II. — DIVERSES FORMES D'ASSOCIATIONS DU CANCER ET DE LA TUBERCULOSE
Cette étude des lésions tuberculo- cancéreuses est fort importante, puisqu'elle peut apporter des documents très intéressants à la question de l'étiologie du ca)icer ; mais elle exige, pour donner des résultats sérieux , un examen rigoureux des types favorables, tel que l'interprétation soit de plus en plus réduite, et que les faitss'enregistrent, pour ainsi dire, d'eux-mêmes. Or, dans la plupart des cas, il n'«n est pas ainsi ; les combinaisons de la tuberculose et du cancer sont variées à l'infini,
(1) GoMUAULT. art. Cancer, in Traité de Médecine, de Brouardel et Gilbert, tome I, p. 437.
et l'observateur en est souvent réduit à interpréter de son mieuxl'histoireclinique, et les lésions qu'il asous les yeux, en essayant de reconstituer l'âge et la succession de ces dernières.
C'est pourquoi Lubarsch, qui a fait une étude très approfondie de ces symbioses tuberculocancéreuses, a proposé, pour apporter un peu de clarté dans la question, de classer les cas en un certain nombre de catégories distinctes, qui ont été admises par la plupart des auteurs.
Lubarsch (1) a coUationné les registres d'autopsie de l'Institut pathologique de Breslau du l"'- avril! 875 au l'''- juillet 1887, eta examiné 6536 procès-verbaux d'autopsie, quilui ont donné :
Tuberculose 2.668 40,8 %
Cancer 569 8,7 »
Parmi les 2.668 tuberculeux, étaient cancéreux 117 ou 4,4 %
— les 3.868 non tuberculeux, — — 432 » H,7 o
— les !j69 cancéreux, étaient tuberculeux H7 » 20,6 »
— les 5.967 non cancéreux, — — 2.251 » 42,7 »
De cette statistique nous dégagerons, tout d'abord, le fait général de la coexistence relativement assez fréquente du cancer et de la tuberculose, en réponse à l'opinion des anciens auteurs que nous rappelions plus baut. Chez des tuberculeux avérés, on a constaté, pendantla vie,
(1) LunAnscn. Virchow's Archiv f. palh. Anal. Bd. III, p. 281, Ueber den prim. Krebs des Pleur, nebst Bemerkunfren ùber das gleicbzeitige Vorkommen von Krebs und Tuberc.
OU découvert, à l'autopsie seulement, des cancers dans la proportion de 4,4 %, et réciproquement des cancéreux ont été trouvés tuberculeux, et surtout atteints de phtisie pulmonaire, dans le rapport de 20,6 % .
Les recherches de Zenker, Cordua et de Loeb ont confirmé les résultats obtenus par Lubarsch. Loeb (1), par exemple, sur 606 cas relatifs, soit à des tuberculeux, soit à des cancéreux, trouve la coexistence des deux maladies dans la proportion de 19,6 %.
La combinaison des deux types morbides n'est donc pas très rare sur le même individu. Les lésions se présentent suivant des modalités très variables. Lubarsch distingue 5 catégories :
L Coïncidence fortuite des deux affections qui ont été sans action apparente Vune sur Vautre. — C'est le cas le plus fréquent qui comprend largement lamoitiédes faits. On constateun cancer, par exemple, d'un organe, et une tuberculisation d'un autre viscère plus ou moins éloigné.
IL Cancer métastatique secondaire se développant sur un foyer tuberculeux récent ou ancien. — Puis la cachexie cancéreuse favoriserait une
(1) Loeb, Thèse de Munich, 1889.
poussée nouvelle de tubercules jeunes surles anciennes lésions, réveillerait, en quelque sorte, la virulence éteinte des bacilles emprisonnés dans le tissu de sclérose. Cette variété serait assez fréquente.
III. Sur un carcinome en pleine évolution apparaît une infection secondaire à bacilles de Koch. — Cette variété est particulièrement rare, pour Lubarsch, qui n'en a rencontré que trois exemples dans sa statistique. Loeb estime qu'elle se trouve assez fréquemment réalisée.
