‹ CampanellaChapitre 2 sur 300 · LEON BLANCHET · texte numérisé non relu

LEON BLANCHET

Au mois de février ou de mais 1920, Léon Blanchet devait soutenir, à la Sorbonne, ses thèses de doctorat : l'une sur Campanella, qui constitue le présent ouvrage, l'autre ayant pour titre : Les Antécédents historiques du « Je pense, donc je suis ». Au moment où il achevait la correction des dernières épreuves, presqu'à la veille du jour où nous aurions eu la joie de saluer en lui un écrivain, un historien, un penseur de tout premier ordre, l'auteur de Campanella est mort, enlevé le 23 décembre 1919 par une attaque de grippe.

Ce que ses amis savaient, et particulièrement ses jyrofesseurs, qui avaient été les premiers à apprécier la solidité et la profondeur de son esprit, ses lecteurs l'apprendront : la philosophie et la France perdent en Léon Blanchet une des grandes et rares espérances qui leur demeuraient au lendemain d'une guerre qui a frappé tant de jeunes en plein cœur, qui a, par contre-coup, atteint mortellement tant d'anciens. Je voudrais seulement dire, d'un mot, à la lumière de cette disparitioyi brutale, comme s'éclairent le caractère et la carrière de Léon lihinchet.

Né le 29 Septembre 188i, à Laiz, dans le département de l'.Ain, où ses parents étaient instituteurs, il ne connut, dans son enfance et dans son adolescence, que la loi du travail le plus austère et du sacrifice. En 1902, il terminait ses études au lycée de Bourg en obtenant le second prix de philosophie au Concours Général. Il vint à Paris pour préparer, au collège de Sainte-Barbe et au lycée Henri IV, les examens de l'Ecole IS^ormnlc. Etnpéché de so présenter, en 190.^), ])ar l'état de sa

santé, il entre, après son service militaire, à la Faculté des f^ettres de Lyon, d'où il sort, en 1910, agrégé de philosojjhie. Professeur à Valence, à Lyon, où on lui confie, par intérim, la charge de l'enseignement le plus difficile, à Avignon, enfin à Marseille, s'acquittant de sa tâche professionnelle avec un dévouement et une hauteur de vues incomparables, il ne cesse de lutter contre les difficultés matérielles de la vie, accrues par la maladie, et de les dominer. Au cours de la guerre, et pendant que sa femme, russe d'origine, se donnait tout entière à ses devoirs d'infirmière dans les hôpitaux d'Avignon, il recueillait et assistait deux compatriotes de Madame Blanchet que les révolutions de Russie avaient privés de toutes leurs ressources. Appuyé par son frère, capitaine d'artillerie coloniale et écrivain lui-même, il ne craignait pas, malgré la crise de l'industrie du livre, si grave en elle-même, mais surtout en France artificiellement aggravée, d'engager l'avenir en assumant les frais considérables de l'impression d' œuvres qu'il estimait utiles à la science et à son pays. C'est à l'heure où allait être largement compensé son effort de désintéressement et de générosité, qu'il 7neurt, à trente-cinq ans. Ses dernières paroles étaient un suprême appel à sa femme, à son fds — et à Georges Siméon, l'ami de Henri IV et de Lyon, ardent patriote et philosophe réfléchi, l'un des meilleurs parmi les meilleurs, qui, en Juin dernier 1919, avait succombé à un choc en retour de l'intoxication par les gaz et dont Léon Blanchet, quelques jours avant de disparaître lui-même, avait réuni les manuscrits pour une publication posthume dans les Annales de l'Université de Lyon.

A la force du caractère était égale, chez Léon Blanchet, la vigueur de l'intelligence. Son Campanella en apporte le témoignage direct- Il l'avait entrepris sitôt qu'il avait été agrégé de philosophie. L'Académie des Sciences Morales et Politiques avait pris l'initiative de proposer l'étude de Campanella pour le concours du prix Crouzet à décerner en 1914-. Autant l'initiative était justifiée par V importance et la diversité de l'œuvre de Campanella, par le mystère de sa personnalité, par l'absence de tout travail français sur sa vie et sa philosophie, autant il paraissait difficile d'y satisfaire en raison de la variété, dans les branches du savoir et dans l'ordre des compétences,

indispensable pour aborder les ouvrages eux-mêmes et les commentaires, pour trancher, à la fois en toute connaissance de cause et en toute liberté de jugement, des questions complexes et controversées qui touchent à l'histoire politique et religieuse, scientifique et philosophique. Aussi n'y eut-il qu'un mémoire envoyé à l'Institut pour le prix Crouzet ; mais ce fut celui de Blanchet, et cela suffisait.

