LE COMMANDANT D'ARMES DAIQUILLON AU GÉNÉRAL BELLIABD
Friedland, 8 novembre 1806.
Le passage dans la journée du 2 a été très considérable ; il se composait de divers soldats de toutes armes dont la majeure partie peut être considérée comme traînards. Les habitants de 5 communes de cet arrondissement ont abandonné leur bétail en quittant les habitations pour se réfugier dans les bois ; cette fuite qui provenait du pillage qu'ils souffraient, sera sous peu réparée ; pour y parvenir il a été pris parmi les hommes stationnés dans les communes environnantes quelques sauvegardes pour arrêter ce désordre, et des ordres en conséquence ont été donnés aux bourgmestres pour qu'ils emploient les moyens de persuasion nécessaires au rappel de ces habitants.
LE MARÉCHAL BERNADOTTE A L'EMPEREUR
Schwerin, 4 novembre 1806, 9 heures du matin.
J'ai l'honneur de rendre compte à V. M. qu'avant -hier soir, le général Drouet allant prendre position à G-ranzin, y rencontra l'ennemi ; il était déjà nuit et il s'engagea une fusillade qui fut suivie de quelques coups de canon tirés sur nos troupes. Le général Drouet arrêta sa colonne et envoya 1 bataillon du 94e qui entra dans la ville, enleva une redoute, 2 pièces de canon et fit 200 prisonniers parmi lesquels 1 major, 3 capitaines et 2 lieutenants. Il prit aussi beaucoup de bagages.
La position que l'ennemi avait prise à Goldberg sur les bords du lac, m'avait déterminé à me porter sur Granzin ;
par ce mouvement je me trouvais sur ses derrières et en gagnant de vitesse je pouvais arriver avant lui à Schwerin ; il le sentit bien ; il partit à minuit pour opérer sa retraite sur Schwerin ; sans connaître ce mouvement de sa part, je m'étais mis en route à 3 heures du matin pour Crivitz afin de lui couper sa retraite, me mettre au milieu de lui et le forcer à se battre. En arrivant à Grebbin1 j'ai trouvé l'ennemi réunissant ses colonnes et tenant position ; je l'ai fait attaquer; après une canonnade assez vive, il a décidé sa retraite sur Kladrum en la couvrant par 4,000 chevaux. L'infanterie qui arrivait, a déterminé l'ennemi à se retirer et à manœuvrer sur Radepohl et Wessin ; ces endroits présentent de fort bonnes positions et l'on n'y peut arriver que par des déniés très-faciles à défendre. L'on s'est battu quelques moments, et le général Blticher s'est porté sur Crivitz en manœuvrant avec sa cavalerie de manière à envelopper la mienne lorsque mon infanterie s'en trouvant éloignée ne pouvait plus la soutenir; mais dès l'instant qu'elle a paru, le mouvement rétrograde a continué jusqu'à Crivitz ou l'ennemi a pris position en arrière de cette ville sur des hauteurs presque inaccessibles et auxquelles on ne pouvait parvenir qu'après avoir passé un défilé très-étroit et très-long". Jusqu'alors il ne nous avait opposé que très-peu d'infanterie; là il nous en montra 10 à 12,000 hommes. Je ne doutais pas que l'ennemi n'eût le projet de défendre cette position de tous ses moyens. Je fis
1. De Granzin à Grebbin, 5 kil. ; — do Grebbin à Kladrum, 7 kil. , — de Kladrum à Wessin, 4 kil.; — de Wessin à Crivitz, 5,500 métrés.
t. Les portes .de la ville étaient fermées Quelques compagnies du 27*
léger et des 8e et 94* qui avaient fait l'avant -garde avec la cavalerie légère marchèrent aux portes, les ouvrirent et entrèrent dans la ville où elles trouvèrent des cavaliers ennemis. — Crivitz est dans un fond, prés du lac de ce nom. Un ruisseau dont les bords sont marécageux et qui va du lac de Crivitz à celui de Barnin la traverse. Tout le front que l'ennemi occupait était couvert par des lacs et des marais ; pour aller à lui il fallait déillerpnr la ville.
Le général Blûcher à notre approche faisait des dispositions pour se retirer. Quand l'infanterie eut occupée la ville, le Prince flt passer promptement le défilé à la cavalerie légère et ordonna au général Pacthod de suivre avec le 8* régiment.
