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SARCOMES DES TISSUS HÉ MO- ET L VMPIIOPOIÉTIQUES

Les néoplasies des tissus et organes hémo- et lymphopoiétiques, ganglions et tissus lymphatiques, moelle osseuse, rate, forment un groupe naturel et qui mérite d’être décrit à part, malgré les difficultés que rencontre encore actuellement une semblable étude.

Ces tissus présentent, en effet, une remarquable synergie fonctionnelle physiologique, qui se traduit à l’état pathologique par l'association fréquente de leurs altérations. Ils sont unis par la communauté d'origine de leurs éléments con.stituants, qui, de même famille et vraisemblablement de même souche, à des degrés divers de ditïérenciatioii, réagissent de fac^on similaire aux excitations morbides ; mais ils sont en outre en communication constante, par l’intermédiaire des appareils vasculaires auxc[uels ils sont annexés, ce qui nous oblige à les considérer, malgré les ajiparences d'organes distincts et distants, comme faisant partie néanmoins d'un seul et même appareil. Les ganglions lymphaticiues, les apjiareils lymphaticpies des nuniueuses du tube digestif, la moelle osseuse, la rate

(1) lîouviîuiîT, Sur une lumeur osseuse généralisée laquelle convieiulraiL le nom de tumeur i\ ostéoblastes. Thèse de Paris, 1878.

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sont en elTel en relations conslanics, et leurs allcralions irritatives ont la plus grande tendance à se montrer dilï’uses et similaires; dilïuses parce cpie, dans les divers points tlu corps, ces organes dilVérenls sont intéressés simultanément ; similaires parce que, dans leurs réactions, lorsqu’une forme de dilTérenciation cellulaire prédomine, elle caractérise la modalité réactionnelle des divers organes intéressés.

Dans les états infectieux, dans les états anémiques, dans les cachexies, on rencontre une altération similaire, et généralement contemporaine, des ganglions, de la moelle osseuse, de la rate.

Dans les états hyperplasiques, cette tendance est encore plus prononcée, d’où la fréquence extrême des hyperplasies et des néoplasies multiples de ces organes, adénopathies polyganglionnaires, hypertrophie simultanée des ganglions et des appareils lymphoïdes du tube digestif, hyperplasies spléno-ganglionnaires et spléno-médullaires, tumeurs multiples des os d’origine médullaire (chlorome, myélomes multiples). 11 en résulte des formes pathologiques singulièrement difticiles à classer dans les cancers ou dans les hyperplasies dilTuses; caries critériums de la malignité, qui nous ont servi pour toutes les autres variétés de tumeurs, se trouvent ici en défaut, en raison des propriétés mêmes des tissus intéressés.

Les particularités qui caractérisent les hyperplasies des tissus hémo- et lymphopoiétiques paraissent, en elTet, ressortir à un double mécanisme. Par leurs affinités naturelles, ces tissus peuvent subir simultanément et parallèlement les influences pathogènes. Parleurs connexions vasculaires, leurs éléments proliférés passent avec une grande facilité des uns aux autres.

Ainsi, de ces propriétés générales des tissus hémo- et lymphopoiétiques résultent certaines particularités d’importance au point de vue spécial qui nous intéresse, au point de vue de leurs altérations néoplasiques.

Nous avons, en effet, jusqu’ici considéré comme le critérium le plus sûr de la malignité des tumeurs l’expansion au dehors des cellules néoplasiques, leur pénétration dans les appareils vasculaires, sanguins et lymphatiques, et leur diffusion dans l’organisme.

Dans les appareils hémo- et lymphopoiétiques, une semblable diffusion, une semblable migration sanguine et lymphatique ne comportent pas du tout la même conclusion. Ou plutôt, c’est dans les alTections simplement hyperplasiques que nous trouverons au maximum l’envahissement du sang, des voies lymphatiques, la généralisation des altérations à toutes les parties, moelle, ganglions, rate, et dans les néoplasies vraiment cancéreuses la lésion initiale paraîtra circonscrite, restreinte à un organe, à un segment d’organe, et sa dilfusionnesefera que par cellules isolées, tout comme les autres cancers, et sans envahissement massif du sang, comme dans les hyperplasies.

Traité de médecine. XllI. — 26

P. MENETRFIÎR. - LE CANCER.

Ce paradoxe n’esL qu'apparent ; si, dans les hy|ierplasies des appareils lympho- et hémopoiéliques, dont le type le plus complet nous est présenté par les leucocythéinies, l’envahissement du sang et de la lymphe représente le phénomène le plus saillant, c’est précisément parce que les éléments en prolifération ont conservé en grande partie leurs propriétés fonctionnelles, ce qui est bien le fait des hyperplasies, et que l’envahissement des voies circulatoires fait en quelque sorte partie de leurs fonctions, et ne correspond point, en réalité, au phénomène de l’envahissement néoplasique. Ce dernier consiste, en elïet, dans la sortie des éléments hors de leur habitat normal ; mais le sang ou la lymphe doivent être considérés comme un habitat normal pour les cellules lymphatiques.

Si le groupement des néoplasies des organes hémo- et lymphopoiétiques est ainsi justifié par leurs affinités fonctionnelles, leur isolement des autres néoplasies conjonctives est rendu singulièrement malaisé par les conditions topographiques spéciales dans lesquelles elles se trouvent placées. L’élément fonctionnel, lymphocyte, myélocyte, cellules de la pulpe splénique, est en effet maintenu dans une trame conjonctivo-vasculaire et, pour la moelle, enserré dans une coque osseuse, et ces diverses parties ont, elles aussi, leurs formations néoplasiques, également de nature conjonctive, et dont la dilTérenciation est souvent malaisée. Dans les ganglions, la rate, les os, se développent des sarcomes fusiformes, des endothéliomes, des sarcomes ostéoblastiques, des sarcomes à myéloplaxes, des myxomes, etc., toutes tumeurs appartenant plus ou moins manifestement à la trame, au tissu de soutènement, et qui cependant, dans le langage commun, sont les sarcomes des ganglions, de la rate, les ostéosarcomes, et se trouvent ainsi confondus avec les tumeurs propres du tissu ganglionnaire, du tissu médullaire, du tissu splénique.

C’est cette confusion que nous voulons faire cesser, en décrivant à part les tumeurs de la trame, sarcomes du tissu conjonctif commun, sarcomes de la charpente osseuse, endothéliomes, etc., et les tumeurs des tissus hémo- et lymphopoiétiques que nous étudions présentement.

Pour établir cette distinction, il nous faut avant tout considérer l’élémentparenchymateux en prolifération néoplasique, etc'est d’après lui que nous caractériserons chaque type de tumeur, en passant successivement en revue les trois formes de dilTérenciation les plus accusées des tissus hémo- et lymphopoiétiques: tissu yangtionnuire, tissu médutlaire, et tissu splénique.

A. Tissu lymphoïde ou ganglionnaire. Lymphoinatoses. Lym phocytomes typiques et atypiques. — Bien que le tissu des ganglions lymphaticiues et des annexes lymphoïdes des muqueuses, tissu adénoïde, tissu lymphoïde, soit un composé complexe, d’une

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Irame réticulée, tle vaisseaux, île cellules, cellules endothéliales, cellules lyniphaliijues ou lymphocytes, c’est ce dernier élément, seul réellement actif dans les proliférations uéoplasiipies, que nous considérerons comme caractéristique de ces formes morbides. Et à l’expression usuelle de lijmphosarcome, qui laisse toujours planer un doute sur la nature réelle de la néoplasie, sarcome des ganglions ou sarcome du tissu ganglionnaire, nous substituerons, à l’e.xemple de Hihbert, le nom de Ijimphoci/lotne, d’une précision absolue. Ce ([ui présentera, en outre, cet avantage de nous permettre d’étudier en même temps les formes néoplasiiiues similaires, non ganglionnaires, et les néoplasies plus ou moins atypiques, où manque tout réticulum et qui, pour cette raison, sont habituellement décrites à part, sous la désignation, d’ailleurs parfaitement imprécise, de sarcome à petites cellules rondes.

Mais il nous intéresse également de reconstituer, pour les altérations prolifératives des tissus lymphoïdes, les étapes diverses du processus néoplasique, en partant des simples hyperplasies inllammatoires, jusqu’aux vrais rancers, et en passant par tous les stades de l’atypie et de la malignité progressives.

A ce point de vue, nous pouvons classer de la manière suivante ces formes diverses, qui se présentent d’ailleurs à nous non comme étapes successives, mais comme séries parallèles, pouvant éventuellement se confondre, mais restant distinctes dans la majorité des cas.

Nous avons, en etlét, des lésions primitivement locales, les hyperplasies inflammatoires des ganglions, qui nous montrent l’ébauche encore complexe, comme toutes les hyperplasies, du processus néoplasique, et qui restent lésions locales sans malignité; des lésions primitivement locales, mais qui prouvent bientôt leur tendance maligne, par leur extension infdtranle et la formation de métastases; ce sont les sarcomes du tissu lymphoïde, les lymphocylomes, conséquence probable des hyperplasies inflammatoires, sans que nous possédions de faits histologiques démonstratifs à cet égard.

Parallèlement, nous rencontrons des lésions diffuses, et cependant simplement hyperplasiques, et qui intéressent soit seulement les tissus lymphoïdes, soit aussi la moelle osseuse et la rate. Ces hyperplasies diffuses présentent une forme particulière de malignité due à l’envahissement du sang; nous les groujierons sous le nom de lymphomaloses, leucémiques ou aleucémiques.

Enfin la combinaison des unes et des autres est peut-être réalisée dans certaines formes morbides rares.

Ainsi notre description comprendra .

t“ Les hyperplasies inflammatoires locales, adénites ou adénopathies chroniques;

■2“ Les hyperplasies diffuses ou lymphomatoses ;

40'. 1>. MENETRIlil{. — TÆ CANCER.

