Cancer and civilization
Résumant, fort brièvement, les observations et les conclusions qui précèdent, je dirais ce qui suit: —
Premièrement . — Le cancer, au point de vue de mes investigations, est essentiellement une maladie de pays civilisés, et sa répétition fréquente . est en grande partie, sans nul doute, le résultat direct d’habitudes fautives et des choses anormales de la vie, produites par les conditions complexes de l’environnement moderne, favorisé surtout par une nourriture abondante, la tension nerveuse et les nombreux accessoires de la prospérité matérielle
Deuxièmement — Le cancer est fort rare parmi les races natives, ou soit-disant barbares, caractérisées dans le Monde Occidental par les Indiens de l’Amérique du Nord et du Sud, pour lesquelles est disponible un montant raisonnable d’information exacte, qui indique clairement la rareté relative de la maladie dans les conditions primitives de la vie.
Troisièmement. — Le cancer est aujourd’hui excessivement commun dans la vie adulte, pratiquement dans tous les pays civilisés de la terre, atteignant dans quelques cas des proportions dépassant la mortalité correspondante de par la tuberculose pulmonaire.
Quatrièmement. — Le cancer dans la plupart des pays modernes est, sans contredit, en augmentation, et dans quelques sections, y compris des
portions des Etats-Unis, à un taux alarmant.
Cinquièmement. — L’augmentation annuelle approximative de la mortalité du cancer peut être placée à environ deux pour cent.
Sixièmement. — La mortalité totale de maladies malignes dans les portions civilisées de la population mondiale ne peut être moins de si elle n’excède pas un demi million de morts par an.
Septièmement. — Apparemment le cancer est corrélatif à une variété de circonstances conditionnées, qui toutes impliquent des agents d’irritation des différents organes et parties du corps humain. Parmi les irritants qui prédisposent à la croissance maligne, les habitudes fautives d’alimentation sont fort probablement d’importance prédominante, particulièrement dans le cancer du foie et de l’estomac et du cancer du péritoine, du rectum et des intestins.
Huitièmement. — Un autre élément important, plus que probablement d’une nature prédisposante, est le vêtement obstructif, parmi les femmes surtout, ainsi qu’il est prouvé par une forte et croissante mortalité du cancer du sein, qu’on ne rencontre pratiquement jamais parmi les femmes de races natives, vivant au milieu de conditions primitives de la vie.
Neuvièmement. — Un autre élément de plus, d’une importance très évidente, est l’habitude de fumer qui entraîne une relation directe avec le cancer de la cavité buccale parmi les hommes. Les cancers de ce genre sont excessivement rares parmi les femmes.
Dixièmement. — Il n’y a pas d’évidence que le cancer est transmis héréditairement, bien que d’autres recherches dans cette direction soient des plus urgentes. A mon avis, l’évidence découle, à cet égard, d’expérimentation animale, et n’a pas de rapport direct avec le fait du cancer parmi les êtres humains.
Onzièmement. — Des considérations similaires s’appliquent à la théorie que le cancer est transmis de personne à personne, de par l’infection. Il n’a paru aucunes preuves tendant à prouver que la théorie d’une origine parasitique n’est plus qu’affaire de conjecture. D’autre part, il n’y a pas de doute que des infections parasitiques peuvent agir comme irritants locaux, et, à cet égard, elles ont droit à une profonde considération. Un cas important ad hoc est, par exemple, le fait du cancer du foie parmi les Européens de la Côte Occidentale de l’Afrique, qu’on ne rencontre qu’en cas de fasciola hepatica du foie.
Douzièmement. — En vue de ce qui précède, la théorie de maisons de cancer, de rues de cancer, ou de localités de cancer, ne supportent pas d’analyse qualifiée. Le fait d’un pareil phénomène doit être plutôt attribué à l’âge, ou à toute autre circonstance conditionnée, que seule une investigation complète peut révéler.
Treizièmement. — Une investigation de ce genre se poursuit maintenant dans la ville de San Francisco, où un examen complet du cancer est projeté, de la mortalité pendant les trois dernières années, y compris tous les faits essentiels qui peuvent être obtenus au moyen d’une enquête supplémentaire des conditions antécédentes, comprenant, en même temps, des patients vivants, sous traitement dans les institutions locales. Cette investigation se poursuit avec la coopération du Service de Santé de San- Francisco, de la Société Américaine pour le Contrôle du Cancer, de la Prudential Insurance Company of America, de la Pacific Mutual Life Insurance Company de Los Angeles, et de la John Hancock Mutual Life Insurance Company de Boston.