Le général Maison étant entré en ville avec les voltigeurs y attendait la cavalerie légère pour sortir et se porter sur les hauteurs où était établie la cavalerie ennemie. (Journal des opérations du 1er corps.)
mes dispositions : le 8e régiment d'infanterie conduit par le général Pacthod eut Tordre de déboucher de la ville et de passer le défilé, en se faisant précéder par des voltigeurs ; quelques pièces d'artillerie, avantageusement placées sur une élévation à l'entrée du défilé, soutinrent ce mouvement. L'ennemi ne fit pas une très-longue résistance ; il abandonna les hauteurs beaucoup plus facilement que je ne le pensais, et il se retira, comme de coutume, en se couvrant de sa nombreuse cavalerie1. J'ordonnai de suite à la mienne de déboucher et de charger, si elle en trouvait une occasion avantageuse". Le général Watier fit effectivement exécuter une charge sur 12 à 1,500 chevaux, mais cette charge ne fut pas très-lieureuse ; notre cavalerie fut obligée de céder, et elle aurait été maltraitée si les généraux Pacthod et Maison avec la majeure partie du 8e régiment et quelques compagnies du 27e n'avaient forcé l'ennemi de rétrograder. A l'instant où notre cavalerie faisait ce mouvement rétrograde je montais le défilé et j'arrivai assez à temps pour la rallier et la faire charger de nouveau avec avantage ; 1 compagnie de voltigeurs du 94° se trouvait là et fit la plus belle contenance. Elle était commandée par le capitaine Razout; je
i. Toujours la même manœuvre dans la retraite : se couvrir par un rideau en arriére d'un défilé, forcer l'ennemi à prendre ses dispositions, permettre au gros de la colonne de gagner du temps, puis faire décamper l'arriére-garde au moment où elle va être attaquée ; protéger cette retraite de l'arriére-garde par do grandes démonstrations de cavalerie qui obligent l'ennemi à continuer ses dispositions d'attaquo. Mais pour cela il faut savoir manœuvrer, avoir de 1 a-propos, savoir discerner le moment où l'on doit retirer les troupes, savoir leur apprendre la manière do filer. Cette faculté de manœuvre est l'art du général.
2. Le général Blùcher s'apercevant que notre cavalerie légère avait débouché do Crivitz, qu'elle se formait sur lo plateau en avant dans le dessein de charger la queue de sa colonne ot que déjà les tirailleurs de l'infanterie, qu'on ne pouvait retenir, l'atteignaient, fit revenir quelques escadrons pour soutenir sa retraite.
Au lieu de charger de suite les premiers escadrons ennemis qu'on avait en tôle, on parlementa pour les engager à se rendre. Pendant ce temps ceux que le général Blùcher faisaient revenir, arrivaient et se préparaient à charger.
Le général Maison, en voyant cette disposition de l'ennemi, réunit de suite les tirailleurs, les forma de suite en colonne avec les voltigeurs du 27e léger et 1 compagnie du 8* de ligne et les porta en avant à la hauteur de la ligna de la cavalerie légère pour l'appuyer. (Ie' corps.)
prends la liberté de recommander cet officier aux bontés de V. M.1.
Notre infanterie a donné dans cette circonstance une nouvelle preuve de son sang-froid et de son audace. Elle a attendu la cavalerie à bout portant, lui a fait une décharge très meurtrière et a marché sur elle pendant 1 lieue en plaine, la baïonnette en avant ; le colonel Gérard, mon aide de camp, en dirigeait une partie*.
Dans le même moment le maréchal Soult à qui j'avais donné connaissance de tous mes mouvements, arriva avec sa cavalerie légère par ma gauche8. Nous poussâmes ensemble l'ennemi jusqu'au bois en arrière de Muess ; les Prussiens tenaient la tête de ce bois avec beaucoup d'infanterie. Nous fûmes forcés d'attendre la mienne ; je la fis avancer promptement et je chargeai un bataillon du 8e de faire l'attaque du bois. Le général Pacthod se mit à la tête ; le bois fut emporté de suite. La nuit était déjà arrivée ; nous fûmes forcés de nous arrêter et d'attendre à aujourd'hui pour continuer à le poursuivre4. J'ai quitté ma position ce matin de bonne heure
1. La tête du 8* régiment que le général Pacthod conduisait, paraissait sur le plateau. Pendant que ce général se portait à hauteur du général Maison, le général Watier fit charger l'ennemi ; sa cavalerie fut culbutée et poursuivie dans le défilé. Quelques escadrons ennemis chargèrent l'infanterie des généraux Maison et Pacthod et furent repoussés.