3® Les néoplasies sarcomateuses, lymphocylomes typiques et alypiques;

4® Les lymphomatoses cl lymphocytomes combinés, tels que le chlorome.

Hyperplasies inflammatoires locales. — Dans les hyperplasies inflammatoires locales des ganglions, adénopathies chroniques d’allures torpides, rormant des masses lohulées, molles ou dures, localisées souvent à la région cervicale, et qualifiées cliniquement, soit de « lymphadénomes », soit d'adénopathies chroniques, d’adénopathies tuberculeuses même, on trouve une altération complexe où sont intéressés tous les éléments constituants du ganglion.

La structure générale du ganglion est conservée, mais la lésion se marque par l’hypertrophie ditïuse de tout le système folliculaire ; les follicules, très agrandis, sont néanmoins reconnaissables, et sont séparés par du tissu réticulé souvent hyperplasié lui-même et dans lequel les sinus sont élargis et présentent souvent une prolifération de leur endothélium. Dans ce tissu, la sclérose est plus ou moins intense, soit en larges travées, soit en fines fibrilles pénétrant tout l’organe. Les formes cellulaires sont généralement celles du tissu lymphoïde normal, soit du type leucocytaire, lymphocytes à noyau clair, mononucléaires à noyau clair, grands mononucléaires parfois, soit du type endothélial, par prolifération des grandes cellules des sinus (cellules typhiques de Rindfleisch). Et il y a, en général, peu ou pas de métaplasie.

Cependant, dans l’hyperplasie variolique, le ganglion peut donner naissance à des myélocytes et à des globules nucléés, c’est-à-dire devenir myéloïde. D’autre part, dans les adénites chroniques, un certain degré de déviation cellulaire est toujours possible; on peut y rencontrer des éosinophiles; dans deux cas d’adénopathies de causes inconnues, nous avons rencontré un grand nombre de cellules géantes, du type mégacaryocyte, à noyaux très clairs, et tous les intermédiaires entre ces cellules et les lymphocytes à peu près normaux, qui formaient la presque totalité des éléments cellulaires de l’organe.

Hyperplasies diffuses. Lymphomatoses. — Dans les hyperplasies inflammatoires locales, les lésions sont, comme nous venons de le voir, complexes ; dans les hyperplasies dilïuses et de cause inconnue que nous allons étudier, la spécialisation lymphocytique s’est précisée. Et nous les désignerons sous le nom de lymphomatoses pour exprimer cet état intermédiaire aux hyperplasies simples et aux néoplasies cancéreuses.

Il s’agit là, en etï’et, de ces alTections encore mal connues dans leur nature et leurs causes, et (jue l’on décrit sous les noms d'adénie, de leucémie lymphoyène ou lymphocytique, et qui, identiques dans leurs altérations ganglionnaires, se dilTérencient dans la seconde

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par l’alléralion similaire des appareils lu^malopoiéli(|ues, l’envahissemcnl du sang cl mc'nie des viscères. Celte dernière forme ressemble ainsi aux néoplasies malignes, aux cancers, tandis que la première, par sa marche el son allure, reste proche des hyperplasies inllammatoircs.

Les ganglions lijmphomaleiix sont volumineux, parfois énormes, tout en conservant leur forme, leur capsule ; il n’y a pas végétation du tissu en dehors de sa couche normale el envahissement des parties voisines, mais hypertrophie de l’organe ; le plus souvent aussi, hypertrophie des organes similaires voisins, et même de la totalité des appareils ganglionnaires et lymphoïdes de l’économie. Les ganglions hypertrophiés sont mous, grisâtres ou rosés, succulents à la coupe.

Au microscope, leur structure est profondément modifiée, non pas tant au point de vue de la morphologie cellulaire que de l’architecture même du tissu (fig. 108).

Les cellules sont, en elïel, des lymphocytes parfaitement typiques. Elles se présentent sous deux aspects qui se rencontrent d’ailleurs à l’état physiologique; des lymphocytes assez gros, à protoplasma relativement abondant, à noyau peu coloré, et dont le type normal se retrouve dans les cellules des centres germinatifs des follicules ; et de petits lymphocytes de 6 à 10 jj. de diamètre, à protoplasma peu étendu el non basophile, à noyau relativement foncé, mais dans lequel on reconnaît facilement les détails chromatiques, et correspondant aux lynqDhocyles ordinaires du sang circulant.

Ces cellules forment dans les ganglions une nappe diffuse et homogène, où l’on ne retrouve plus apparents les détails de la texture normale, la distinction entre les follicules et les sinus; ou plutôt l’apparence est celle d’un follicule géant, parcouru par des capillaires plus ou moins dilatés, et rempli d’une masse cellulaire dense. Le réticulum, peu visible quand toutes les cellules sont restées en place, s’observe facilement après pinceaulage ; il est formé de fibrilles el de vaisseaux, de fibrilles minces, en réseau à mailles serrées, el de fibrilles plus épaisses agglomérées autour des vaisseaux. On y rencontre également des cellules endothéliales. L’accroissement du tissu est donc complexe. C’est une lésion hyperplasique.

Mais la lymphomalose ne se borne pas au seul tissu ganglionnaire. Les tissus lymphoïdes du tube digestif, amygdales, plaques de Peyer, follicules clos, peuvent être également hyperplasiés, avec des lésions similaires.

Enfin, une altération identique i)cul envahir les organes hémopoiéli(jues, rate et moelle osseuse.

Dans la rate, très augmentée de volume, lisse, et en coupe d’une couleur rouge violacé uniforme, c’est une infiltration lymphocytique diffuse, analogue à celle du ganglion, bien qu’un peu moins régn-

P. MENETRIER. — LE CANCER.

lièrc, mais néanmoins avec disparition de loulc distinction entre les follicules et les sinus de la pulpe.

Dans la moelle osseuse, de couleur rouge, très cellulaire, où les vésicules adipeuses, même chez l’adulte, ont presque entièrement disparu, ce sont encore les lymphocytes qui prédominent, et cet aspect très spécial, lymphomateux de la moelle, contraste complètement avec l’état normal des moelles actives et avec les autres variétés d’hyperplasies médullaires. Il y a cependant encore des myélocytes, îles érythrocytes, des mégacaryocytes, mais ces éléments sont en quelque sorte perdus dans la masse lymphocytique.

L’altération du sang par envahissement des lymphocytes proliférés est un phénomène fréquent, mais non constant, au cours des lymphomatoses, d’où les trois formes que l’on peut rencontrer : lymphomaloses aleiicémiques (sans modification sanguine qualitative, ni quantitative) ; lijmphomalose subleucémiqiie (sans modification du nombre des leucocytes, mais avec modification qualitative, c’està-dire lymphocytémie, en l’espèce); et enfin lymphomalose leucémique ou leucémie lymphalique, leucémie lymphocylique.

Les conditions qui règlent l’envahissement du sang parles leucocytes néoformés dans les lymphomatoses nous sont d'ailleurs encore complètement inconnues.

C’est dans la lymphomalose leucémique que nous rencontrons surtout la diffusion de la lymphomatose à tout l’appareil hémo- et lymphopoiétique. C’est dans cette forme aussi que l’on peut trouver un envahissement des viscères par des néoformations lymphomateuses.

Ces formations se rencontrent surtout fréquentes dans le foie, et la description des lésions que nous avons observées dans un foie de leucémie lymphocytique nous suffira à en donner idée.

Ce foie, très hypertrophié, mais sans aucune apparence néoplasique, présente à l’examen histologique un semis d’amas lymphoïdes assez régulièrement distribués, et correspondant aux espaces portes; à leur niveau, la gaine de Glisson est enlièrement infiltrée de lymphocytes, pour la plus grande partie des lymphocytes à noyau clair, contenus dans une trame réticulée, et entourant les vaisseaux sanguins ou biliaires conservés. Du coté du parenchyme hépatique, l’amas lymphoïde se limite nettement, sans tendance à s’infiltrer entre les cellules hépatiques qui ne paraissent même pas notablement comprimées. Une semblable accumulation lymphoïde se retrouve à la surface du foie, dans le tissu conjonctif sous-péritonéal. Les veines sus-hépati(iues ne sont généralement pas entourées de tissu lymphoïde et restent, comme à l’état normal, en contact direct avec les cellules hé|)atiques. Ce fait n’est pas constant et nous l’avons trouvé moins marqué dans un autre cas. Enfin, dans les capillaires on retrouve avec les globules rouges des lymphocytes disséminés, plus

CAXCÆHS l)i:s '1'1SSL:S CON.IOXC'I IVÜ-VASCULAIUI'.S.

nombreux que normalement, mais ne formant pas d'amas, isolés les uns des autres, et ne rappelant aucunement l’apparence de distension vascidaire leucoc} tique propre à la leucémie myéloïde.

Les formations lymphomateuses des autres organes se pi-ésentent avec des apparences analogues.

Comme on le voit, cette dernière forme de lymphomatosc se rapproche singulièrement de l’évolution des cancers, puis(iu’il y a non seulement hyperplasie des organes lymphoïdes, hyperplasie lymphocytique des organes hémopoiétiques, mais encore formations lymphomateuses dans des tissus qui ne peuvent être rangés ni dans l’une ni dans l'autre classede cesorganes. Et pourtant ces formations, bien que d'origine métastatique, restent de type hyperplasique; elles sont complexes : il y a non seulement accumulation de lymphocytes, mais encore néoformation d’un réticulum, et en somme constitution d’un tissu analogue au tissu ganglionnaire.

Non seulement la néoplasie reste typique, mais encore elle ne présente pas la progression infiltrante, et surtout l’activité destructrice jtropre aux éléments cancéreux envahissant les tissus.

