ANCIEN INTERNE DES HÔPITAUX DE PARIS
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Il y a vingt ans, les relations réciproques du canceretdelatuberculoseétaientrobjetde discussions toujours renaissantes, et les auteurs étaient partagés en deux partis : les uns admettant, à la suite des travaux déjà anciens de Rokitansky, 1846 (1), Hiinter, Hahnemann, Gendrin, un véritable antagonisme entre les deux maladies; les autres, avec Lebert qui, huit fois sur cent, signalait la coexistence de ces afTections, avec Yirchow, Wagner, Friedreich, 0. Weber, dans une série de travaux plus récents, niaient toute influence exclusive de l'une sur l'autre diathèse. Cette divergence peut s'expliquer par l'ignorance
(1) Rokitansky. llandb. cl. palh. An. Bd. I.
de la véritable nature de la tuberculose dont la contagiosité était seule proclamée, mais dont la cause restait inconnue, par suite de l'insuffisance des recherches bactériologiques. Il était donc encore assez rationnel d'opposer les deux processus tuberculeux et cancéreux, considérés comme l'expression d'états constitutionnels distincts , ayant chacun une sorte d'autonomie. D'ailleurs, Baumes, C. Paul, G. de Mussy, Laveran, Damaschino avaient apporté, plus récemment, des faits qui paraissaient fournir la preuve de la résistance des cancéreux à la contamination tuberculeuse et réciproquement. Toutefois, Burdel, de Vierzon, dès 1869 (1), et plus tard, N. Guéneau de Mussy avaient voulu faire jouer un rôle à Tafîection cancéreuse des ascendants, dans le développement de la tuberculose héréditaire.
Aussi, en 1879, lorsque M. Picot (2) publiait une observation très complète de cancer du foie et des voies biliaires, dans lequel il existait, en même temps, des cavernes tuberculeuses des deux poumons, pouvait-il considérer le fait comme d'un grand intérêt el mettant hors de
(1) Burdel. Bull. Acad. de Médecine. 1869.
(2) Picot. Gaz. Iiebdomad. de méd. et chir. 18~9.
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doute la coexistence possible du cancer et de la tuberculose.
Depuis cette époque, la découverte du bacille de Koch a révélé la nature infectieuse de la tuberculose, et les travaux modernes, qui nous ont fait connaître les conditions des résistances individuelles aux maladies infectieuses, les circonstances favorisant la puUulation des microbes et celles qui rendent le terrain propice à leur germination, nous ont expliqué les divergences d'opinions qui se sont produites à la suite des constatations d'autrefois. La tuberculose et le cancer peut-être ont leurs victimes de prédilection ; chacune de ces deux entités morbides a sa sphère d'action, et il est incontestable que d'une façon générale elles empiètent peu sur leur domaine réciproque. Mais il est non moins certain que, malgré leurs caractères bien tranchés, ces deux maladies se comportent, dans bien des cas, comme la plupart des autres processus morbides, que l'organisme dont elles font leur proie, affaibli, ruiné et rendu sans défense, se trouvera exposé en général pour de multiples raisons, par suite de la diminution des résistances locales ou des perturbations de l'économie, à d'autres actions pathologiques. C'est ainsi qu'à priori on peut concevoir que le cancéreux devienne tuber-
culeux, que le phtisique présente une néo-formation épithéliomateuse intercurrente d'un de ses organes.
La coexistence du cancer et de la tuberculose est bien un fait réel, et que nos connaissances de pathologie générale nous permettent d'essayer d'interpréter. Bien plus, nous savons, à l'heure actuelle, que, loin de s'exclure l'une l'autre d'un organisme, les deux maladies peuvent non seulement se développer sur les divers appareils d'un môme individu, mais s'implanter sur la même région, confondre leurs lésions, quoi qu'en aient dit autrefois Dittrich et Martius (1), au niveau des revêtements muqueux ou cutanés, à l'intérieur des parenchymes et dans certains cas, enfin, la symbiose des deux processus a paru si intime que l'on a pu considérer la tuberculose comme la cause du développement du cancer.
C'est l'étude des diverses modalités suivant lesquelles peuvent se combiner le cancer et la tuberculose, quand ils se développent sur une même partie de rorffanùme, que nous aurons en vue dans ce travail. Il nous sera, toutefois, nécessaire d'insister un peu sur les rapports généraux de la tuberculose avec le cancer, pour nous rendre
(1) Martius. Th. d'Erlangen, 18o3.
compte de la fréquence et des modes d'association des deux maladies combinées.
Cette question, en dehors de l'intérôt qu'elle peut présenter au point de vue de l'histologie pathologique, ne nous paraît pas sans importance pratique. A côté des infections associées ou secondaires qui surviennent dans la tuberculose et modifient ses caractères, à côté des hybridités tuberculeuses et syphilitiques, cancéreuses et syphilitiques, nous pensons qu'il faut faire place aux associations du tubercule et du cancer.
Verneuiletses élèves, Petit, Ramonât, Ozenne, en France, Lang, Steiner, Wheeler, à l'étranger, ont montré l'intérêt qui s'attachait à ces problèmes de pathologie complexe. Mais ils n'ont étudié que les lésions dans lesquelles la syphilis apparaissait étroitement combinée à la scrofule ou au cancer. Les relations de la tuberculose et du cancer n'ont pas fait l'objet, en France, de semblables travaux, sauf en ce qui concerne le lupus, mais elles ne sont pas ignorées des anatomopathologistes. Il y a déjà bien longtemps que Cruveilhier a rapporté à la Société analomique, dans une étude sur les sarcocèles, un cas de « sarcocèle aréolaire cancéreux et tuberculeux ». De petits tubercules en voie de caséiiication étaient
disséminés, dit-il, au milieu « d'une trame aréolaire, celluleuse ou plutôt fibreuse, disposée en lobules, et donnant à la pression un suc lactescent » (1).
Le cancer et la tuberculose se trouvent réunis dans des circonstances très différentes, mais nous pouvons considérer dès maintenant deux catégories principales de faits : tantôt le cancer se développe sur un foyer tuberculeux préexistant, tantôt la tuberculose se greffe sur un néoplasme déjà bien développé. Entre ces deux types extrêmes, bien tranchés, les deux maladies peuvent s'associer suivant des modalités très variables, telles que souvent l'observation clinique, aidée des examens histologiques, n'arrive souvent pas à déterminer l'ordre chronologique dans lequel sont apparues les lésions propres à chacune d'elles.