Le prince de Ponte-Corvo, qui sortait de Crivitz, n'ayant pu rallier quelques pelotons de cavalerie pour arrêter l'ennemi, prit une compagnie de voltigeurs du 94*, se mit à sa tête et lui fit faire feu à bout portant sur la cavalerie prussienne. Cette fusillade et la belle contenance de cette troupe arrêta les poursuites de l'ennemi. Le capitaine Razout qui commandait cette compagnie de voltigeurs, dit au Prince qui était au milieu de l'ennemi avec eux a que tant qu'un voltigeur de sa compagnie existerait, il n'aurait rien à craindre ». (1er corps.)
2. Les généraux Pacthod et Maison firent alors battre la charge et marcher sur la cavalerie ennemie qui poursuivait la nôtre. Cette cavalerie en se retirant au galop fut fusillée par leur infanterie qui la poursuivit assez longtemps seule dans la plaine. (1er corps.)
S. Le commandant de corps d'armée se tient à Tavant-garde pour reconnaître le terrain et prendre ses dispositions.
4. Le Prince rallia lui-même sa cavalerie et la ramena à la charge, mais déjà celle du général Blûcher entrait dans le défilé de Schwerin.
Notre cavalerie suivit l'ennemi dans ce défilé; arrivé à hauteur de Fahre, 1 bataillon prussien qui le défendait, fit pleuvoir une grêle de balles sur le 6« de chasseurs qui était tête de colonne. Le terrain ne permettait pas de former les pelotons pour charger; il était nuit et il ne fut plus possible à ce
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et me suis dirigé sur Schwerin où quelques avis m'annonçaient que l'ennemi devait tenir. Je viens d'y entrer avec mes premières troupes. Les autres seront encore longtemps à y arriver; je ne les attends pas avant midi à cause d'un défilé qu'on est obligé de passer par le flanc entre les lacs1 ; je vais mettre ce temps à profit pour réunir des vivres, car les troupes tombent de lassitude et de besoin et je ne pourrai pas faire grand chemin aujourd'hui; d'ailleurs le maréchal Soult est beaucoup en arrière ; il doit déboucher de Crivitz par Peckatel, Plate et Pampow. Si, comme tous les avis l'annoncent, l'ennemi veut tenir à G-adebusch et faire dans cette position un dernier effort, quand même je n'aurais que la cavalerie du maréchal Soult, j'espère qu'elle me suffira pour recueillir les avantages que je pourrais avoir.
Par les différentes manœuvres que j'ai faites dans la journée d'hier, des colonnes ennemies ont été souvent coupées, mais je n'ai pu retirer tout le fruit de ces succès à cause de mon peu de cavalerie. Un détachement a été se faire prendre ce matin sur nos derrières par les troupes du maréchal Soult. Il est de 4 à 500 hommes avec 2 pièces de canon. 2 régiments de hussards étaient aussi coupés, mais ils ont échappé, toujours par mon manque de cavalerie9.
régiment d'avancer, mais il brava lo feu de l'ennemi avec beaucoup de constance jusqu'à ce que les s compagnies de voltigeurs du 27e léger avec lesquelles le Prince avait ordonné au général Maison de suivre la cavalerie légère fussent arrivées. Alors ce général attaqua l'infanterie ennemie, la culbuta et la poursuivit au dolà de Muess. S. A. ayant entendu la fusillade à la tête do la colonne fit aussi avancer le général Paclhod avec le 8e régiment ; l'ennemi était en retraite lorsqu'il arriva.
Dans cette circonstance le colonel Bonnemains, du 5e de chasseurs, montra beaucoup de fermeté; cet officier avait été meurtri de coups de sabre dans les charges précédentes. Le colonel Gérard, du 2* de hussards, fut blessé et pris dans la charge de cavalerie ainsi que le capitaine Villatte, aide de camp du Prince, qui eut plusieurs coups de sabre sur la tôte.
L'ennemi eut un grand nombre de blessés et de tués ; on lui fit environ i,0C0 prisonniers et on lui prit 7 pièces de canon. (ior corps.)
1. -Cette observation du maréchal Bernadotte au sujet de la marche par le flanc, pormot de penser que depuis qu'on se trouvait en présence do l'ennemi, qu'on était en manœuvres de guerre, on marchait dans une autre formation que la formation par le flanc, ainsi que le maréchal Soult eu donnait Tordre le S novembre (voir plus loin), et que cela avait eu lieu au 4° corps les 15, 16 et 17 octobre, et au 1er corps les 15 et 16.