Les lymphomaloses ne sont pas destructrices, elles restent typiques; nous ne saurions donc les confondre avec les néoplasies cancéreuses; elles sont néanmoins infeclantes, ce ne sont donc plus de simples hyperplasies, et elles nous présentent ainsi une forme particulière de l’évolution néoplasique, qui paraît essentiellement propre à l'évolution néoplasique des tissus hémo- et lymphopoiétiques, et qui tient évidemment aux propriétés migratrices normales de leurs éléments cellulaires.

Néoplasies. Lymphocytoines typiques. — Nous entrons maintenant seulement dans l'étude des néoplasies malignes, des cancers vrais. Leur forme typique, le liimphadénome malin des auteurs (car on donne aussi le nom de lymphadénome aux formes hyperplasiques que nous venons de décrire) présente en elfet une structure très proche de la forme adénoïde, et l’on y rencontre non seulement l'élément cellulaire lymphocyte, facilement reconnaissable malgré un certain degré de métatypie, mais encore un stroma réticulé.

La structure (fig. 83 et 84) en est donc assez semblable à celle des formes hyperplasiques et rappelle celle des appareils lymphoïdes dont il dérive. Les cellules se présentent également sous les deux variétés, lymphocytes à noyau clair, lymphocytes à noyau coloré, mais avec plus d’irrégularités de formes; on trouve dans certains cas une assez grande quantité de cellules éosinophiles. Le réticulum est d’abondance variable; parfois les cellules sont relativement espacées dans un réticulum à fibrilles nombreuses, et dont les intervalles sont imbibés de liquide; ou les fibrilles épaisses sont tassées, et par places le tissu se rapproche du tissu fibreux ; d'où de grandes variétés de consistance des tumeurs.

P. MENETUIlîH. — EE CANCER.

De ces éléments multiples, les lymphocytes sont cependant les seuls éléments vraiment néoplasiques, les vaisseaux et le réticulum constituant seulement la charpente de soutien et de nutrition C’est en eflet par la multiplication des lymphocytes que la tumeur s’accroît, les mitoses se rencontrent dans les grandes cellules à noyau clair, et il n y en a pas dans les lymphocytes à noyau très coloré. C est par les cellules proliférées que se fait l’envahissement de la tumeur; ce sont les lympliocytes qui infiltrent les parties voisines, qui pénètrent les interstices des tissus, qui envahissent les vaisseaux lymphatiques et sanguins et se disséminent par leur intermédiaire; les métastases

Fig. 83. — Lymphocytome typique, ou lyniphadénonie de la base de la langue

(Menelrier).

Le tissu néoplasique est d’apparence très unirorme ; il est constitué par une infinité de cellules, petites et rondes, du tj'pe lymphocyte, et tellement nombreuses qu’à ce grossissement elles masquent complètement le réticulum qui les renferme. La tumeur, qui a pris son origine dans les appareils lymphoïdes de la base de la langue, est envahissante et destructive; elle s’infiltre entre les fibres musculaires qui s’atrophient et disparaissent. Elle n'était pas ulcérée, mais l’épithélium de la surl'aee, déjà très aminci et distendu, paraît en voie de destruction.

A, masse néoplasique lymphocytique ; B, épithélium pavimenteux lingual; C, épithélium aminci et eu voie de destruction ; D, tissu musculaire de la langue, sclérosé et vascularisé. (Grossissement : 49i5.)

commencent uniquement par un dépôt de lymphocytes dansles tissus ; la formation du réticulum est un phénomène secondaire et comparable à la formation du stroma conjonctif dans les néoplasies épithéliales.

On peut en elTet discuter sur rimporlance du réticulum dans le lymphadénome : nombre d’auteurs pensent qu’il fait, au même titre que les cellules, partie de la néoplasie, et serait peut-être même d’origine indépendante, analogue au réticulum de nature cellulaire tel (jue Laguesse l’a décrit dans la rate en voie de développement.

Nous jîensons au contraire, ainsi ijiie nous venons de le dire, (jue

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la trame réticulée du lymphadéuomc est une formation secondaire, en rapport avec l’activité propre des lymphocytes, car elle ne se rencontre que là oii sont des lymphocytes, n’apparaissanl qu’après les lymphocytes et sans qu'il soit possible de constater dans la formation des noyaux secondaires la métastase d’un autre élément que le lymphocyte. C'est donc le lymphocyte, seul élément migrateur, .pii (loit être considéré comme le seul élémentnéo|)lasique. La formation du réticulum manifeste la conservation de fonctions j.hysiologiques

Fi". 81. — Lympliocyloiiie typique ou l^'mpl.adénome (Menetrier).

Mémo tumeur que figure 57, à im plus fort grossissement.

Les éléments cellulaires sont des lynqjlincj'tes volumineu.v, dont les noyaux l.ien colorés, à réticulum cliromatique net, montrent une irrégularité plus grande que ceux des lymj.liocy tes normaux ; outre leur hypertrophie, ces éléments présentent donc un certain degré de metatypie néoplasique. Le réticulum est parfaitement net, ses fibrilles sont seulement plus irrégulières que dans le tissu réticulé normal.

A, A', , lymphocytes néoplasiques à noyaux hypertrophiques; R, li’, stroma

réticule dont les fibrilles s’insèrent sur les parois rfun vaisseau; C, vaisseau sanguin. (Grossissement; 830^.)

du lymphocyLe, el c’esl pourquoi nous considérons comme typiques les lymphocylomes présentant un réticulum, el comme atypiques les lymphocytomes sans réticulum, et qui accusent ainsi un trouble fonctionnel plus profond de leurs éléments cellulaires.

Macroscopiquement, ce sont des tumeurs de volume variable, d'aspect encéphaloïde, molles, grisâtres, avec des îlots rouges correspondant à des dilatations vasculaires ou à des loyers hémorragiques, parfois avec des parties opatiues, caséeuses, lardacées ou (litres comme du cartilage.

Ils siègent dans les ganglions dti cou, de l’aisselle, du médiastin.

P. MKNETKIER. — LE CANCER.

tlu bassin, du inésenlèrc; dans le lliynius, les amygdales, à la base de la langue, dans l'inleslin, plus raremenl dans les viscères.

11 faut d’ailleurs faire certaines réserves en ce qui concerne le développement du lymphadénoine dans les organes qui ne renferment pas normalement de tissu lymphoïde; l’exemple de l’épithéliome séminifère, si souvent décrit comme lymphadénome du testicule, montre en elfet la facilité des erreurs.

Les lymphocytomes envahissent de proche en proche les parties voisines, la peau, les bronches, la trachée, le cœur, l’intestin, s’étendant dans les parois du tronc, infdlrant les muscles et les aponévroses. Nous avons vu la verge envahie et transformée par l’extension d’un lymphocytome des ganglions de l’aine, ce qui cliniquement avait déterminé un priapisme douloureux. Ce sont donc des tumeurs envahissantes et destructrices des éléments des tissus auxquels elles se substituent.

Le lymphocytome se dissémine également par les voies vasculaires,, et forme des métastases, principalement dans les appareils lymphatiques, mais aussi dans les viscères. Dans les poumons, il produit des nodules analogues à la tuberculose miliaire; dans le foie, la rate, ce sont soit des noyaux circonscrits, soit une infiltration diffuse; il: envahit également les reins, l’intestin, l’estomac, la peau, etc.

Mais, contrairement aux lymphomatoses, le lymphocytome nes’accompagnejamais deleucémie, ni qualitative, ni quantitative, etl’on trouve seulement dans le sang une leucocytose plus ou moins forte, à type de polynucléose.

Lymphocytomes atypiques. — Nous guidant toujours sur la forme cellulaire en prolifération néoplasique, nous devons également ranger dans les lymphocytomes toutes les tumeurs où, sans réticulum appréciable, l’élément cellulaire se présente avec les caractères du lymphocyte. Ce sont des lymphocytomes métatypiques ou atypiques, puisqu’ils ne rappellent qu’imparfaitement le tissu qui leur a donné naissance et marquent, par l’absence du réticulum, le trouble plus profond de la fonction cellulaire, et nous y pouvons ranger le plus grand nombre des tumeurs communément décrites sous le nom de sarcomes à petites cellules rondes, de sarcomes globo-cellulaires, et que tous les auteurs décrivent en effet comme formées de petites cellules semblables à celles du tissu de granulation (^Billroth). Or les petites cellules du tissu de granulation sont en effet en majorité des lymphocytes.

Les cellules (fig. 85) sont à gros noyau rond, riche en chromatine, avec très peu de protoplasma. La substance intercellulaire est grenue, et très peu abondante. Les vaisseaux sont seulement des capillairesà simple paroi endothéliale. Souvent d’ailleurs on rencontre des fonnesr cellulaires irrégulières et notamment des formes géantes multinucléées.

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Nous rangerons égalemeiil dans les lyinpliocyloines aly|)i(|ues les t'orincs décrites comme « sarcomes à cellules polymorphes » oii l’on trouve, à cùlé de cellules lymphocytaires typitpies, ou ayant l’aspect

Fig. Sa — Lyjiiphocylonie atypiciiie. Sarcome à petites cellules rondes (Menclrier.)

Provient d'une tumeur du creu.v axillaire ayant eu vraisemblablement son point de départ dans les ganglions de cette région. Par suite d’une erreur dans le choix du point à dessiner, le vaisseau représenté occupe une place plus importante qu’il ne conviendrai!, celle tumeur ne présentant aucunement une x’ascularisation anormale.

Le tissu néoplasique, d’aspect très uniforme, est uniquement formé de petites cellules rondes, tassées les unes contre les autres, et sans aucune apparence de réticulum. Outre cette atypie de texture, on constate des signes de métatypie cellulaire, les cellules étant relativement volumineuses, et un grand nombre renfermant dans leurs noyaux des nucléoles hypertrophiques. Malgré cela, le type lymphocy tique est ])arfailement reconnaissable, et l'origine ganglionnaire de la tumeur en confirme la nature et autorise à ranger dans les lymphocytomes cette tumeur qui, en raison de l’absence complète de réticulum, correspond exactement à la forme sarcome à petites cellules rondes de la i)lupart des auteurs.

