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vince de Québec. Mais ils sont, semble-t-il, plus résistants; ils succombent moins souvent aux maladies de l'enfance, aussi les mères de nombreux enfants tous vivants sont légion, Moins rapprochés que dans la province de Québec, il y a, en général, entre les enfants, une différence d'âge variant de dixhuit mois à deux ans environ.
Après avoir causé ävec mon confrère, j'abandonne mon méthodiste et me remets entre les mains du jeune Mormon, qui va me conduire chez ses parents. Mor rève est satisfait! Je vais dans une famille de Mormons, je vais même y déjeuner !
M. Evans habite avec les siens un gentil petit cot-
tage. Je suis reçu par son père et sa mère, auxquels mon guide me présente, Puis je vois arriver une grande jeune fille de vingt ans, sa sœur. Enfin défilent sept enfants. Le père exerce la profession de charpentier. Il me souhaite la bienvenue. Comme il me sent curieux de tout, il me dit biento!
« Demandez, nous serons trop heureux de vous répondre; notre foi n’a rien de caché. On nous ignore, et nous avors besoin de nous faire connaitre. J'espère que vous vous rendrez compte, en pénétrant dans nos familles, que nous sommes de braves ;ens. Nous cherchons à être honnètes et suivons les préceptes de la Bible, où nous trouvons notre loi. »
Cette famille est rem. rquablement intelligente : tous, ils sont aimables et ouverts. Le père est un homme d'énergie et de volonté. Cette journée entière n'a été, de ma part, qu'un long questionnaire, auquel les uns et les autres ont répondu avec beauco:1p de tact. Voici le résumé de ce qui m'a été dit :
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224 CANAI ET CANADIENS
IT. — « Comme vous l’avez vu vous-même, nous vivons parmi des membres de toutes les religions et nous les acceptons au milieu de nous. S'ils sont respectables, iis reçoivent un bon accueil. Nous avons un Chinois qui est confiseur ; c'est un brave homme chez qui nous allons volontiers. Mais si un Gentil (1) vient ici pour vendre des liqueurs, établir des jeux, nous le mettons à la porte, car nous ne voulons pas exposer nos enfants à ces tentations.
« À Salt-Lake-City, il y a des protestants, des catholiques, et toutes les religions s’y trouvent représentées. Au Parlement, nous nommons indifféremment des gens qui sont ou ne sont pas de notre confession. Il s’agit de politique et la religion n’a rien à y voir. Ici, au Canada, nous avons nommé, dans une partie de notre pays, un membre du Parlement quiest Mormon, mais à Magrath, par exemple, nous venons délire un Gentil contre un Mormon. Vous voyez que, contrairement à ce qui vous a été dit, nous ne favorisons pas plus qu’il n’est juste ceux qui appartiennent à notre religion.
€ Il y a aussi aux États-Unis, dans l'État de PUtah, environ 300.000 Mormons. Salt-Lake-City a 70.000 habitants, sur lesquels on compte 55.000 Mormons. Il y a, dans quelques villes, de 5 à 6.000 Mormons sur 15 à 20.000 habitants; les autres sont cultivateurs et vivent dans la campagne. Dans le Sud de l’Utah, on cultive les fruits tropicaux,
4 Les Mormons appellent ainsi les individus des autres vultes comme les paiens étaient désignés sous ce nom par les chrétiens: ainsi, saint Paul qui le premier les évangélisa fut appelé l'Apôtre des Gentils.
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la vigne, etc. ; dans le Nord, on retrouve à peu près le même climat qu’au Canada. On s'occupe particulièrement de la fabrication du sucre de betterave, C’est en France que nous sommes allés prendre cette industrie. Partout, nous faisons de l'irrigation, dans les villes comme dans les Campagnes. Nous sommes élevés dans l'idé* que sans irrigation on ne peut rien obtenir. Dan, oalt-Lake-City, de chaque côté de la rue, il y a une petite rivière le long de laquelle nous plantons des arbres. Les égouts sont sous la terre ; à la surface, l’eau est aussi pure que possible et destiiée seulement à l'irrigation. lei mème, à Magrath, vous voyez ces ruisseaux, larges d’un mètre environ, de chaque côté des rues, Cette eau provient d'une source lointaine de plus de soixante milles et va au loin, dans la campagne, arroser | rages et les cultures.
anglais, es patu-
CI y à six ans, les autorités de l'Alberta vinrent à Salt-Lake-City nous parler de ce pays en nous disant qu'avecl'irrigation on pourrait peut-ètre obtenir beaucoup de cette région. Cent families choisies vinrent ici; elles eurent le terrain à quinze francs l'hectare. Ces cent familles furent suivies de beaucoup d'autres, et ce fut l'origine de la richesse de cette partie du Canada, où nous avons müintenant quatre villes, Stirling, Raymond, Magrath et Carlston.