« L'Académie, — écrit Monsieur Espinas dans son Rapport, lu à la séance du 7 novembre 1914', — n'a j^as à se repentir d'avoir proposé l'étude de Campanella... L'auteur est en possession de la méthode qui convient aux études de ce genre. Sa dextérité comme chercheur et interprète des textes difficiles, sa connaissance approfondie de l'histoire de la philosophie et de la théologie, l'habileté avec laquelle il choisit les passages parlants de son philosophe, de ses prédécesseurs et de ses continuateurs, l'intérêt élevé qu'il porte au développement des idées à travers l'histoire, nous obligent à reconnaître que son Campanella Français, quoique ayant utilisé presque tous les travaux antérieurs de quelque importance, est original et fait de main d'ouvrier. »

Pour faire de ce mémoire une thèse, Blanchet a développé l'étude des influences qui se sont exercées sur Campanella, de façon à présenter, comme il le dit dans /'Averti s sèment, un bilan de ce que la philosophie de la Renaissance italienne léguait à la pensée d'un Descartes, d'un Spinoza, d'un Leibniz. Mais, au lieu de faire se succéder les divers systèmes considérés et résumés dans leur ensemble, il choisit dans chaque domaine les doctrines particulières dont Campanella s'est inspiré. Grâce à cette ingénieuse et très heureuse disposition, une période complexe, qui jusqu'ici n'avait été guère aperçue qu'à la lueur intermittente de formules oraculaires, se trouve comprise dans un dessin aux contours nettement et rigoureusement délimités.

A cette étude d' ensemble se rattache la seconde thèse de Léon Blanchet : Les Antécédents historiques du « Je pense, donc je suis ». Frappé de l'importance croissante que prend la conscience de soi dans la théorie de la connaissance chez Campanella, Blanchet croit y saisir, un anneau de la chaîne qui relie nescartes à Saint- Augustin ; mais, soucieux de tout

préciser et de tout approfondir, c'est la chaîne entière qu'il s'efforce de reconstituer. Il remonte jusqu'à Plotin pour mieux éclairer Saint-Augusti7i (et encore se proposait-il de revenir, dans un travail spécial, sur les antécédents du Cogito dans la philosophie grecque). D'autre part, si le Cogito est dicté à Descartes par le double souvenir qu'il garde, et de la thèse de r illumination divine chez Saint-Augustin et du panpsychisme professé par Campanella, on s'explique mieux comment, loin de constituer, dans le cartésianisme, un point d'arrêt pour une doctrine purement idéaliste, il pose, à l'intérieur du système, le problème de la substantialité qui implique lui-même wn recours à Dieu. On s'explique enfin les doctrines divergentes entre lesquelles se partage la postérité de Descartes.

« L'avenir, écrit Blanchet en terminant, se chargeait de dissocier les deux significations différentes que le Cogito tenait de sa double origine. Si, après Descartes, le platonisme et la transcendance augustinienne réapparaissent avec la « Vision en Dieu » du Père Malebranche, ce qui, d'autre part est affirmé par le Berkeley de la Siris, en partant d'un empirisme semblable à celui de Campanella, n'est-ce pas, avec l'innéisme si particidier qui caractérise les systèmes vitalistes ou animistes, la primauté de V expérience interne, de la donnée immédiate de conscience et de l'appétition instinctive des êtres naturels ? »