Quatorzièmement. — L’augmentation du cancer au cours de la dernière dizaine d’années accentue à nouveau toutes les conclusions formulées dans mon investigation compréhensive de la mortalité du cancer dans le monde entier, publiée en 1915. L’augmentation fut fort prononcée dans les États-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, en Angleterre et dans le pays de Galles, dans la Suisse, la Hollande, la Norvège, la Suède et le Danemark. L’évidence est moins conclusive quant à la Belgique, la France et l’Allemagne, où, sans doute, les conditions post bellum modifient profondément l’expérience de mortalité.
Quinzièmement. — L’évidence de la fréquence et de l’augmentation du cancer pour les pays du Sud de l’Europe semble appuyer la conclusion qu’une condition moins prospère de la population tend à réprimer la
tendance à un degré plus élevé dans des pays économiquement plus avancés. Cette conclusion ne s’applique pas aux grands centres de population du Sud de l’Europe qui accusent des conditions pratiquement identiques aux grands centres dans le Nord de l’Europe et autre part.
Seizièmement. — Dans les États-Unis le taux mortuaire du cancer au cours de la dernière décade a augmenté de 74 à 86 par 100,000 de population. Il est estimé conservativement que nous avons maintenant aux États-Unis environ cent mille décès de par le cancer annuellement. Pour les grandes cités américaines, représentant environ un quart de la population totale, le taux pendant 1922 atteignit 104.1 par 100,000, tandis que pour la ville de San-Francisco le taux s’éleva à 161.8 par 100,000.
Dix- septièmement. — En vue de l’évidence recueillie, la conclusion est justifiée que le cancer aujourd’hui représente la plus sérieuse menace pour la santé et l’existence de pratiquement toutes les races civilisées et que, par conséquent, la question du contrôle du cancer est d’importance suprême pour le public, la profession médicale et les autorités de santé publique des gouvernements intéressés. Bien entendu, il est inutile de parler de la prévention du cancer, du moment qu’on ne peut déterminer le début précis de la maladie. C’est pourquoi, le problème du contrôle tend plutôt à la prévention des décès de par le cancer et à l’amélioration de la malheureuse condition de malades cancéreux, résultant de méthodes de traitement plus qualifiées, visant toujours à une guérison.
Dix-huitièmement. — Ce qui a été fait à cet égard par la Société Américaine pour le contrôle du cancer provoque l’admiration de tous ceux qui sont au courant des faits. Un corps immense des laïques a été instruit concernant les faits essentiels dans le développement du cancer et la suprême urgence d’un diagnostique aussitôt que possible comme aussi d’un traitement qualifié de la maladie, sans tarder. Les efforts faits par la Société auraient été plus efficaces si l’évidence touchant la possibilité des mesures de contrôle avait été avancée plus effectivement. Il y a le plus urgent besoin d’investigations prolongées dans les résultats ultérieurs de méthodes de traitement chirurgicales, radiologiques et autres, nécessaires pour pénétrer le public de l’effrayante vérité que la grande majorité des malades cancéreux viennent se faire traiter par le médecin, ou le chirurgien, alors que la maladie a atteint un degré inopérable et que la mort s'impose décisivement .
Dix-nenvièmement. — Bien qu’on ait effectué des progrès, il reste beaucoup à faire. L’aspect le plus sinistre de la situation du cancer est l’énorme quantité du charlatanisme et de l’incompétence de nombreux médecins qui manquent de se rendre compte de la gravité de la maladie à un moment où un traitement intelligent offre encore un espoir encourageant. Ce contrôle de mauvaises méthodes de traitement comprenant des personnes non qualifiées au point de vue médical, est le devoir de l’État dont la négligence sous ce rapport est une preuve lamentable d’incapacité de la part des autorités publiques comme aussi de la part de la
profession médicale, qui auraient dû manier courageusement la solution d’un mal grandissant.
Vingtièmement. — Le besoin le plus urgent en ce moment pour l’avancement des mesures pour le contrôle du cancer est une consolidation de l’expérience chirurgicale révélant des résultats post-opérants en tenant dûment compte de la condition active du patient au moment du traitement. L’évidence fragmentaire qui est disponible est insuffisante pour des buts publics, car dans son analyse finale, les laïques ne sont frappés que par les données numériques suffisant à établir la conclusion avancée. Ce que nous voulons savoir est ce qu’ont été les résultats du traitement opératoire du cancer pendant les années récentes et de combien la vie a été prolongée ou continuée. La méthode usuelle de considérer un cas comme guéri après trois ans ne suffit plus aux besoins modernes. Nous devrions savoir combien de cas survécurent à l’opération sans rechutes 5, 10 et même 15 ans après ou plus.