« Cette année-ci, à Magrath, ont été plantés cinq cent mille arbres ; chaque propriétaire fut avisé, un certain dimanche, à l'église, du nombre d'arbres qu'il aurait à planter, Une commission avait demandé ces arbres, donnés gratuitement par le
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gouvernement canadien, et la répartition avait été faite avec justice à chaque habitant. Nous continuerons ainsi à planter le mème nombre d'arbres pendant quatre ou cinq ans, jusqu'à ce qu'il y en ait en quantité suffisante.
« Nous avons, comme vous le voyez, de grandes plantations de betteraves, et le sucer: que nous fabriquons dans nos usines se vend maintenant dans tout le Canada.
« Nos chefs, continua M. Evans, ne sont pas payés, nous avons tous un emploi dans l’Église; même les enfants appartiennent à une association qui s'occupe des jeux et apprennent à obéir et à commander.
« Ici à Magrath, par exemple, Levi Harker a été élu notre chef; il sera notre chef toujours, si nous sommessatisfaits de lui ; ils'est choisi deux conseillers et àeux trois ils dirigent nos affaires. Ils ne touchent pas un sou et, par conséquent, doivent avoir un métier pour vivre. Mon fils a été envoyé en Europe comme missionnaire, c’est moi qui, pendant cetemps, lui ai donné de quoi vivre. Moi-même je suis allé en Angleterre et ai payé toutes mes déperses pendant ce séjour. Ce que nous faisons pour l'Église doit être fait gratuitement. La récompense nous sera donnée après la mort. Nous devons travailler pour vivre et ne nous occuper des choses de l’Église qu'après notre travail.
« L'argent que nous donnons à l’Église sert à construire les temples, à donner des fêtes aux vieillards, par exemple : quelle que soit la religion des vieillards âgés de plus de soixante ans, vivant dans notre territoire, nous devons, de temps en temps, leur denner
du plaisir. Nous organisons des fîtes pour eux, on va les chercher en voiture et ils assistent aux diners, aux concerts, etc.
« Partout, et à Magrath en particulier, les femmes des Mcrmons sont constituées en comité. Ici, vingtcinc d’eutre elles vont, tous les mois, visiter chacune des familles de la ville, riches ou pauvres sans distinction. Une femme voit bien des choses : elle peut donner des conseils, des secours en argent, mème aux plus aisés, au moment d’une maladie, d'un accident, par exemple. Elles fournissent les gardesmalades, enlin, elles guident un peu ceux qui ne savent pas se guider eux-mêmes et ce sont les fonds de l’Église qui sont, pour cet objet, à leur disposition. Pour cela ces fonds peuvent être donnés aux riches qui en ont momentanément besoin, de mème qu'aux pauvres.
« Chacun de nous, poursuit mon hôte, peut à un moment donné être prié par le chef pour venir donner des explications, les leçons dont la communauté a besoin, chaque dimanche, à la réunion hebdomadaire, par exemple. Pour cela, nous devons tous être aptes à discuter quelque peu la question théologie .
« Les élèves des écoles publiques ont, en dehors des heures d'étude, une heure par jour d'enseignement théologique ; cet enseignement ne se donne pas pendant les heures de la classe et est facultatif.
«Nous avons des missionnaires, Plus de mille des nôtres sont de par le monde à prècher notre doctrine. Ce sont des personnes engagées dans différents métiers. Ils vont au loin porter la houne parole,
comme les premiers apôtres, ils ne reçoivent pas un
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sou de l'Église et font cela pour le bien général.
