LE GÉNÉRAL COLBEET AU MARÉCHAL NET
Gommera, si octobre 1806, 6 heures du soir.
Je descends de cheval, M. le Maréchal ; je revenais de me donner beaucoup de soin pour bloquer Magdeburg par la droite ; vos ordres
1. Parti composa de détachements des 8e do hussards et 22« de chasseurs dont parle le général Savary dans son rapport du Si à 9 heures du soir. (V. page 571). — M. Thurot, capitaine au 8e de hussards. — Les détachements sont composés d'hommes pris dans les 2 régiments de la brigade. C'est ce que j'ai constaté à la brigade Lasalle le 26. C'est le principe que donne de Brock pour la composition des détachements.
lèvent le blocus, car je ne saurais plus y parvenir sans cavalerie, et même je peux dire sans infanterie.
Veuillez me dire si le détachement que vous faites organiser pour le major Crabbé n'est point annulé par Je départ des dragons et celui des 120 hussards qui passent sur la rive gauche.
Je ne sais guère où est Crabbé, mais je crois qu'il ne tardera pas à rentrer. Je ne puis donc exécuter textuellement votre ordre.
J'ai l'honneur de vous adresser une lettre du chef de bataillon Braun ; vous jugerez si j'ai eu tort ou raison de suspendre l'occupation d'un poste que nous ne sommes ni assez forts pour occuper, ni assez forts pour défendre en ce moment.
Je suis glorieux comme Français des succès de nos armes, mais je vous avouerai que je suis peiné de ne pas y contribuer ; qu'avonsuous fait pour être ainsi abandonnés ?
En marge :
Mander au général Colbcrt que, vu l'affaiblissement de sa cavalerie, il regardera comme non avenu l'ordre que je lui ai donné d'envoyer un parti de 80 chevaux sur Tangermtlnde par la rive droite de l'Elbe ;
Que je l'invite de nouveau d'envoyer les 120 hommes du 3° de hussards sur la rive gauche de l'Elbe pour l'investissement de Magdeburg de cette partie demain à 5 heures du matin pour y relever les vedettes et postes de dragons ;
D'envoyer sur-le-champ un officier en courrier ou un sous-officier de confiance pour intimer l'ordre à M. Crabbé de rentrer à Gomniern.
Net.
le chef de bataillon bitadn a m. ls général de brigade colbert,
Commandant V avant-garde du 6*e corps de la Grande- Armée à Gommern.
Pechau, 31 octobre 1306.
Mon Général, conformément h votre ordre d'hier que je n'ai reçu que ce matin à 8 heures, je me suis transporté au village de Pechau pour y prendre les 40 voltigeurs pour les placer moi-même daus le village de Prester. Après avoir pris les informations auprès du maître d'école de Pechau qui est revenu hier de Magdeburg, je sus qu'il y avait un bataillon d'infanterie à Crakau, à un quart de lieue en arrière de Prester, et qu'à Prester il y avait environ 60 à 80 cuirassiers. Je me suis mis en route avec les 40 hommes et 13 chasseurs à cheval commandés par M. Michau ; dès que nous eûmes dépassé
le dernier pont sur la route, nous aperçûmes les vedettes ennemies qui se repliaient derrière le village. Nos éclaire urs se sont avancés pour reconnaître et patrouiller le bois sur la gauche jusqu'au bord de l'Elbe et nous nous sommes avancés jusque dans le village pour y prendre position. Les voltigeurs se sont avancés jusqu'à petite portée de fusil dans l'intérieur du village où l'ennemi était en bataille pendant que la cavalerie observait la droite du côté de la plaine. Je me suis avancé pour reconnaître le nombre d'hommes qu'ils pouvaient être et j'ai reconnu un gros peloton de cavalerie dans le centre au delà du village de Prester et une ligne d'infanterie très-grande et beaucoup plus forte que le détachement qui devait occuper Prester, outre plusieurs petits pelotons de cavalerie et des vedettes dans la plaine à gauche du village; je n'ai pas osé établir le détachement de 40 hommes dans la crainte qu'il ne soit enlevé, et j'ai retiré la troupe jusqu'au moulin en avant sur la route de Pechau où je l'ai fait prendre position en attendant vos ordres. Je crois que le poste qu'on mettrait à Prester peut être facilement enlevé ; l'ennemi peut par la plaine lui couper la retraite avec Pechau et il n'y a pas de position en avant qui pourrait le garantir des attaques de l'ennemi. Il y a 3 quarts de lieue de Pechau à Prester.
Le poste de Pechau a un petit poste à sa gauche qui appuie à l'Elbe et forme la ligne la moins étendue du bord de l'Elbe à Pechau, de Pechau à Gtibs, de Giibs à Menz et de Menz à KSnigsborn \ L'ennemi ne peut dépasser cette ligne qu'en nous attaquant en règle et en force, le front de cette ligne étant garanti par des fossés et des marais. Le village de Prester serait totalement hors de la ligne et l' éloignerait de 3 quarts de lieue ; je crois même que l'occupation de Crakau par l'ennemi nous mettrait dans l'impossibilité de nous maintenir dans Prester à moins qu'on forçât l'ennemi de rentrer dans la place et nous établir en avant de Crakau, et alors il faudrait beaucoup plus de monde que les 2 compagnies qui sont à Pechau.
Je laisserai les 40 hommes en arrière du pont jusqu'à ce que vous m'ayez donné vos ordres pour les retirer ; je les crois inutiles et ils ne nous garderaient pas beaucoup. Je vous prie, mon Général, de me faire connaître quelles sont vos intentions et je m'y conformerai entièrement. M. Michau, lieutenant du 10e régiment de chasseurs à cheval, est arrivé ici avec 20 chasseurs. Il fournit les postes de cavalerie et les vedettes le long de la ligne.
Nous n'avons pas tiré sur l'ennemi et il n'a pas tiré ; notre démarche peut être regardée comme une parfaite reconnaissance des postes ennemis.
1. Ce sont des avant-postes dans la guerre de siège.— Les avant-postes du j*' corps à Brandenburg le 25 sont des avant-postes de marche. Voir page sas.