IV. Tuberculose chronique progressive, sur laquelle se développe un cancer. — Le processus tuberculeux, pour Lubarsch, n'engendre pas la carcinpse, c'est une cause prédisposante, au môme titre qu'un traumatisme qui affaiblit les résistances locales et favorise la détermination néoplasique.
V. Développement simultané, contemporain, du cancer et de la tuberculose. — On n'en connaît pas de cas authentique : c'est une vue de l'esprit qu'il faudrait justifier par des faits cliniques et anatomiques.
Telles sont les principales variétés d'associations tuberculo-cancéreuses, nous aurons à revenir sur quelques-unes d'entre elles; mais au-
paravaiit, il convient de rappeler quelques autres types de tuberculose coexistant avec des néoplasmes autres que l'épithélioma.
Iscovesco (1) a présenté à la Société anatomique un cas de sarcome pulmonaire simulantla phtisie. On constata la présence de nodules sarcomateux sur la plèvre; une masse également sarcomateuse infiltrait la base du poumon droit qui .contenait encore deux cavernes volumineuses ne paraissant pas tuberculeuses, enfin une série de granulations tuberculeuses étaient disséminées dans les deux poumons; l'examen histologique n'a pas été publié.
Reich (2) a étudié une tumeur cérébrale consistant en une combinaison de gliome et de tuberculose.
Clément (3) a observé un endothéliome de toute la région sous-maxillaire compliqué de tuberculose. Il s'agissait d'une femme de cinquante-deux ans, chez qui l'on fit l'ablation d'une volumineuse tumeur ulcérée de la région parotidienne et sous-maxillaire. On hésita tout d'abord entre un sarcome et un carcinome; mais la dis-
(1) Iscovesco. Bull, de la Soc. Anat., 1888.
(2) Reich. Uber einen aus glioniatos. und luberc. Bestandtheil. zusamniengesets Hirntumor. Arbeit. aus dem PaUi. Instit. zù Gœttingen, 1893, p. 167.
(3) Clément. Virchow's Archiv, Bd. 139, 1895.
position tabulée des éléments épithéliaux et l'absence d'alvéoles firent penser à un endothéliome d'origine périvasculaire, à cause des rapports très caractéristiques avec les vaisseaux, des tubes épithéliaux. Mais on rencontra, de plus, dans le stroma conjonctif, des foyers de petites cellules rondes, avec cellules épithélioïdes, cellules géantes, et, par places, de petites masses casceuses. Enfin, la constatation de bacilles de Koch rendit le diagnostic de tuberculose certain. Ces foyers tuberculeux étaient en pleine tumeur.
La néoplasie ayant récidivé, une nouvelle intervention donna de nouveaux fragments, dans lesquels on ne trouva que l'endothéliome sans productions tuberculeuses.
L'auteur estime qu'il s'agit d'une infection tuberculeuse secondaire venue de l'extérieur ; toutefois, la malade étant tuberculeuse, il est possible qu'il y ait eu envahissement de l'endothéliome par des ganglions antérieurement tuberculeux.
A ce dernier point de vue, ce fait se rapprocherait d'autres cas observés par Clément et dans lesquels on voit divers types de combinaison de cancer ou de tuberculose dans les ganglions lymphatiques.
L Cancer de la mâchoire inférieure, tubercu-
LOSE DES GANGLIONS DU COU. — La tuberculosG ganglionnaire avait précédé le cancer (la malade avait été opérée antérieurement de ganglions strumeux), il est vraisemblable que la tuberculose était restée torpide et que le cancer a favorisé le réveil de l'activité bacillaire.
II. Cancer du sein droit, tuberculose des ganglions AxiLLAiREs. — Ou peut peuscr que des bacilles provenant d'une lésion pulmonaire inappréciable ou de ganglions antérieurement tuberculisés ont trouvé dans ces glandes un terrain favorable et ont acquis une virulence nouvelle.