« Le prophète mormon Joseph Smith est né Île 23 décembre 1S05, dans la ville de Pharon, dans la province de Clermont, aux États-Unis de l'Amérique du Nord. En 1820, à l'âge de 14 ans, il eut une vision de Dieu et de Jésus-Christ à Manchester (État de New-York) pendant qu'il était en prière dans les bois. Plus tard il reçut fréquemment la visite des anges et eut plusieurs visions sacrées. Le 22 sep tembre 1827, un ange lui fit obtenir les plaques contenant le livre des Mormons. Elles étaient gravées de hiéroglvphes égyptiens et enfouies dans la terre par le commandement divin depuis quatorze cents ans. En 1829, ces plaques furent montrées par un ange à trois témoins ; puis, huit autres les tinrent en main et ce témoignage fut publié dans le livre des Mormons, Avec ces plaques, dans une boite de pierre, furent trouvés un Urim et un Thummini consistant en deux pierres transparentes enchâssées, avec lesquelles Smith traduisit en anglais le livre des Mormons, par la volonté de Dieu. Le 15 mai 1825, Jean-Baptiste apparut à Joseph Smith et à Olivier Coroderi, leur imposa les mains et les ordonna à la vrètrise d'Aaron avec ces paroles : « ‘ur vous, mes compagnons de service, au nom du Messie, je confère la prètrise d’Aaron qui possède la clef du ministère des Anges et de l'Évangile, du repentir et du baptème pour la rémission des péchés. Ceci ne sera jamais enlevé de terre jusqu'à ce que les fils de Lévy offrent une offrande de justice à l'Éternel. » Les apôtres Pierre, Jacques et Jean leur apparurent aussi eties ordonnérent à f'apcstolat et à la prétrise de
ms]
Re:
LES MORMONS Melchissédec qui fut organisée à Fayette État de 6 avril 1830.
New-York par J. Smith à l’âge de vinvt-six ans, le oO D
IV. — « L'évangile de Jésus-Christ enseigne qu'il faut être baptisé par immersion, le Christ ayant dit : «En vérité, en vérité, jete disque si un hommene nait d'eau et d'esprit il ne peut entrer dans le royaume des cieux ». Paul compare le biptème à un ensevelisse-
ment. Dans son épitre aux Romains (épitre vi, 3, 4,5) Paul dit : « Ne savez-vous pas que nous tous, qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort ? Nous sommes deux ensevelis
avec lui en sa mort par le baptème, afin que comme
Christ ressuscité après sa mort, nous marchions vers
une vie nouvelle. Le baptème est donc le symbole de la mort, de l’ensevelissement et de la résurrection de Jésus-Christ. Il n'y à qu’un seul baptème comme il n'y à qu'une seule foi, qu'un seul Seigneur. Nous n’admettons pas que le baptème elface les péchés et considérons que baptiser les enfants constitue un manque de foi, ceux-ci étant rachetés par le sacrifice expiatoire de Jésus-Christ, qui à ellacé le péché d'Adam. À l'instar du Christ qui fut baptisé à trente ans, c'est à cet àge que l'on doit être baptisé, car les apôtres ne baptisaient que des croyants repentis de
leurs péchés. Pour nous, le baptème des enfants est
une des nombreuses erreurs introduites dans l'Evangile par les hommes, car Jésus-Christ à dit : « Mais ils m'honorent en vain, en enseignant des doctrines
qui ne sont que des commandements des hommes, et toute plante que mon Père Céleste n°
°ttte
e n'a point plantée sera déracinée. » Nous considérons que le baptème
est destiné à la rémission des péchés et non pour donner un nom à un enfant. Il n’est pas, comme disent quelques-uns, un signe extérieur de la grâce intérieure, [1 avait été institué par la révélation de Dieu. Le livre de Mormon fut imprimé à Palmyra (État de New-York) et publié la même année. Le 14 février, il fut fondé un collège de d ze apôtres et celui des Septantes fut organisé le 28 février.
« En 1838, les Mormons, sans aucune raison, furent chassés du Missouri, Ils allèrent dans l'Illinois ouils fondèrent Nauvoo, mais le 27 juin 1844, Joseph Smith et son frère Hyrum, rendus à Carthage (ville du mème Etat), sous un sauf conduit du gouverneur, furent massacrés par des gens qui avaient le visage noirci pour ne pas être reconnus. En 1846, les ennemis des Mormons chassèrent ces dariioes de leurs demeures, et le 24 juillet 1847, une avant-garde composée de cent quarante-trois hommes, sous la conduite de Brigham Young, arriva dans la vallée du lac Salé, dans l'Utah, et au milieu du désert fut fondée la Ville-du-grand-lac-salé. En 1857, à la suite de faux rapports, Buchanam, président des États-Unis, envoya une armée pour détruire les Mormons. Grâce à Brigham Young, cette armée ne put entrer dans l'Utah. Une commission se rendit de WW ashington à la Ville-du-grand-lac-salé, l'injustice fut prouvée et la paix s’ensuivit sans Fe de sang. En mars 1882, le peuple américain, par des mensonges et des us accusations parvint à faire has les Mormons ; le congrès des Etats-Unis passe une loi, leur défendant la Dilvoaniie et réduisant à l'Utah l'habitat des Mormons, à condition que ceux-ci seraient leurs vas-
LES MORMONS 231 saux. Treize cents hommes subirent la prison : après avoir payé les amendes infligées, les Mormons, pour revendiquer leurs principes sacrés, publièrent, afin d'éviter tout conflit, un manifeste disant qu'ils s'élaient toujours soumis aux lois, qu'ils n'avaient, par conséquent, pratiqué la polygamie, autorisée par leur religion, que dans leurs États et se justilicrent de ce qu'on leur avait imputé.