A, ca|)illairc sanguin; 11, tissu ncoi)lasiquc lymphocy ticjue. (Grossissement: 31'".)

des grands mononucléaires, des cellules plus volumineuses, irrégulières à gros noyau, soit foncé, soit môme vésiculeux, et sans mélange de cellules fusiformes. Fait essentiel, on trouve tous les intermédiaires entre le lymphocyte typique et la grosse cellule qu'il serait sans

cela impossible de rallacherà aucun tissu. D’autre pari, on peut y trouver parfois un certain nombre de cellules ayant évolué vers le type myéloïde, des éosinophiles souvent, des mégacaryocytes parfois, des myélocytes très rarement.

Les cellules des lymphocylomes atypiques se voient en amas

Fig. 86. — Lympliocylome atypique osseux. Ostéosarcome à petites cellules rondes

(Menetrier).

Le tissu néoplasique est formé de petites cellules rondes, à noyau coloré, à mince couche proto])lasmique, et correspondant exactement au type lymphocyte. 11 n’y a pas de réticulum. Les cellules sont groupées en amas arrondis, en cordons, en traînées de forme irrégulière dans un stroma conjonctif fibreux. L'os est pénétré et dissocié et présente, même à distance du néoplasme, l'aspect de l'ostéite raréfiante. La tumeur était trop développée au moment de l’examen pour qu'il fût possible de préciser son origine exacte, aux dépens du périoste ou de la moelle osseuse.

A, A', masses néoplasiques formées de lymphocytes agglomérés; R, stroma conjonctif et vasculaire; G, G', lamelles osseuses. (Grossissement : lO'* .)

cohérents, OU en nappes dilTuses et homogènes sans réticulum, mais avec un stroma conjonctif emprunté au tissu de la région, qui limite les amas cellulaires, mais n’envoie (jue de rares fibrilles à leur intérieur.

Ce sont des tumeurs molles, à croissance rapide, formant des masses d’aspect encéphaloïde, parfois lélangiectasiques, avec foyers hémorragiques. Elles se développent fréquemment dans les

CANCEHS DES TISSUS CONJONCTIVO-VASCULAI UES. ia-il3

orj^anes lymplioïcJes, les ganglions, Iclnbe digeslif, l’inleslin grOle : la plnpaiT des sarcomes primilifs de l’inleslin grôle sont des lymphocylotnes alypicpies; les amygdales; le Ussn conjonctif des muqueuses et des séreuses ; le tissu conjonclif intermusculaire, le périoste; les os; bon nombre des tumeurs étiquetées ostéosarcomes sont également des lymphocytomes (fig. 80) ; les méninges, la peau, les reins, le foie, la rate, etc. Les lymphocytomes atypiques présentent l’infiltration destructrice dans les tissus avoisinants, et la dissémination métastatique par les voies lymphatiques et sanguines ; ce sont des tumeurs de grande malignité. Mais ils ne s’accompagnent jamais de leucémie, ni qualitative, ni quantitative, mais seulement de leucocytose plus ou moins forte, à type de polynucléose.

Lymphomatoses et lymphocytomes combinés. Chlorome. — Ainsi que nous venons de le voir, les lymphomatoses et les lymphocytomes paraissent constituer deux évolutions bien distinctes, les premières surtout hyperplasiques et s’accompagnant fréquemment de leucémie, les seconds vraiment néoplasiques, en tumeurs d’abord locales, infiltrantes, destructrices et infectantes, mais sans présenter jamais de lymphocytémie.

Il existe cependant une forme morbide, fort rare, et qui paraît réunir les caractères des unes et des autres : c’est le chlorome.

Le chlorome, cancer vert d’Aran, est formé de tumeurs osseuses, qui se développent surtout au niveau du crâne, de la colonne vertébrale, et s’étendent de là au reste du squelette et aux ganglions lymphatiques. Ces tumeurs se caractérisent par leur couleur verte. Leur structure histologique est celle du lympliocytome ; elles sont en effet constituées de lymphocytes, principalement de gros lymphocytes, situés dans les mailles d’un tissu conjonctif lâche. Et en même temps on trouve dans le sang des malades un fort pourcentage de lymphocytes avec un chiffre leucocytaire normal ou peu augmenté (lymphocytémie qualitative), ou même, à une période tardive, une forte lymphocytémie quantitative.

Il paraît du reste y avoir des variétés différentes de chlorome. Stanislas Klein et J. Steinhaus (1) en ont observé où les tumeurs étaient en grande partie formées de myélocytes.

D’ailleurs, et inversement, une partie des faits décrits comme myélomes multiples paraissent également concerner des lymphocytomes.

P). Tissu myéloïde ou de la moelle osseuse. Myélomatoses et myélocytomes. — Le tissu de la moelle o-sseuse, ou tissu myéloïde, est de composition cellulaire beaucoup plus complexe que le tissu lymphoïde. Il renferme également des lymphocytes, mais il présente

(1) Stanislas Klein et .Iulius Steinhaus, Ueber clas Clilorom (Centr. f. allfj. Palh. U. palh. Anal., 1901).

P. ÎMl'NiîTRIER.

il'.

en otilre des formes de dilférencialion cellulaire qui lui sont propres, et qui sont : les myélocytes, gros éléments mononucléés dont le protoplasma contient des granulations à aflinités colorantes électives; les érythrocytes, cellules hémoglobiques nucléées, et les mégacaryocytes, cellules géantes à noyau multilobé, et qu’il ne faut pas confondre avec les myéloplaxes, éléments géants multinucléés qui se rencontrent sur les contins du tissu médullaire et appartiennent en réalité au tissu de charpente oseuse.

Ces éléments dilférenciés sont également spécialisés dans des fonctions dilTérentes, concourant à la rénovation des cellules du sang, les uns des leucocytes, les autres des globules rouges. A l’état normal, chez l’adulte, ces fonctions sont assurées par une très petite portion du tissu médullaire, seule active, et la plus grande partie, notamment dans la diaphyse des os longs, est remplacée par de grosses vésicules adipeuses, qui semblent jouer le rôle d’éléments de remplissage.

Hyperplasies inflammatoires locales. — Nous connaissons fort mal les hyperplasies inllammaloires locales du tissu de la moelle osseuse ; dans les traumatismes, les fractures, il semble que ce soient surtout les élémentsdes tissus de charpente qui entrent en activité ; du moins, dans les descriptions des auteurs, il n’est pas suftisamment spécifié le rôle propre à chaque variété de cellules pour que, faute d’expérience personnelle, nous puissions en tirer profil dans l’élude des stades initiaux du processus néoplasique.

Hyperplasies diffuses. Myélomatoses. — Sous l’influence d’incitations fonctionnelles diverses, le tissu médullaire présente des hyperplasies réactionnelles diffuses, consistant dans l’extension des parties actives, et dans la régression corrélative des parties graisseuses du tissu médullaire. Et, selon la cause irritative, les réactions sont spécialisées sur tels ou tels éléments constituants de la moelle, les infections agissant surtout sur les éléments de la série blanche producteurs de leucocytes, les déperditions sanguines provoquant l’entrée en action des éléments de la série rouge. Ces réactions médullaires représentent en somme un phénomène physiologique et, si développées soient-elles, n’appartiennent pas en réalité au processus néoplasique; elles confinent néanmoins, dans leurs formes les plus intenses, aux hyperplasies dilfuses de forme chronique, d’évolution progressive, que nous désignerons sous le nom de imjélomaloses, en parallèle aux formes similaires que nous avons étudiées ilans les hyperplasies lymphoïdes. Leur analogie avec les hyper|dasies fonctionnelles nous permet de leur supposer une palhogénie analogue, mais leurs causes nous sont réellement inconnues, et par là encore elles se rapprochent des processus néoplasiques.

Les mijélornaloses (1) se ditférencicnt donc des hyperplasies fonc-

(1) ME.'yETiiiisn et Aihieiitin, Classilication des myélomatoses (Joiirn. de phijsiol. cl de palli., (jên., 1906'.

CANClîUS Dl'S TISSUS CONJOXCTIVO-VASCül.AIRl'S. I» — 'tl5

lionnelles, moins par leur slruclure cellulaire el arcliileclurale, (pii resle à peu prés lypi([ue, ((ue par leur évolulion progressive et leur (lilïusiou ù tout le système méiliillaire, même à tout le resle de l'appareil hémopoiélique, elle plussouvenlavec euvaliissemeul du sang.

Elles se dislinguenl d’autre part des néoplasies vraies, des cancers, parce (]ue la prolifération cellulaire reste typi([ue, et surtout parce que renvahissement n’est ni infdlrant, ni destructeur, mais demeure boniaux appareils vasculaires, prolongements naturels du système hémoé et lymphopoiélique.

Comme tous les processus hyperplasiques, les myélomatoses sont complexes; elles sont néanmoins spécialisées par une forme cellulaire prédominante, qui servira à les caractériser, el qui peut appartenir il chacune des variétés lypiquesdu tissu médullaire, série rouge, myélomatoses hémoglohiques, série blanche, myélomaloses leiicoc y la ires.

Nous n’insisterons pas sur les myélomaloses hémoglohiques, leur.s connexions néoplasiques nous étant ii peu près complètement inconnues, puisqu’il n’existe jusqu’à présent qu’une observation de HibbeiT de tumeur à érythrocytes.

Les myélomalosesleucocy la ires sonl au contraire beaucoup plus intéressantes, soit par elles-mêmes, soit par leurs connexions avec lesmyélomes elles myélocy tomes, formes malignes des néoplasies médullaires.

Les myélomaloses leucocytaires sont lymphoïdes ou myéloïdes. Nous avons déjà décrit la première avec les hyperplasies lymphoïdes dilfuses, car c’est en réalité une lymphomalose médullaire.