Vingt et unièmement. — Également urgentes sont des investigations pour vérifier les résultats du traitement radiologique avec propre considération pour le type de cancer traité, l’âge du patient et la durée antérieure de la maladie. C’est avec fierté pardonnable à cet égard que je réfère à un rapport récent de l’Institut de l’État de 'New- York pour la Sûreté de Maladies Malignes d’après lequel “des progrès importants furent effectués dans le traitement du cancer pendant l’année écoulée” et “que des mesurages comparatifs des rayons pénétrants du rayon radium ou X montrent que le radium a un avantage d’environ 10% mais que les améliorations apportées au rayon X en font presque l’égal du radium comme traitement du cancer.”
C’est une révélation des plus importantes qui suggère l’usage plus répandu du traitement par rayon X que, naturellement, on peut se procurer plus aisément que le radium. D’après le rapport sous-indiqué “le temps pour donner une dose complète de traitement du cancer par rayon radium ou X a été réduit de huit heures, il y a un an, à deux heures à l’heure actuelle.” Il en découle “qu’une des avances les plus précieuses est dans le traitement combiné des rayons radium et X et que l’avantage de cette méthode est très marqué.” Les résultats montrent qu’un tiers environ de tous les cas de cancer utérin qui sont traités donnèrent des résultats permanents et qu’un grand nombre furent matériellement assistés. La grande difficulté dans toute la question est d’obtenir des cas de cancer à une phase peu avancée. Mais dans ces cas-là l’Institut est à même de signaler que pour le cancer de la lèvre 80% furent guéris, tandis que dans les cas opérables 60% furent guéris et dans les cas inopérables 40%. C’est une preuve de ce genre qui est des plus utiles, à l’égard des efforts modernes pour atteindre les laïques.
Vingt-deuxièmement. — Je suis décidément d’avis que le cancer devrait être fait maladie à signaler. C’est la propre fonction du Département de Santé de prendre connaissance des conditions qu’on trouve fréquemment dans les cas de cancer avant que d’être sous traitement, tandis que d’autre part c’est essentiellement la fonction du Département de Santé de protéger
la communauté contre les pratiques de ceux qui ne sont pas qualifiés à rendre les services convenables qui s’imposent.
Vingt-troisièmement. — Finalement je puis renchérir sur la conviction qui s’impose à moi, comme résultat d’une enquête laborieuse dans ce sujet et appuyée par le meilleur jugement chirurgical de la période actuelle, à savoir, comme l’a dit récemment Dr. Mayo “qu’il n’y a pas de guérison médicale pour le cancer.” L’espoir du patient est dans le traitement chirurgical et radiologique qualifié ou le traitement par rayon X, aussitôt que possible, complété par telles méthodes qui autrement pourraient être approuvées par le chirurgien traitant. La mortalité énorme de par le cancer est sans contredit le résultat indubitable de mauvaises habitudes, de la nourriture et du danger de diverses formes d’irritants dont la diminution implique tout au plus beaucoup d’années de recherches et d’éducation. Sous peu nous devrons affronter le fait terrifiant que le cancer dans la vie adulte constituera une cause majeure de décès avec toute la souffrance qui l’accompagne pour le patient qui en est frappé. Le seul espoir qui s’offre à ceux qui sont affligés du cancer est une fois de plus la parole du Dr. Mayo “que le radium offre un champ d’utilité conjointement avec la chirurgie, mais que celle-ci ne devrait jamais être négligée lorsqu’elle est praticable pour les besoins des patients.”
Vingt-quatrièmement. — A ce qui précède je voudrais ajouter la suggestion que les diverses organisations mondiales relatives au cancer s’associassent en une Société internationale pour effectuer une forme plus efficace de coopération et de coordination en activités qui aiguillonneront l’habileté et la force comme aussi les moyens pécuniaires des intéressés au plus haut degré. Le cancer est une menace mondiale pour l’humanité civilisée toute entière et la mortalité continuera sans frein jusqu’à ce que les méthodes actuelles de contrôle deviennent décidément plus efficaces qu’elles ne le sont. L’évidence à mon avis en ce qui concerne la croissance du cancer, reste inébranlable, quelles que soient les nombreuses investigations qui furent faites pour la réfuter.
Translated from the English By Théodore Perrin.