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OBSERVATION PREMIÈRE

Epithélioma de la langue chez un garcon de 11 ans

(G. Variot, médecin des Hôpitaux)

Au mois de juin 1893, le jeune Jules G..., âgé de 10 ans, se présentait au dispensaire de Belleville, conduit par sa mère. - Il venait consulter pour une affection peu douloureuse de la langue, dont le début était d'ailleurs impossible à fixer.

L'arliculation des sons n'était pas troublée, mais l'enfant souffrait un peu pendant la mastication des aliments.

En faisant Uirer la langue hors de Ta bouche, je remarquai que la forme et le volume même de la pointe étaient peu modfiés. En faisant tourner la pointe du côté du nez, je constalai une ulcération partant des bords et de la pointe sans empiéter sur la face supérieure. Celte ulcéralion occupait presque loule la face inférieure de la langue jusqu'au frein, spéclalement à gauche et descendani un peu à gauche sur la parie latérale du frein..Cette ulcération était très légèrement sallante sur les bords, qui étaient taillés assez nettement. Le fond était rouge vif el bourgeonnant ; on dislinguait sur ce fond 5 ou 4 pelits points jaunes, gros comme de petits plombs. En touchant avec le doigt celte surface ulcérée, on ne provoquail que peu de douleur et les bourgeons ne saignaienl pas facilement. PE

Rd

S1 l’on prenait loute la pointe de la langue entre le pouce et l'index, on avait une sensation de fermeté et même de dureté dans toute la partie occupée par l’ulcération. Cette consistance n'était pas sans analogie avec l’induration fournie par un chancre syphilitique. Les dents de la mâchoire inférieure étaient saines. En outre, sur la face dorsale de la langue, à droite, à un centimètre 1/2 en arrière de la pointe et près de la ligne médiane, existait une surface légèrement saillante de deux centimètres environ dans le sens antéro-postérieur, sur laquelle on distinguait des saillies arrondies semblables à des hypertrophies papillaires. Elles n'étaient pas ulcérées et avaient un aspect un peu translucide.

Celle lésion n'était pas en continuité avec l’ulcération de la face inférieure de la langue, et la muqueuse linguale dans cette région était également indurée quand on la pressait entre les doigts. Tout le reste de la muqueuse buccale paraissait sain. Les ganglions du cou ne présentaient aucune hypertrophie. Les commémoratifs recueillis sur cet enfant ou sur ses parents n étaient pas de nature à nous renseigner sur son affection linguale. L'enfant est habituellement bien portant ; à 4 ans il a eu une rougeole bénigne. L'état de la nutri- Lion générale est bon. L'examen de la poitrime et du cœur est tout à fait négatif. Le père, depuis une fluxion de poitrine, serait sujet à s'enrhumer. La mère jouit d’une excellente santé. Aucun antécédent syphilitique ou tuberculeux à relever.

Le Jeune J. G... a eu 4 frères et une sœur.

Un frère serait mort de congestion au cerveau ? Et trois autres de méningite ? Une sœur vivante, âgée de 20 ans, saine, et avant elle-même une petite fille bien portante.

Je [us très embarrassé pour déterminer la nature de celle ulcération sub-linguale et des végétalions de la face dorsale. Comme l'enfant avait les poumons tout à fait normaux et un

état général salisfaisant, comme d'autre part lulcéralion prin-

RS à cipale était presque indolente et reposail sur une base (ee indurée, sans adénopathie correspondante, il est vrai, bien que les bords fussent limités nettement, je pensai à un chancre syphilitique accidentel. |

Mon collègue et ami le docteur Ch. Rémy inclinait pour une ulcération néoplasique.

Je conseillai néanmoins le traitement spécifique. Tous les jours une cuillerée à café de liqueur de Van Swieten, des badigeonnages de l'ulcération avec de la glycérine phéniquée à 3 p. 30 et des lavages fréquents de la bouche avec une solution d'acide borique. Pendant un mois environ ce traitement [ut suivi sans modification apparente de l'ulcération, el sans que je puisse voir sur la peau ou sur les muqueuses aucun signe révélateur de la syphilis.

Toujours incertain sur le diagnostic de l'affection, Je conduisis l'enfant à la Société médicale des hôpitaux au commencement du mois de Juillet pour le soumettre à l'examen de mes collègues. La majorité de ceux qui l'examinèrent, notamment Hallopeau et Chauffard, s'appuyant surtout sur la présence des points Jaunes, pensèrent qu'il s'agissait d'une ulcération de nature tuberculeuse.

Depuis cette époque j'ai perdu l'enfant de vue ; il n’est revenu au dispensaire de Belleville qu'au commencement du mois d'avril 1894, c'est-à-dire 10 mois après le premier examen. L'étaf général s'est maintenu très bon, mais l’état de la langue s’est à peine modifié ; en se reportant à la description que nous venons de faire, on aura une idée exacte de l’ulcération sub-linguale et des végétations de la face dorsale en

Les poumons sont sains ; aucune tuméfaction des ganglions sous-maxillaires. L'enfant est très indocile et ne veut accepter aucun trailement ; c'est même pour cette raison qu'il a refusé, l'an dernier, d'aller trouver M. le docteur Rémy, -chi-

EAU ER rurgien du dispensaire de Belleville, auquel je voulais le confier. C'est donc avec grand'peine que nous sommes parvenus au commencement d'avril, mon interne, M. Chabry, et moi, à exciser un petit lambeau de la surface ulcérée avec des ciseaux.

Examen microscopique fail par M. Chabry, interne à l'Hôpital

Hérold, el confirmé par moi.

Le fragment enlevé aux ciseaux à la face inférieure de la langue, a été fixé par l'alcool absolu, puis coupé après réfrigération.

Coloration des coupes au picro-carmin.

Montage dans la glycérine.

À un faible grossissement (ob]. II, Dumaige), la surface de coupe est sillonnée par des trabécules intriqués irrégulièrement qui ont pris plus fortement le carmin. Entre ces trabécules, des tractus d'un ton rosé plus clair. Dans quelques places, de grosses vacuoles remplies d’une substance jaunàtre offrant la teinte des hématies.

À plus fort grossissement (object. 6, Dumaige, ocul. 3), on constate que les trabécules fortement colorés sont entièrement constituées par des assises de cellules épithéliales polyédriques. Le noyau de quelques-unes des cellules paraît bourgeonnant, —- quelques cellules sont pourvues de deux noyaux. — Sur bon nombre de cellules, la périphérie présente l’aspect dentelé habituel dans les cellules épidermiques. La ligne de démarcation des cellules épithéliales et des tractus du tissu conjonetif est extrêmement nette bien qu'il n'existe pas de membrane basale à proprement parler. Les tractus faiblement colorés séparant les cellules épithéliales sont formés de fibres conjonclives parsemées de cellules fixes sans accumulation d'éléments embryonnaires. En aucun point on ne voit de grou-

CRE pement de cellules embryonnaires ni follicules pouvant rappeler les follicules tuberculeux. Nous n'avons pas observé de globes épidermiques, mais, par places, des modifications des cellules épithéliales qui paraissent s’allonger et se tasser.

Les vacuoles jaunâtres sont remplies de globules rouges du sang. Quelques vacuoles semblables sont vides probablement par suite des manœuvres dans la préparation.

Le diagnostic anatomique d’après l'examen du fragment excisé n'est pas douteux : Epithélioma ayant vraisemblablement comme point de départ la couche de revêtement de la

face inférieure de Ia langue.

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