La même puissance d'un esprit dominateur et fécondant apparaît dans les deux articles de la Revue de Métaphysique et de Morale (Juillet-Août et Septembre-Octobre 1919) : L'attitude religieuse des Jésuites et les sources du pari de Pascal. Au cours de ses travaux sur les contemporains de Campanella et de Descartes, Blanchet avait découvert un développement, inconnu des commentateurs des Pensées, qui offrait avec le texte du a Pari » de nombreuses et frappantes analogies. L'auteur de ce développement , publié dès 1635, est le Père Sirmond, un des Jésuites contre lesquels sont dirigées les Lettres Provinciales. Blanchet ne se bornera donc pas à confronter deux rédactions sur un même thème ; il élargira son étude jusqu'à envisager, dans leur orientation générale, les apologétiques des Jésuites et des Jansénistes- Ce n'est pas tout encore ; pareille considération sera, pour Blaiichet, une occasion

f>refa(;e /

— et la dernière — de se définir à lui-même « les problèmes moraux et métaphysiques que cette étude historique, — dit-il,

— n'était pas destinée à résoudre, » mais qu'elle parvenait du moins à poser.

Déjà, dans la discussion qu'il institue pour fixer « la véritable physionomie de Campanella », Blanchet, par une extrapolation hardie mais qui, dans son esprit, ne devait diminuer, bien au contraire, ni l'un ni l'autre des penseurs, s'était efforcé d'éclairer le caractère de Campanella par un emprunt à l'autobiographie de M. Loisy. Le rapprochement se retrouve à la fin des articles de la Revue de Métaphysique et de Morale. ISous reproduisons la page où Blanchet dégageait l'enseignement à tirer du mouvement de pensée provoqué, vers le milieu du XVIP siècle, par la confrontation de la tradition religieuse et de la science nouvelle ; et il le faisait, disait-il, en. s 'inspirant de certaines vues de Campanella, élargies et généralisées. « Si les cérémonies, les sacrements, les pratiques du culte ne remplacent ni la foi ni l'amour de Dieu, ils ont au moins une signification sociale, une fécondité psychologique, une portée morale inappréciables; ...d'autre part, la raison naturelle et le sentiment religieux lui-même protestent avec une égale vigueur contre la soumission extérieure passive et intéressée à des préceptes imposés du dehors, et contre l'idée de subordonner leur efficacité à une disposition interne arbitrairement conférée par Dieu, et revendiquent au contraire pour le fidèle, le droit d'en interpréter librement, d'en rajeunir même le sens symbolique et pratique ou le contenu intellectuel et affectif, conformément aux données de la science la plus approfondie et de la morale la plus élevée atteintes par l'esprit humain dans ses progrès.

« Tel était peut-être, en effet, le seul moyen efficace à employer pour maintenir contre la libre-pensée, autrement que par de ruineuses et parfois immorales concessions, ou par une intransigeance qui retranchait le christianisme hors de la civilisation du temps, la vertu, le prestige et la force bienfaisante de l'idée religieuse, sans se résigner pourtant à la religion purement intérieure et individuelle du déisme déiste. Ce moyen, ou plutôt cette méthode, nous ne l'avons vue appliquée et mise en œuvre qu'au XIX^ siècle, dans les tentatives de

modernisme catholique ou protestant. Son usage, pour être légitime, implique, fortement édifiées sur les hases d'un idéalisme étranger à tout intellectualisme étroit, une science et une morale rationnelles ou, pour le moins, confiant toutes deux à la raison la tâche de diriger et de contrôler l'expérience ».

De ces lignes, nous ne voulons tirer ni une confidence, ni un programme. Nous avions à cœur de les soumettre aux lecteurs de Campanella, pour les faire participer de plus près à notre admiration et à notre deuil. Elles attestent que, de la méditation impartiale et désintéressée de l'histoire, par la grâce même inhérente à son désintéressement et à son impartialité, avait surgi chez l'auteur une généreuse perspective d'avenir. Dans le formidable labeur nécessaire pour se rendre maître d'une œuvre difficile entre toutes à embrasser dans toute son étendue et à pénétrer dans tous ses replis, Blanchet n'avait pas cessé d'être soutenu par l'espoir de faire luire sur la cité des hommes un nouveau rayon du soleil spirituel d'où la vérité procède, et l'amour.

