ÉPILOGUE
arrivé à Lorient. Nous ne vous attendions qu'à la fin du mois; mais que le ciel soit loué de votre prompt retour ! Vous venez d'accomplir bien dignement une belle mission.
« Sachant combien vous êtes détaché de certains biens d'ici-bas, je suis certain que vous aurez été beaucoup moins ému que moi, en apprenant que le Conseil d'amirauté, par suite d'absence d'une demande officielle, n'a pu vous porter sur le tableau d'avancement de cette année (1). M. de Rocquemaurel, qui se tient caché je ne sais où, depuis son retour en France, s'est montré, par cette coupable indifférence, ingrat envers vous, et peut-être aussi envers moi ; mais j'ai appris à ne m'étonner de rien, depuis que j'ai fait avec vous et comme vous à mes dépens une utile expérience du cœur humain. »
« Je vous témoigne tout le chagrin que j'ai eu, lui écrivait à son tour l'amiral Lapierre, de ne pas vous avoir vu porter sur le tableau d'avancement, mais Tabsence de demande en temps opportun en a été le seul motif. On ne conçoit pas qu'un chef se conduise ainsi que l'a fait M. de Rocquemaurel à l'égard de toutes les personnes qu'il avait sous ses ordres. »
Le 14 juillet, le Cassini arriva à Calais avec le vaisseau le Tilsit^ qu'il avait remorqué une partie du trajet depuis Cherbourg. Dans une courte relâche de deux heures en rade de cette ville, de Plas avait eu le plaisir de serrer la main à l'un de ses bons camarades d'école, M. de Kersauson Pennandreft qui avait si puissamment contribué, en 1848, à le ramènera la religion. La première personne qu'il rencontra en entrant à Calais, fut le gendre même de l'amiral Desfossés,
(1) Une demande était bien parvenue au ministère, mais trop tardy comme nous le verrons plus loin.
392 CAMPAGNE DU « GASSINI »>
M. Foullioy, commandant du Corse^ qui le reçut à bras ouverts, comme un vieil ami. Il n'eut aussi qu'à se féliciter de Texcellent accueil de Tamiral Lapierre, sous les ordres duquel il était appelé à servir.
« Notre petit voyage de Lorient à Calais, écrit-il à sa mère, n'a été traversé par aucune contrariété. Les côtes ne sont pas dangereuses en cette saison. Je me réjouis qu'on ait pu utiliser le Cassini encore quelque temps. Il est d'un bon effet de voir un bâtiment revenant d'une longue campagne et repartant six jours après son arrivée au port. Non seulement c'est bien en soi, mais cela pourra être utile aux officiers et aux hommes d'élite du bord ; et je tiens à prouver qu'on peut allier les qualités militaires avec la pratique religieuse.
<c J'espère que tu comprendras le motif qui me fait ajourner encore l'époque de mon retour. Je veux, autant qu'il dépendra de moi, honorer ma bonne mère comme je Taime de tout mon cœur ; mais je veux aussi être prêt à laisser mère, sœurs, amis, pour le service et la gloire de Dieu. Malgré que je ferme la porte aux élans de mon cœur en ce moment, ce sera certainement une grande joie pour moi de revoir le vieux manoir, car sa vue me rappellera ce que j'aime le plus au monde ; mais il faut avoir encore un peu de patience, et laisser bien franchement à Dieu le soin de régler ces sortes d'affaires comme il règle toutes les autres. »
En attendant les ordres de l'amiral Lapierre, François reprit à Calais, comme il l'avait fait partout ailleurs, l'habitude d'assister à la messe du matin, et d'approcher fréquemment de la sainte Table. De concert avec M. de la Roche Kerandraon et plusieurs autres camarades et amis, il prenait part le soir aux réunions de la conférence de Saint- Vincent de Paul, présidée par le commissaire de l'inscription maritime. Il se tenait prêt à toute éventualité, lorsqu'il apprit, d'une manière cer-