A. et je n'ai pas cru devoir le lui refuser. Voilà, Monseigneur, où j'en suis et j'espère demain avoir de meilleurs renseignements à vous donner. J'emmène M. de Canisy avec moi et j'ai laissé au bourgmestre de Ruppin une pièce d'artillerie que j'ai trouvée abandonnée dans la plaine.