Léon Brunschvicg, Membre de l'Institut-

La physionomie de Campanella, poète, astrologue et conspirateur, auteur d'une utopie sociale et défenseur de Galilée, chef d'une révolte communiste et champion infatigable de l'idée d'une religion naturelle et universelle, serait déjà à ces divers litres extrêmement attachante pour l'historien. — Mais à de tels éléments d'intérêt s'en ajoute un autre, plus important encore. Campanella rédige ses principaux ouvrages entre 1589 et 1611 ; jusqu'en 1639 il les remanie, les complète, les publie, et il en écrit de nouveaux. Ainsi, contemporain des dernières années de Télésio, de Giordano Bruno, de Montaigne et de Pierre Charron, ami et correspondant de Galilée qui appartient, ainsi que Kepler et Francis Bacon, à la même génération que lui, il assiste d'une part à la formation définitive du naturalisme panthéistique de la Renaissance italienne, d'autre part aux premiers essais de science sérieuse, fondés sur l'intime fusion des mathématiques et de la méthode expérimentale. En même temps il voit se dérouler sous ses yeux, après la fin des guerres de religion proprement dites, la guerre de Trente ans, liquidation politique du double mouvement de la Réforme et de la Contre-Réforme. Enfin, lorsqu'il meurt, en 1639, le Discours de la Méthode a déjà paru, et par Mersonne, son ami, qui maintes fois avait dû recommander à Descartes la lecture de ses ouvrages, il a pu être lui-même informé des tendances de la philosophie nouvelle, et reconnaître dans le (( Je pense, donc je suis », repensée avec profondeur, et considérablement modifiée, une idée qu'il nvail déjà soutenue.

La pensée de Campanella donc, où se perpétuent, enrichies de conceptions neuves ou d'interprétations originales, toutes les traditions philosophiques du XYF siècle, aussi bien dans le domaine de la physique, de la psychologie, et de la théorie de la connaissance, que dans celui de la magie naturelle, de la religion et de la morale, c'est le legs de la Renaissance à la pensée du XVIP siècle. L'étudier, non seulement aans sa formation et dans ses rapports avec les doctrines dont elle est l'héritière, mais dans son développement progressif, dans son action religieuse et sociale, et dans les résultats de tout ordre qu'elle a réussi à atteindre, et à transmettre à la spéculation qui lui a succédé comme des acquisitions plus ou moins durables : notions morales déjà élaborées, pressentiments encore obscui's de nouveautés intellectuelles ou pratiques, c'est véritablement dresser le bilan de la philosophie de la Renaissance.

Dans cette étude, trois points devront retenir plus particulièrement notre attention : le premier relatif aux conceptions de physique, de psychologie et de technique scientifique, le second relatif à la théorie de la connaissance et à la métaphysique, le troisième à la morale et à la religion.

Pour traiter le premier point, nous nous demanderons quel rôle a joué dans la formation de la philosophie moderne la notion de l'unité organique et de l'autonomie de la nature, impliquée dans le panpsychisme de l'époque. Quels rapports soutient-elle avec le déterminisme mécanique qui a triomphé par la suite ? Comment se concilie-t-elle dans l'esprit des philosophes du temps avec l'enthousiasme pour les nouvelles découvertes scientifiques et pour les nouvelles mélhodes ? Celles-ci n'ont-elles pas été retardées dans leur avènement par les conceptions de magie et d'astrologie qui se déduisaient de cette notion ? Ou doit-on croire, au contraire, que leur succès avait pour conditions préalables l'exclusion du miracle et une très forte conviction de l'immanence des lois naturelles, toutes deux originellement liées par une étroite solidarité au panpsychisme panthéiste du XVP siècle ? Telles sont les principales questions auxquelles nous devrons fournir une réponse.