« Nous croyons, m'a dit M. Evans, à Dieu, en Jésus-Christ et au Saint-Esprit. Nous donnons à l'Église dix pour cent sur ce que nous gagnons, nous n'avons pas de prêtre, Notre chef actuel est le chef de tous les Mormons, mais il habite dans une cir= conscription où il existe un chef, duquel il dépend comme jndividu ; ce chef peut lui faire des remontrances et le punir, et il en est ainsi pour chacun de nous.
« L'Écriture atteste qu'il ÿ aura une grande apostasie de l'Évangile et une période de ténèbres, mais elle prédit aussi que l'Évangile doit être rétabli sur terre. Dans l'apocalypse, saint Jean le dit (chap. xiv, 6 et 7).
« L'Évangile a été rapporté sur la terre pour les Mormons. Ce fut leur prophète, Joseph Smith, qui prédit le retour du Christ. On est sûr de sa venue, mais On ne sait pas quand ce sera. Le Seigneur parle des signes qui précéderont s° venue. Il est dit dans l'Évangile de saint Luc (chap. xvnr, de 26 à 30): « On mangeait et on buvait jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche, et le déluge vint qui les fit tous périr, » De même aussi, comme du temps de Loth, on mangeait, on buvait, on vendait, on achetait.. mais
le jour que Loth sortit de Sodome. il plut du feu et du soufre qui les fit tous mourir. Il en sera de mème le jour où le Fils de l'Homme paraitra. Les Prophètes existent, suivant les Mormons, mais ceux-ci doivent être inspirés par le Sai.t-Esprit. Le prophète seul peut donner le baptème et l'imposition des mains, Les Mormons disent par l'organe de leurs prophètes Spori, Tanner et Hintze : « Nous sommes témoins que l'Evangile à été rétabli sur la terre avec des apôtres et es prophètes, les signes, les pouvoirs, les bénédictions qui étaient dans l'Eglise primitive du temps du Sauveur et de ses Apôtres. Joseph Smith et Joseph Taxlor sont des prophètes. »
« [vous est facile, du reste, de vous rendre compte du résumé de nos articles de foi : les voici. » Et me tendant une carte il me dit : « Des feuilles semblables sont publiées en toutes langues : celle-ci est écrite en français ». Effectivement je lus en notre langue ce qui suit :
Articles de foi des Mormons ou saints des derniers jours :
1° Nous croyons à un seul Dieu en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit.
2° Les hommes sont punis pour leurs péchés et non pour la transgression d'Adam.
3 Par le sacrifice de Jésus tout le monde peut être sauvé en obéissant aux lois et ordonnances de l'Evangile.
4° Ces ordonnances sont : 1°la Foi en Jésus-Christ : 2° le regret des pechés : 3° le baptème par immersion ; 4° l'imposition des mains pour recevoir les dons du Sant-Esprit.
5° Un homme peut être appelé à Dieu par révéla tion et imposition des mains pour pricher et ordonner.
6° L'église des Mormons + st organisée sur le modèle de la primitive Eglise.
7° Nous croyons au don des langues : aux prophéties, aux visions, aux miracles.
8° La Bible est la parole de Dieu, ainsi que le livre des Mormons.
% Dieu a révélé, révèle tous les jours et révélera de grandes choses regardant le royaume de Dieu.
10° Nous croyons au rassemblement littéral d'Israël, à la restauration des dix tribus. Une nouvelle Sion sera édifiée sur le continent d'Amérique, Jésus- Christ en personne sera roi sur toute la terre, la terre sera renouvelée et recevra la gloire paradisiaque.
11° Nous réclamons le privilège d’adorer le Dieu tout-puissantet concédons aux autres qu'ils l’adorent comme ils veulent, sous la forme qu'ils veulent.
12° Nous sommes soumis aux rois, aux présidents, aux lois, aux gouvernements et aux institutions, et devons les honorer et les soutenir.
13° Nous devons ître honnêtes, chastes, fidèles, bienfaisants, vertueux ; nous suivons les exhortations de saint Paul, nous croyons à tout ce que Dieu a promis et espérons en tout.