La myélomalose myéloïde constitue donc à proprement parler la myélomatose typique. Elle atteint parallèlement la rate et les ganglions lymphatiques, qui subissent une transformation similaire de leur tissu, el s’accompagne le plus souvent de myélémie; son type le plus complet est la leucémie myéloïde (1).

L’hyperplasie lie la moelle est surtout à observer dans le canaldesos longs. La moelle diaphysaire est grisâtre ou rougeâtre, toute trace de graisse a disparu Mais si le tissu médullaire est modifié dans ses apparences, il n’y a pas tumeur à proprement parler, le tissu osseux est intact, non envahi, non modifié.

Au microscope, la moelle présente l’aspect d’une nappe homogène de tissu leucocytaire, avec disparition complète des vésicules adipeuses, el semée de place en place de mégacaryocytes nombreux el volumineux. Les cellules sont surtout des myélocytes à granulations neutrophiles, gros myélocytes à noyau clair, énorme, remplissant presque toute la cellule, myélocytes moyens el petits, à noyau rond, bien coloré, el pourvus de granulations abondantes; nombreux myélocytes en karyokinèse.

(1) Menethier el Auderti.v, La leucémie myéloïde. Paris, 1906. — Kvülulion de la leucémie myéloïde (.ïrc/i. de méd. expér., 190(3).

I'. MliNETRIEK. — LE CANCER.

Les autres formes cellulaires, polynucléaires, mononucléaires non granuleux, globules nucléés, sont au contraire en proportions beaucoup moindres. Donc, dans la moelle osseuse, il y a bien hyperplasie myélocy taire, mais le tissu médullaire, enfermé dans sa coque osseuse, ne présente pas d’hypertrophie.

Dans la rate, la transformation myéloïde s’accompagne d’une hypertrophie colossale ; les rates de leucémie myéloïde sont les plus grosses rates, et nous avons dans un cas noté le poids de 7’*iî,500.

Dans la rate myéloïde, les corpuscules de Malpighi ont complètement disparu, et le tissu est formé d’une nappe cellulaire uniforme; les cellules sont tassées les unes contre les autres, et séparées seulement par un très fin réticulum. Ces cellules sont surtout des mononucléaires à gros noyau clair, myélocytes à granulations neutrophiles pour la plupart, éosinophiles et basophiles pour quelquesuns. On y trouve également en nombre relativement élevé des polynucléaires; quant aux cellules non granuleuses (lymphocytes à protoplasma clair, ou myélocytes basophiles), elles sont relativement peu nombreuses. Les globules rouges nucléés sont assez abondants. Enfin on trouve des mégacaryocytes moins volumineux et moins nombreux qu’au niveau de la moelle. Ces lésions spléniques sont surtout nettes dans les formes encore peu avancées de l’alTection ; plus tard il se développe une sclérose progressive qui se substitue à l’hyperplasie cellulaire et la remplace.

Les ganglions en transformation myéloïde sont peu augmentés de volume; la transformation y paraît relativement tardive, et nombre de ganglions présentent encore leur architecture normale en grande partie conservée ; dans ces cas, c’est dans les sinus que se voient les éléments myéloïdes, myélocytes et mégacaryocytes, les follicules restant uniquement lymphocytaires, en sorte qu’on peut se poser la question d’un envahissement métastatique des ganglions.

La rayélomatose leucémique ne se borne pas aux organes hémo- et lymphopoiétiques : le sang charrie les myélocytes en nombre énorme; par son intermédiaire, les organes sont envahis, mais cet envahissement reste purement vasculaire; l’accumulation des cellules blanches distend les vaisseaux, et ainsi augmente le volume des organes, mais il n’y a pas infiltration des myélocytes dans l’épaisseur même des tissus, il n’y a pas formation de tumeur, il n’y a pas envahissement néoplasique. Et dans sa forme généralisée, la myélomatose reste encore ainsi un processus simplement hyperplasique, et distinct des cancers.

Néoplasies. Myélocy tome. — Le tissu myéloïde présente une forme de cancer qui lui est|)ropre, et ({ui, habituellementconfondue avec les tumeurs de la charpente osseuse, les ostéosarcomes, et les tumeurs à myéloplaxes, avait été cependant parfaitement isolée et décrite par

Fig. 87. — Myélocylome (MeneLrier).

Coupe d'ensemble, à un faible grossissement, et provenant d’une tumeur développée à la partie moyenne de la clavieule et enlevée par Lejars avec le diagnostic clinique d'ostéosarcome.

Le tissu osseux présente une apparence spongieuse, par suite de la distension de ses cavités, toutes remplies de tissu néoplasique, qui, A la périphérie, s’étend également en traînées cellulaires entre les faisceaux fibreux du périoste épaissi.

A, A', A", tissu néoplasique formé par la prolifération myélocytaire et remplissant les cavités irrégulières et diversement communicantes qui creusent la substance osseuse; B, B', B", trabécules osseuses; C, C', couche périostique épaissie et fibreuse; D, D'. D", traînées de cellules néoplasiques infiltrant le périoste. (Grossissement : 121*.)

une certaine analogie d’aspect, et auxquelles conviendrait le nom de myélo'ides. » Le terme médullocelle étant aujourd’hui désuet, nous appellerons cette forme néoplasique myélocijtome.

(l) Hobin, art. Médullocelle du Dictionnaire de médecine de Littré et Robin.

Traité de médecine. XIII. — 27

CANCERS DES TISSUS CONJONCTIVO-VASCL’LAIRES. 13-417

Hobin (1) sous le nom de tumeur à médullocelles. « Ce sont, dit-il, les seules tumeurs qui naissent delà moelle des os, conservent avec elle

Ces tumeurs se développent au centre des os, au milieu des diaphyses, ou dans le tissu spongieux des épiphyses et des os courts. Le tissu néoplasique, d’abord contenu dans les cavités osseuses, les distend, corrodant l’os au pourtour, le réduisant en lamelles écartées et dissociées, et détermine ainsi une augmentation

sî" ®

“À. tâ.c '

1''!^. 88. — Myélocytome (Menelrier).

Un point de la coupe représentée à la figure 87 à un plus l'orl grossissement.

Le tissu néoplasicjue est formé de cellules très se blahles, rondes ou vaguement polygonales, à gros noyau sphérique, pourvu d'un fin réticulum chromatique et généralement sans nucléoles, à protoplasma assez étendu.

Un certain nombre ont leur noyau pyenotique et sont en voie de dégénérescence. Quelques-unes sont en karyokinèse. Ces éléments présentent les plus grandes ressemblances mor])hologiques avec les myélocytes de la moelle rouge normale; ils ne l'enferment toutefois pas de granulations.

A, A', cellules rondes à gros noyau ; B, cellule en karyokinèse ; C, C', cellules à noyau.\ pyenotiques; D, masses cellulaires dégénérées; E, stroma conjonctif. (Grossissement : 800^.)

du volume de l’os, une lumeur osseuse. Puis, arrivé à la surface, il envahit également le périoste, et végète au dehors, formant des masses d’aspect encéphaloïde, qui engainent l’os et s’étendent aux parties voisines. Le tissu est grisâtre ou d’un gris rosé, sa consistance est un peu supérieure â celle de la moelle normale, mais friable et se réduisant en fragments ou en pulpe par la pression (fig. 87, SS, S9).

CANCERS DES TISSUS CONJONCTIVO-VASCUU AIRES. 13-419

Sur les coupes, cl quand l’alïeclion n’esl pas encore très avancée, comme dans les cas que nous avons fait dessiner, et (|ui concernent l’un un myélocylome de la partie moyenne de la clavicule, et l’autre un myélocytome de l’extrémité inférieure du péroné, on voit entre les

Fig:. S9 — Myélocylome MeneLrici’).

Coupe d'ensemble à un très faible grossissement d'une tumeur de l'extrémilé inférieure du péroné, enlevée par Broca, chez un enfant de douze ans, avec le diagnostic clinique d’ostéosarcome.

Le néoplasme a rempli les alvéoles du tissu spongieux de l'épiphyse du pérom'-. les distendant, et sortant de toutes parts de la coque osseuse qui l’enserre ; il s’épand dans les tissus a^'oisinants, sous lorme de traînées, de cordons ou de niasses lobulées qui engainent complètement l’extrémité osseuse et végètent dans les parties molles

A, A', trabécules osseuses qui, par suite du mode de coloration emiiloyé, paraissent plus foncées que le tissu néoplasique qui les sépare. A la périphérie en B, B', on voit nettement l’écartement de ces lamelles osseuses dissociées par le tissu néoplasique C. C', qui se continue directement avec les masses périphériciues de la tumeur D, D' engainant l’os et se déveloiipant dans les parties molles avoisinantes F, F'; E, E', tissu néoplasique dans les alvéoles au centre de l’os. (Grossissement : B>.)

trabécules osseuses, érodées, écartées et dissociées, et eu partie remplacées par des travées fibreuses, des cavités irrégulières et communicantes remplies par un tissu néoplasique formé de cellules rondes tassées les unes contre les autres.

L’apparence du tissu est très uniforme ; les cellules sont accumulées

P. MPNKTHIER. — lÆ CANCER.

les unes conlre les autres, maintenues et séparées par une substance amorphe linement granuleuse, et généralement séparées des travées osseuses par du tissu conjonctif lâche, en sorte qu'il n’y a pas de contact entre la couche ostéoblastique périphérique des lamelles osseuses et le néoplasme médullaire. Hors de l’os, le stroma est formé par le tissu conjonctif de la région densifié en travées pourvues de vaisseaux. Les masses néoplasiques elles-mêmes sont parcourues de capillaires, assez nombreux, à mailles polygonales et tapissés d’une simple paroi endothéliale.