L'examen de la théorie de la connaissance et de )n métaphysique auxquelles Campanella aboutit en repensant pour

son propre compte tous les systèmes en faveur auprès de ses contemporains, depuis ceux de Nicolas de Cusa et de Pomponace jusqu'à ceux de Télésio et de Giordano Bruno, nous mettra en présence d'un autre problème dont l'importance n'est pas moindre, et à la solution duquel nous avons cru devoir consacrer, outre quelques chapitres assez étendus du présent ouvrage, une étude spéciale sur les Antécédents historiques du a Je pense, donc je suis». — La mêlée confuse d'idées qui, à l'époque de la Renaissance, succède à la restauration des philosophies les plus diverses et les plus opposées de l'antiquité classique, met aux prises, dans l'explication du savoir humain, l'hypothèse platonicienne de la transcendance et celle de l'immanence, Campanella, qui sur cette question adopte d'abord la solution naturaliste de Télésio, mais qui connaît Nicolas de Cusa et qui, en s'inspirant du panthéisme de Bruno, incorpore à sa doctrine de nombreuses vues néoplatoniciennes, réussit-il à concilier ces tendances contraires ? Et faut -il voir dans sa conception originale de la conscience de soi, solidaire d'une connaissance intuitive et secrète de Dieu, la notion par laquelle, avant Descartes, la philosophie moderne aurait déjà essayé de sauvegarder l'immanence et l'autonomie de la pensée, et avec elles l'expérience, sans compromettre pour cela ni sacrifier aucun des droits de la raison lorsqu'elle s'efforce d'interpréter celle-ci, de la diriger et même de la dépasser ? Tel est le point précis sur lequel devront porter nos recherches.

Enfin, et c'est la thèse sur laquelle nous insisterons le plus, il est manifeste que la philosophie de Campanella, apparue au moment où s'épuisait la vitalité du mouvement littéraire, artistique et intellectuel de la Renaissance, est l'effort îe plus intéressant tenté en vue d'intégrer à la religion, conçue comme une religion naturelle et universelle, les tendances, les aspirations et les opinions morales les plus caractéristiques de la nouvelle civilisation : la bonté de la nature et de l'homme, l'intuition et le culte d'une divinité intérieure à l'Univers et à l'âme humaine, l'indépendance de la pensée scientifique vis-à-vis du dogme, la supériorité des croyances naturelles et rationnelles sur la croyance révélée, ou mieux l'identité même de la nature et de la révélation, voilà les idées que Campa-

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nella, après Brimo et plusieurs autres penseurs, s'efforçait de faire triompher. Nous examinerons dans le cours de ce livre et dans sa conclusion le rôle joué par ces idées qui transforment le sentiment religieux, contribuent à ruiner le crédit du dogmatique scolastique et à provoquer l'échec de ses entreprises contre la liberté de recherche en physique, influent sur le cartésianisme lui-même et sur tout le rationalisme du XVIP siècle, préparent enfin les voies au panthéisme de Spinoza, au déisme du « siècle des lumières » et à la religion naturelle de Rousseau.

Mais avant de porter une appréciation quelconque sur les résultats des efforts accomplis par la pensée de la Renaissance à son déclin, avant même de les décrire, nous, nous heurtions à une grave difficulté d'interprétation qu'il importait tout d'abord de résoudre. — Campanella, révolté contre l'Eglise et emprisonné par elle pendant de longues années, recommande son système philosophique et sa tentative de religion naturelle comme inspirés de la plus pure orthodoxie catholique, et se présente lui-même comme le champion le plus ardent du christianisme, le défenseur le plus intransigeant de la théocratie et l'adversaire le plus acharné des novateurs et des hérétiques. Qu'y a-t-il de vrai dans ces affirmations ? Dans quelle mesure et sur quels points particuliers doit-on les considérer comme réellement sincères ou au contraire comme totalement ou partiellement mensongères ? Voilà la question à laquelle nous avons tenté de donner une réponse précise par un récit abrégé des événements de la vie de notre philosophe, et notamment de la conspiration de Ca labre dont il fut l'organisateur et le chef, et par un examen minutieux tant des dépositions des témoins à son grand procès d'hérésie que des aveux qui lui échappèrent à lui-même à diverses reprises. Seulement, comme ces accusations et ces aveux, relatifs à sa doctrine autant qu'à sa conduite, ne prennent toute leur signification qu'à condition d'être rapjirochés de certains textes empruntés à ses ouvrages, nous avons dii, dans notre chapitre sur « la véritable physionomie de Campanella » qui est la partie centrale de notre livre, anticiper quelque peu *ur l'exposé de ses opinions et de ses conceptions philosophiques. L'inconvénient nous a semblé, à tout prendre, beaucoup moin-

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