Voici un extrait du journal mormon, le Moniteur du 1° avril 1853 :
«.. La construction du temple avançait, la propagende faite aux Etats-Unis et en Angieterre amenait des prosélytes dans la ville sainte. Ce n’est pas
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par quelques meurtres qu'on arrête les progrès d’une secte. Il faut un grand massacre, une Saint-Barthélemy pour les étouffer. Pendant l'automne 1845, des hostilités violentes eurent lieu contre les Saints-desderniers-jours. On brülait leurs champs, leurs maisons, on faisait des représailles sanglantes, On ne savait aucun renseignement sur les motifs qui poussaient les habitants de l'Illinois contre la cité de Nauvoo. Or leur reprochait d'inciter le peuple à la révolte, de désobéir aux lois, I] y avait des préjugés Contre eux, disant qu'ils étaient des étrangers parmi leurs compatriotes. Ils étaient plus prospères que ces derniers, parce que plus habiles qu'eux, et éveillaient leur jalousie à cause de leur supériorité. La guerre civile était proche. Encore une fois, les Mormons quittèrent le pays ; abandonnés par le gouvernement fédéral, ils s’en allèrent par delà les Moniagnes-Rocheuses. Leur départ fixé, une trêve fut décidée, Ils promirent d’évacuer le terrain et les habitants s’engagèrent à ne pas les molester durant leurs préparatifs. Ils allaient dans un Pays peu connu, sinon par les récits des Indiens et poétisé par Fenimore Cooper. Ils traversèrent d'immenses prairies peuplées par des tribus indiennes belliqueuses, les Sioux, les Crows, les Schoschones. Il fallait, lorsqu’on rencontrait une rivière, se détourner de la route pour trouver un endroit guéable. Le fourrage manqu it. Au pied de la montagne ils trouvèrent des fondrières, des glaciers, des précipices.
«Puis, au-delà, le Lac salé, espèce de mer morte sur Ls rivages de laquelle ils découvrirent le désert, leur icrre promise, où ils alièrent fonder leur quatrième
ville sainte. Au commencement de l'hiver 1846, les premières colonnes formant d'immenses convois, em= menant des ustensiles aratoires dans les chariots traînés par les bœufs, étaient obligées de camper pour faire leur route, établir un pont, secreuser un chemin. Les laboureurs préparaient la halte pour ceux qui venaient derrière. Il fallait préparer les camps sur le bord des rivières ou sur les collines boisées, car dans la plaine, quand le soleil dessèche la terre, il ne reste plus rien. Il n’y avait point de route tracée, on avançait la boussole à la main. Les Mormons avaient à souffrir des intempéries et de terribles incendies détruisaient les prairies, les obligeaient à s'enfuir. En 1847 une ville provisoire fut fondée. y avait dans la caravane une musique militaire qui souvent se faisait entendre ; malgré les souffrances de la route les émigrants ne paraissaient pas fatigués. Aurepos, les femmes filaient sur les chariots ; on tissait du drap, de la toile, on confectionnait des instruments de labour, on tannait les peaux des bêtes que l’on tuait. Le dimanche on se reposait ; hommes et bêtes paraissaient heureux. — Le scorbut et le typhus firent de nombreuses victimes dans le camp. Îls n'avaient pas de cercueils et les hommes
allaient à la recherche de troncs d'arbre que l'on creusait et où on enterrait les morts. Des amas de pierres tombales servirent de guide à ceux qui sui-
vaient. A Nauvoo, on achevait, durant ce temps,
d’édifier un temple, monument du culte des Mormons.
On devait y célébrer les rites mystérieux avant le départ. Les Mormons, qui avaient ren. les armes, furent attaqués par une armée de deux mille hommes,
(a) CANADA ET CANADIENS
avec canons. [ls furent repoussés à Nauvoo, par le général Wels. Une fois l'émigration terminée la foule se précipita sur la ville et détruisit le temple.
« Malgré cela les Mormons répondirent à l'appel du président des États-Unis; au moment dela guerre du Mexique, cinq cent vingt hommes partirent pour la Nouvelle-Californie. Les femmes remplacèrent les hommes et prirent les guides des chariots. Le 21 juillet 1847, ils arrivèrent au bord du Lac salé. L'année suivante on construisit un fort et cette ville fut appelée Deseret, ce qui, en la langue dans laquelle est écrit le livre des Mormons, signifie abeille. En effet tous travaillaient. Young était charpentier et travaillait de ses mains, car c’est seulement le travail manuel qui est considéré comme un travail par la loi religieuse mormone et ordonné par elle. Seul, Joseph Smith, à cause de ses charges spirituelles, était dispensé de ce travail, obligatoire pour les autres. On avait construit une maison pour .les pauvres ; ceux-ci, au nombre de deux, y furent admis ; peut-être ont-ils fait fortune, »