Les cellules sont rondes; elles deviennent ovoïdes ou polygonales, (juand elles sont pressées les unes contre les autres. Leurs noyaux, volumineux, présentent un délicat réticulum chromatique et sont généralement dépourvus de nucléole. Le protoplasma, assez abondant, ne renferme généralement pas de granulations On peut en distinguer de tailles inégales; le plus grand nombre présentent exactement la forme et l’apparence des myélocytes; un certain nombre, plus volumineuses, montrent, par les colorations au bleu, un noyau énorme, très pâle, bordé par une mince couche de protoplasma basophile, apparence fréquente dans les myélocytesde la leucémie myéloïde ; d’autres, plus petits, ont au contraire un noyau assez fortement coloré. Un certain nombre de ces cellules sont en karyokinèse. On trouve aussi des formes dégénératives à noyaux pyenotiques. Mais, d’une manière générale, l’aspect des cellules est très uniforme, et il ne semble pas y avoir mélange d’éléments de nature différente.

Partons leurs caractères morphologiques, ces éléments paraissent identiques aux myélocytes ; l’apparence des noyaux est très caractéristique, et surtout celle des noyaux clairs, entourés d’un protoplasma plus coloré, et qui rappelle absolument une forme particulièrement fréquente dans l’hyperplasie myéloïde de la leucémie. 11 ne manque donc que la présence de granulations protoplasmiques pour que l’identité soit complète. Mais il s’agit ici d’éléments en prolifération néoplasique, cancéreuse, où, comme nous l’avons vu pour tous les tissus, la perte des caractères de diflerenciation fonctionnelle est un des phénomènes les plus constamment observés. Or les granulations des myélocytes sont évidemment des éléments de l’activité fonctionnelle des cellules de la moelle; il n’est donc pas étonnant qu’elles disparaissent plus ou moins complètement des cellules cancéreuses, et sans que, pour cela, nous puissions mettre en doute la nature et l’origine de ces éléments. Et puisque, par tous leurs autres caractères, ils se montrent identiques aux myélocytes, nous les considérerons commodes myélocytes en prolifération néoplasique et nous appellerons myélocijlome la tumeur qu’ils constituent.

Les mijélocylomes sont des néoplasies malignes, envahissantes, qui détruisent les tissus de proche en proche, et sont susceptibles de former des métastases ganglionnaires et viscérales.

CANCKRS Di:S TISSUS CONJONCTIVO-VASCU UAIR I^S. 1» — Vil

Mais, conlrairemenl aux myélonialoses, le myélocylome, tumeur a début local, à extension destructive, à formalions niélaslali(jues, ne s’acconipaj^ne pas d’une altération dilt’use de la moelle osseuse, ni des tissus hémo- ou lymphopoiéliques ; il n’y a pas de leucémie, pas de myélémie; tout au plus, et comme tous les cancers, peut-il, à ses phases terminales, s’accompagner d’un certain degré de polynucléose.

Myélomatoses et myélocytomes combinés (myélomes multiples et chlorome). — Les mi/élomalosesel les myélocytomes, dans les types que nous venons de décrire, s’opposent assez nettement par leurs caractères principaux pour que nous ayons pu les classer facilement, les premières dans les hyperplasies, les seconds dans les néoplasies cancéreuses. Mais il existe en outre une série d’atîeclions, encore rhal connues, et dans lesquelles les caractères de diffusion propres aux hyperplasies se combinent avec la production d’altérations locales destructives, caractéristiques des néoplasies cancéreuses, de manière à former une combinaison de l’un et l’autre processus. Elles nous prouvent ainsi la parenté de ces états hyperplasiques et néoplasiques par leur association au cours d’une même évolution morbide. Ces affections ont été décrites sous les noms de chloromes et de myélomes multiples.

Le chlorome ou cancer vert présente un type lymphocytique, dont nous avons précédemment parlé. Au point de vue cytologique, en effet, les chloromes offrent un certain nombre de variétés cellulaires ; dans certains cas, la cellule qui les constitue est décrite comme une cellule sarcomateuse (?) ; le fait est rare. Le plus souvent les auteurs décrivent cette cellule comme un mononucléaire indifférencié, comme un grand lymphocyte médullaire, analogue à celui de la leucémie aiguë; enfin, dans quelques cas rares, mais fort importants, à cette cellule lymphoïde indifférente viennent se joindre, en nombre parfois considérable, de véritables myélocytes plus ou moins différenciés, en tout cas pourvus de granulations ; granulations neutrophiles dans le cas de Klein et Steinhaus, éosinophiles dans celui de Dock et Warthin.

De même que les caractères cytologiques du chlorome sont communs aux hyperplasies et aux cancers, ses caractères cliniques appartiennent également aux unes et aux autres.

La diffusion à tout l’appareil hémopoiélique existe dans une certaine mesure, puisque les tumeurs osseuses sont multiples ; il y a en outre splénomégalie, et altération des ganglions par le processus myéloïde plus ou moins différencié. Le retentissement surle sang est constant, et si la leucémie n’est pas toujours quantitativement très marquée, bien qu’elle atteigne souvent lOüOOO, elle est toujours qualitativement caractérisée par une invasion du sang par les cellules qui constituent la néoplasie, grands lymphocytes, et myélocytes en petit nombre, comme dans la leucémie aiguë.

P. MENETRIER. — LE CANCER.

Ces deux caraclères rapprochent le chlorome des leucémies, mais il appartient aux cancers par la formation des métastases et le caractère destructeur de ses néoplasies.

L’os est envahi et corrodé par les tumeurs vertes qui viennent faire saillie sous le périoste; les métastases se voient sous forme de tumeurs localisées du foie, des reins, des ganglions. Ainsi le chlorome se comporte réellement comme une leucémie et comme un cancer.

Les myélomes multiples représentent des formes morbides comparables. La maladie est caractérisée par des tumeurs multiples intéressant toujours la moelle rouge, colonne vertébrale, côtes, voûte du crâne, sternum, clavicule, et formant des masses rouge foncé, gris rouge ou gris jaune, mal limitées du tissu sain avoisinant. Le tissu néoplasique corrode l’os, et peut pénétrer jusqu’au périoste, et même le perforer. Les fractures sont fréquentes, ainsi que les courbures de la colonne vertébrale.

Mais l’affection, si elle est dilfuse, reste limitée au système osseux; il n’y a pas de métastases viscérales, pas d’altération des ganglions, ni de la rate.

Le sang n’est pas envahi par les leucocytes, mais il y a le plus souvent une anémie intense, et qui peut atteindre le degré de l’anémie pernicieuse.

Parfois l’évolution est fébrile et s’accompagne de douleurs dans les os et les jointures.

Enfin la présence d’albumose dans les urines serait caractéristique (Bence Jones).

.-Vu microscope, le tissu des tumeurs présente les apparences d’une moelle rouge hyperplasique, quelquefois en hyperplasie lymphoïde, mais le plus souvent en hyperplasie myéloïde, avec myélocytes parfaitement typiques et pourvus de granulations neutrophiles.

Dans un cas de Ribbert, l’hyperplasie était plus complexe, et l’abondance de cellules chargées d’hémoglobine et semblables aux mégaloblastes lui a paru justifier la création d’une forme néoplasique spéciale, Vérythrocylome.

Mais, dans la majorité des cas, ce paraissent être des myélocytomes, avec une combinaison des caractères hyperplasiques des myélomaloses, par l’apparence typique des cellules, la diffusion des altérations à une grande étendue du système médullaire, le retentissement sur la composition du sang, et néanmoins néoplasiques par les propriétés destructrices de l’altération (1).

(1) ViGNAHu et CiAi.i.AVAïuiiN, Dii nivélonic imiUiple des os a\ ec albiimosurie {Reviie de chir., 1903). — Bertoye, Conliïbulion à l’étude de la maladie de Benee- .loiies (Revue de tnèd., 190i). — Harbitz, Multiple pi-imarc Geseliwulste dee Ivnoelieiisystems, Myelosarkom {Cenlralhl. /'. nllg. Palh. u. path. Anal., 1903). — Wright, case of multiple Myeloma {John Uophin’s IIosp. Rep., vol. IX). — K. -B. W’eiieh, a case of multiple Myeloma, witli Bence .loues proleid in tlie urine

CANCERS DES TISSUS CONJONCTl VO-VASCULAIRES. 13— 42:1

Ce sont d’ailleurs des all’eclions fort rares et que nous n’avons pas eu personnellemenl l’occasion d’observer.

C. Tissu splénique ou de la rate. Hyperplasies et cancer. — La raie, dont la slruclure el les fonctions sont plus complexes, présente également une plus grande variété de réactions hyperplasiques, les unes cjui lui sont propres, et sont surtout en rapport avec ses fonctions particulières, réaclions infectieuses, processus hémolytiques, les autres qui lui sont communes avec les autres organes hémo- et lymphopoiétiques, et font partie des processus hyperplasiques dilïus de ces appareils, tels que nous les avons précédemment décrits.

Les néoplasies vraies, les cancers propres à la rate sont au contraire excessivement rares.

Hyperplasies inflammatoires et fonctionnelles. — Au cours des infections et des intoxications, la rate réagit à la fois par son tissu hémopoiélique (hyperplasie des follicules’) et par son tissu hémolytique, macrophagie des cordons de Billroth et des sinus (hyperplasie pulpaire). C’est l’association de ces deux processus qui caractérise la rate infectieuse, et c’est à cette double hyperplasie, plus encore qu’à la congestion sanguine, qu’est due l’augmentation du volume de la rate dans les infections.

Les hyperplasies inllammaloires chroniques du lissu folliculaire sont encore incomplètement connues, mais leur existence est prouvée et aussi cette particularité qu’elles présentent assez souvent un certain degré d’évolution myélo’ide (réaction myélocytaire des follicules).

