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XI.—-LE REPATRIEMENT DES CANADIENS DES ETATS-UNiS AU CANADA

Nous invitons nos compatriotes canadiens-français des Etats-Unis, particulièrement ceux qui peuvent disposer de quelques capitaux, d'aller s’établir soit dans les Cantons de l'Est, au lac St-Jean, à Témiscamingue ou au Nord-Ouest. Ils ne sauraient mettre à meilleur intérêt leurs économies qu’en les plaçant sur nos terres fertiles qui se concèdent presque pour rien. Du reste, ils auront tout à y gagner, car les Etats-Unis, malgré tout ce qu’ils ont d’attrayant, ne leur donneront jamais le contentement que l’on trouve à vivre sous le ciel de son pays, au milieu des siens. Un Agent spécial vient d’être nommé par le gouvernement fédéral pour activer le repatriement des Canadiens-Français des Etats-Unis au Canada. Cet agent spécial est M. Hilaire HURTEAU, ex-agent de colonisation pour la province de Québec.

Il est très regrettable de voir tant de personnes du Canada s'éloigner du sol qui les a vu naître pour aller sacrifier au service de l’étranger leur énergie et leur santé. Rien de plus ruineux et de plus malsain que ce travail manufecturier auquel on s’assujétit moyennant une bien maigre rémunération.

Non, les descendants de ces courageux pionniers qui nous ont fait connaître, aux prix de tant de sacrifices, les richesses de notre pays sont demeurés tron français pour que nous puissions croire un instant qu’ils sont à jamais perdus pour leur patrie.

La construction du chemin de fer canadien du Pacifique nous semble être l'accomplissement de l’un des insondables desseins de la Providence pour le bénéfice de ceux dont nous avons constamment à déplorer l'absence, C’est maintenant un fait accompli, le sifflet de la locomotive s’est fait entendre d’un océan à l’autre, et son cri fait retentir chaque jour les échos des provinces de Québec, d’Ontario, de Manitoba, et les vastes territoires du Nord-Ouest. Plaise à Dieu que ces échos aillent jusqu’à atteindre même le bruissement des manufactures américaines où s’étiolent des milliers de nos compatriotes pour les inviter à laisser là leurs travaux mercenaires et aller exploiter ici et là les richesses d’un sol fécond et capable de leur procurer la santé et le bien-être. © *

En reprenant son ancien état d’agriculteur, l’'émigré canadien retrouvera avec la fortune, la paix du foyer, et un contentement inconnu sous le ciel des Etats-Unis. Les liens de famille seront plus ressérés, les enfants se grouperont autour du père, le domicile paternel et le domicile filial ne feront qu’un, et Dieu, comblant de ses faveurs une si belle harmonie, on coulera des jours heureux, Ainsi, compatriotes, rentrez au pays !

oo,

Pour ne parler que du Nord-Ouest canadien, nous croyons que cette contrée offre aujourd’hui les meilleures conditions d'établissement pour nos compatriotes émigrés. Nous nous adressons particulièrement à ceux qui, depuis plusieurs années au service de l'étranger, ont perdu le souvenir du travail un peu rude mais rémunératif des champs.

Ceux-là craindront de s'attaquer à des terres boisées et leur préfèreront le travail des manufactures. Nous leur conseillons, s’ils ont quelques épargnes et de grands enfants qu’ils veulent établir, de prendre sans délai la route de Manitoba et du Nord-Ouest canadien.

Dans le Manitoba et dans le Nord-Ouest, comme nous l’avons déjà dit, la terre est toute prête. Là on n’a qu’à planter sa tente et à se mettre à l’œuvre Le sol pour recevoir la semence n’a besoin que de la charrue. Il n’y a aucun défrichement à faire, si ce n’est que les plus faciles travaux des champs, le labourage et les semailles, puis le sol qui est très fertile prodigue ensuite ses trésors. On devrait s’estimer heureux de pouvoir choisir entre des terres également fécondes, c’est-à-dire les terres de prairies et les terres boisées, Si l'on redoute d’attaquer la forêt on peut s'emparer de la plaine.

Les Canadiens émigrés, particulièrement les pères de familles, songent-ils bien à l’avenir de leurs enfants en persistant à les laisser dépenser leur vigueur et leur jeunesse au travail ruineux des manufactures, travail qui est bien loin de leur procurer l’établissement honorable et suffisant qu'ils trouveraient sur les bonnes terres du Canada. Qu'on veuille donc se rappeler la vieille et louable coutume qu’avaient nos ancêtres de grouper autour d’eux jusqu’à la cinquième et sixième génération leurs enfants et arrière-petits-enfants. C'était alors et c'est encore aujourd’hui le seul moyen de conserver vivaces les précieuses traditions de famille et de verpétuer le culte des ancêtres.

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