Les hyperplasies inflammatoires chroniques du lissu pulpaire sont mieux connues. On sait que, par multiplication des cellules claires (macrophages) des cordons de Billroth et des cellules endothéliales des sinus, par organisation scléreuse de la trame des cordons, elles arrivent à constituer cette lésion si spéciale que Gauckler (1 ) a décrite sous le nom de, sclérose hyperlrophique pulpaire. Cette sclérose pulpaire se voit dans les cirrhoses, dans les anémies graves, au cours du paludisme chronique, et aussi en dehors de toute cause connue, ce dernier groupe constituant la cirrhose de la raie que l’on pourrait nommer « essentielle », en entendant, bien entendu, ce mot comme une expression provisoire propre à cacher notre ignorance. 11 s’agit là d’hyperplasies souvent considérables : il n’est pas rare de voir une rate cirrliotique peser 300, 500 et 700 grammes; la rate paludique, la rate de la maladie de Banti, forme cirrhotique « primitive », atteignent môme un poids beaucoup plus fort.

{.Med.chir. Transact., 1903). — Hoffmann (Rudolf), Uebcrdas Myclom mit besondercr Bcfucksicbtigung der malignen Plasmome {Zief/ler's Beitraçj z. path. Anal , 190i). — S. Jei.i.infk, Zur klinisclicn Diagnose und palliologischcn Anatomie der multiplen Myelome ( V'irc/iote's A rt'/iia, 1904). — Rioiuîht, Ueberdas Myelom (Ery throcy tome) {Centralhl. f.aUçj. Path. ii. path. Anal., 1904).

(1 ) Gaucki-eh, La rate des eirrlioses et les cirrhoses de la raie. Tlièse de Paris, 1903.

1’. MENETRIEH. — LE CANCER.

Hyperplasies diffuses. — Toutes les hyperplasies spléniques sont totales, étendues à l’organe entier; mais nous appelons ditluses les hyperplasies qui intéressent on même temps les autres apparei's hémo- et lymphopoiétiques, s’accompagnent le plus souvent de leucémie et sont spécialisées par un type cellulaire prédominant, hyperplasie lymphoïde, hyperplasie myéloïde, ou mieux localisation splénique des lymphomatoses et des myélomatoses. Nous les avons précédemment décrites avec ces formes morbides, et nous n’y reviendrons pas, mais il n’est pas inutile de remarquer à nouveau qu’il s’agit dans ces cas d’une évolution hyperplasique d’éléments spléniques, parallèle à l’évolution similaire des ganglions ou de la moelle osseuse, et non d’un envahissement de la rate par des cellules proliférées des ganglions ou de la moelle.

Tenant à maintenir une distinction complète entre les altérations de la trame et celles du parenchyme hémopoiétique, nous décrivons avec les endothéliomes la maladie de Gaucher, Vendolhéliome splénique, mais nous devons cependant remarquer que par ses caractères d’endolhéliomatose diffuse des appareils hématopoiétiques, telle du moins que nous la montrent les observations les plus récentes, elle mérite cependant d’être rapprochée des hyperplasies diffuses parenchymateuses.

Sarcome splénique ou splénome. — Les néoplasies vraies, les cancers de la rate sont excessivement rares, surtout si l’on n’y veut faire entrer que les néoplasies paraissant d’origine parenchymateuse, et éliminer les cancers du tissu conjonctif commun imputables à la trame.

Aussi limiterons-nous notre description à l’étude d’un cas personnel, qui nous paraît bien nettement d’origine splénique, et que nous attribuerions volontiers à la prolifération néoplasique du grand mononucléaire des cordons, du macrophage splénique.

La maladie s’était développée chez un homme de quarante-sept ans, sans antécédents connus; elle se caractérisait cliniquement par la tuméfaction du foie et de la rate avec douleurs dans les hypocondres et plus particulièrement à gauche; des troubles dyspnéiques avec signes d’adénopathies trachéo-bronchiques ; pas de tuméfaction des ganglions externes ; cachexie progressive et rapide ; à l’examen du sang, leucocytose marquée avec forte polynucléose. Le malade ne fut d’ailleurs observé que dans les derniers jours de son affection.

La tumeur splénique se présentait avec les apparences macroscopiques d’un cancer, et même plutôt d’un cancer épithélial que d’un sarcome. La rate, du poids de 600 grammes, est en elfet, dans sa moitié supérieure, transformée en un tissu blanc jaunâtre, dur, l’riable, avec points ramollis au centre. Le reste de l’organe, très dur, scléreux, rouge brun, présente les apparences d’une rate cirrhotique. Le tissu néoplasique et le tissu splénique sont nettement distincts ; c’est

CANCERS Üi:s Tissi:s CON.IONC 1 lVO-VASCUFAIRi:S. 13 — 425

une tumeur développée dans la raie, et non une hy))erplasie dilVuse.

Même apparence des tumeurs mélaslaliques du péritoine, du grand épiploon, des viscères, foie, pancréas, poumon, capsule surrénale, des ganglions. Le foie, énorme (2''”, 700), est farci de tumeurs de tout volume, rondes dans la profondeur; h la surface, hémisplié-

Fig. 90. — Sarcome primitif de la rate. Splénome (Menetrier).

Celte figure représente une portion de la tumeur splénique prise au centre de l'altération et immédiatement sous la capsule. Les éléments néoplasiques vivaces sont groupés en îlots irrégulièrement distribués eu archipel au milieu de zones dégénératives étendues. La capsule est épaissie considérablement; il en part des bandes fibreuses, également plus volumineuses que normalement, et dans un point on voit des amas pigmentaires, traces de l'altération ancienne du parenchyme splénique.

A', A", A"', amas des cellules néoplasiques vivaces et fortement colorées; R, R', R", zones dégénératives ; C. amas pigmentaire; D, capsule épaissie et dont la figure ne représente qu’une très faible étendue ; E, bandes fibreuses qui eu partent; F, vaisseaux oblitérés par l’endartérite et entourés d’une zone de périartérite fibreuse. (Grossissement : 20®.)

riques avec une dépression ombiliquée. Sur la plèvre pulmonaire, ce sont des plaques en goutte de cire. Enfin les ganglions abdominaux et ceux du pourtour de la trachée et des bronches sont particulièrement transformés.

Le tissu de ces tumeurs est blanc jaunâtre, friable, non succulent. On n’obtient pas de suc cancéreux net par le raclage, mais le tissu s'écrase facilement.

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A l'examen microscopique, et en choisissant un noyau jeune, pour voir la forme typique du néoplasme, car les tumeurs anciennes sont en majeure partie dégénérées, on voit un tissu formé de cellules rondes maintenues dans un stroma conjonctif réticulé.

Les cellules (fig. 90 et 91) sont de volume très inégal, et même, aux faibles grossissements, on est frappé de l’abondance des éléments géants, qui parsèment le tissu.

Le plus grand nombre des cellules sont des éléments de *20 à 25 a de diamètre, arrondis, ovoïdes, quelquefois irréguliers, polygonaux, anguleux, pourvus d’un noyau rond volumineux, très intensivement coloré, souvent double, et entouré d’une zone assez large de protoplasma homogène, sans granulations. Un grand nombre de noyaux sont en karyokinèse. Des cellules plus petites sont mêlées aux précédentes, avec les mêmes apparences morphologiques, et l’on en voit de tout volume jusqu’aux dimensions d’un lymphocyte; elles ont seulement une coloration plus intense encore de leurs noyaux.

Les éléments géants, extrêmement nombreux, sont généralement de forme arrondie, ou irrégulièrement polygonale. Ils présentent une grande variété de noyaux : des noyaux bourgeonnants, multilobés, des noyaux multiples, en amas mûriformes, ou en couronnes, des noyaux uniques et énormes; beaucoup de ces noyaux géants sont en karyokinèse, avec une infinité de branches irradiant dans toutes les directions. Le protoplasma de ces cellules géantes renferme souvent des vacuoles et des figures d’inclusion ; pour d’autres, il est grossièrement granuleux.

Le stroma est formé d'un tissu conjonctif assez grossièrement réticulé, à travées inégales, fines et grosses, et sans régularité. Il paraît formé aux dépens du tissu conjonctif de la région envahie, et secondairement développé par suite de l’accroissement du néoplasme. Les cellides sont logées dans les mailles de ce tissu, et ne sont pas pour la plupart en contact immédiat les unes avec les autres.

Les vaisseaux sont des capillaires à simple paroi endothéliale. Us paraissent assez fragiles, car, dans un certain nombre de noyaux volumineux du foie, on trouve des infiltrats hémorragiques au centre des parties dégénérées.

Dans la rate, la tumeur primitive se présente avec des zones étendues complètement dégénérées, où les éléments cellulaires ne sont plus reconnaissables. Le tissu néoplasique vivant et végétant se trouve ainsi irrégulièrement réparti, en îlots, en archipel, au milieu de ces masses dégénérées (fig. 90); il est surtout abondant à la périphérie du néoplasme, soit vers le parenchyme splénique, soit à la surface oii il se continue au delà de la capsule persistante et même épaissie, en couches néoplasiques périphériques périspléni(jues. Ces parties vivaces de la tumeur présentent la structure cellulaire, le stroma

CANCKUS DES TISSUS COiNJONCTI VO-VASCULAIRES. 1»— 427

l’éliculé, l'abondance des cellules géantes, que nous venons de décrire.

Les noyaux mélaslaliques sont de constitution absolument semblable, les plus volumineux dégénérés en grande partie et surtout à leur centre, les plus petits, au contraire, présentant la structure typique du néojdasme avec des cellules en prolifération active.

Fig. 91. — Sarcome primilif de la rate. Splénome (Menetrier).

Eléments cellulaires du splénome.

A, cellules représentant l’élément principal de la néoplasie. La plupart sent de forme ronde, quelques-unes irrégulièies, à gros noyau, généralement arrondi, pourvu d’un réticulum nucléaire fortementchromatique, à protoplasma homogène; B, cellule géante é noyaux multiples; G, cellule géante en karyokinèse atypique; D, cellule géante à noyau unique énorme et pyenotique. (Grossissement : 800*^.)

Il est intéressant de voir dans quelle rate s’est développé le néoplasme, car, sans que nous puissions insister longuement ici, l’étude minutieuse que nous en avons faite nous a rendu évident qu’aucun autre organe que la rate ne pouvait être incriminé comme foyer originel de la tumeur. Les portions non cancéreuses de la rate sont profondément altérées ; elles présentent une sclérose intense, avec lésions vasculaires, endartérite presque oblitérante des artères moyennes et petites, périartérite fibreuse, épaississement général de toutes les grosses travées spléniques ; sclérose réticulée de la pulpe, très congestionnée, et dont les mailles sont bourrées de globules rouges, dette rate scléreuse est infiltrée de pigment, pigment ocre et pigment brun, en amas assez considérables pour être visibles à l’examen à l’o'il nu. Quant aux éléments cellulaires, il y a disparition à peu près

P. MENETRIER. — LE CANCER,

complète du tissu lymphoïde cjui se retrouve seulement de place en place en îlots isolés, tandis que les macrophages de la pulpe sont nombreux. Ces lésions présentent en somme l’aspect d’une sclérose chronique, d’une cirrhose hémolytique, d’origine inconnue, mais vraisemblablement de date ancienne, c’est-à-dire un terrain d’inflammation chronique, analogue à celui que nous retrouvons constamment et dans tous les organes comme substratum du développement des cancers.

Quant à la nature même de ce cancer, nous pouvons essayer de la préciser en cherchant dans les éléments qui le constituent ceux qui se rapprochent le plus d’un type cellulaire normal de la région. Ce ne sont pas évidemment les cellules géantes, qui sont manifestement des formes atypiques, résultat des anomalies prolifératives que nous retrouvons à peu près constamment dans toutes les formes de cancer. Mais les cellules rondes, qui constituent la forme prédominante, ressemblent de bien près, malgré un certain degré d’atypie, ou mieux de métatypie, bien explicable chez des cellules en évolution néoplasique, aux gros mononucléaires de la pulpe, aux macrophages spléniques. De tous les éléments du tissu splénique, c’est à celui-là qu’elles ressemblent le plus, c’est d’ailleurs l’élément le plus spécial du tissu de la rate. Aussi pouvons-nous considérer ce cancer comme la forme néoplasique d’un élément constituant du tissu splénique, sarcome propre de la rate, splénorne.

IV.— SARCOMES DES TISSUS ENDOTHÉLIAUX ET PÉRITIIÉLIAUX, DES VAISSEAUX ET DES SÉREUSES.

Le domaine des néoplasies endothéliales est un des plus mal délimités de la pathologie des tumeurs, A tel point que, selon les auteurs, le chapitre en peut être réduit à presque rien, môme complètement supprimé, ou au contraire embrasser toute l’histoire des néoplasies conjonctives.

En réalité, dans ces opinions divergentes, il y a surtout affaire de mots; les conceptions du sarcome comme tumeur vasculaire sont en partie tirées de l’étude des endothéliomes, et ces tumeurs endothéliales qui ne figurent pas en chapitres séparés se retrouvent aisément dans les sarcomes globo-cellulaires, les sarcomes angiolithiques, les angiosarcomes, etc.

Si nous croyons devoir les étudier à part, c'est toujours suivant le môme principe directeur de notre classification, de rechercher dans les adaptations morphologiques et fonctionnelles physiologiques les causes des évolutions pathologiques.

L’adaptation endothéliale se spécialise non seulement par les fonctions normales de revêtements des espaces séreux et des cavités vasculaires, mais aussi par les réactions de ses cellules aux actions

CAXCEIIS UES TISSUS CONJONCTl VO-VASCUUAIRES. 1»— '129

irrilalives. leurs propriéU^s phagocytaires, leur capacité régénératrice de tissus, et particulièrement de néo-vaisseaux. Ces propriétés se retrouvent dans les néoplasies qu’elles produisent, et (jui se spécialisent non seulement par la morphologie des éléments plus ou moins semblables aux cellules normales parentes, mais encore pjir leur tendance à se disposer en revêtements, à se grouper en réseaux rappelant la disposition des appareils vasculaires, ou encore à édifier des vaisseaux anormaux dont les cellules néoplasiques constituent les parois. Ces dernières particularités nous font joindre aux néoplasies endothéliales proprement dites les néoplasies périthéliates qui présentent une même évolution, et font évidemment partie de la même famille néoplasique, tout comme leurs éléments matriciels sont également apparentés à l’état physiologique.

Endotlicliomes. — L’histoire des endolhéliomes s’est constituée peu h peu. Robin les décrit d’abord sous le nom d’épi théliomes des séreuses; il les a observés dans l’arachnoïde et dans le péritoine, et c’est à cause de la ressemblance des cellules plates qui les constituent avec les épithéliums qu’il leur impose cette dénomination (t). Golgi ( t869) leur donne le nom d’endothéliomes.

Ces néoplasies qui, antérieurement, rentraient encore dans les tumeurs fibro-plastiques de Lebert, ont reçu depuis un grand nombre d’autres dénominations: cancer endothélial (Schulz), sarcome endothélial de la dure-mère (Rindfleisch), cancer conjonctif (Neumann), carcinome sarcomateux (Sattler), sarcome alvéolaire (Billroth ), angiosarcome (Waldeyer), cancer primitif des ganglions lymphatiques (Chambard), épithéliome primitif de la rate (Gaucher), etc.

La classification des endothéliomes suivant leur point de départ et leur tissu matriciel est assezdifficileà établir nettement, parce que, dans un grand nombre de ces tumeurs, le point de départ n’est pas reconnaissable et que le plus souvent, pour les endothéliomes des séreuses, par exemple, la rapidité avec laquelle se fait l’envahissement des réseaux vasculaires lymphatiques est telle qu’il est presque toujours absolument impossible de déterminer si la prolifération initiale a porté sur le revêtement de la séreuse ou sur le réseau lymphatique sous-jacent. Sous ces réserves, on peu l les classer en endothéliomes des séreuses', endothéliomes lymphaliqiies ou lymphangio-endolhéliomes ; endolhéliomes sanguins ou hémangio-endo- Ihéliomes, et périlhéliomes.

Gomme toutes les néoplasies, les endolhéliomes se relient aux inflammations et aux hyperplasies. Ces dernières sont nombreuses, le plus souvent locales et bénignes, parfois diffuses et de malignité douteuse, mais fournissant des transitions vers les formes franchement malignes.

(1) Rohin, Reclicrches anatomiques sur répilhélioma des séreuses (Journ. de l’anat. et de la physioL, 1809).

P. MENETRIER. — LE CANCER.

La plupart des tumeurs décrites par Robin comme épithéliomes des séreuses paraissent purement hyperplasiques. Telles sont les petites tumeurs des enveloppes du cerveau et de la moelle, qui sont formées d’une stratification de lamelles cellulaires concentriques, enroulées autour d’un noyau central souvent calcaire, et que Robin comparait aux globes épidermiques des épithéliomes pa vimenteux. Ce sont lespsammomes de Virchow, les sarcomes angiolithiques de Cornil et Ranvier, qui ont décrit leur développement aux dépens des petits vaisseaux. Ce sonl des endolhéliornes Igpiques, sans malignité aucune.

Endothéliome de la dure-mère. — Une autre forme, également développée aux dépens des enveloppes du cerveau, à la face interne de la dure-mère, et autrefois qualifiée de fongus de la dure-mère, est déjà mélatypiqiie. Ces enclolliéliomes de la dure-mère sont des tumeurs qui peuvent atteindre le volume d’une petite pomme, d’un œuf de poule et plus, de couleur blanchâtre, grisâtre ou gris rosé, de consistance assez ferme, et qui, implantées à la face interne de la membrane, dépriment la surface du cerveau sans se confondre avec la substance nerveuse. Histologiquement, ils sont formés d’un tissu surtout cellulaire (fig. 92). Les cellules aplaties, polygonales, ressemblent absolument à des cellules épithéliales pavimenleuses ; leur noyau est rond ou ovoïde, leur protoplasma abondant ; elles sont disposées en groupes cohérents, formant des cordons, des travées, des lobes ou des lobules, séparés par des fentes étroites où se trouvent de très fins tractus conjonctifs, et entourent des vaisseaux qui paraissent êlre des capillaires sanguins; cette disposition des cellules mériterait même parfois à ces tumeurs le nom de périthéliomes.

Ces capillaires sanguins sont considérablement hypertrophiés, à parois épaisses, pourvues souvent d’une double couche de cellules, el gorgés de sang. Dans certains cas, et nous en avons observé un exemple, ces vaisseaux sont doublés d’une couche anhiste épaisse, présentant les caractères de la dégénérescence hyaline.

D’autres fois, ces tumeurs peuvent présenter une association myxomateuse, leur donnant les caractères du cylindrome (1).

Ces tumeurs se comportent le plus souvent comme lésions locales, graves par leur siège et les entraves fonctionnelles qu’elles occasionnent, mais sans tendance infiltrante ou malignité métastati([ue. On ne peut cependant affirmer d’une manière absolue (pi’elles en soient entièrement dépourvues.

Nous en avons observé de semblables, développées dans la piemère du cerveau, et indépendantes de la dure-mère.

Endothéliome de la rate. — Vendolhéliome de la raie, épilhéliome primitif de la raie de Gaucher (2), montre des propriétés extensives

(1) Dagonf.t, Tumeur de la dure-mère crânienne ayant les caractères du cylindromc [Arch. de niéd. expér., I\’, 1892).

(2) (lAiiciiicii, De l’é|)ilhcli()me primitil’ de la rate. Thèse de Paris, 1882.

CAXCl- HS DES TISSUS COXJOXCTIVO-VASCUUAIllES.

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